Chaque année, entre 60 000 et 100 000 dispositifs de concentration de poissons (DCP) sont abandonnés en mer par les grands navires de pêche opérant dans le Pacifique. Ces structures, destinées à attirer les poissons pour faciliter leur capture, finissent souvent leur course sur les côtes polynésiennes, où elles deviennent une source majeure de pollution. Ce phénomène, révélé par France 24, soulève des inquiétudes quant à son impact sur les écosystèmes marins locaux.
Ce qu'il faut retenir
- 60 000 à 100 000 DCP sont abandonnés chaque année dans le Pacifique, dont une partie échoue sur les côtes polynésiennes.
- Ces dispositifs, conçus pour concentrer les poissons, se transforment en déchets plastiques une fois abandonnés.
- Les DCP échoués contribuent à la pollution des récifs et des plages, menaçant la faune marine.
- Les espèces locales, comme les tortues ou les mammifères marins, risquent d’être piégées ou d’ingérer des fragments de plastique.
- Aucune estimation précise de l’impact global n’a encore été réalisée en Polynésie française.
Des milliers de tonnes de déchets plastiques dérivants
Les DCP, ou dispositifs de concentration de poissons, sont des structures flottantes composées de filets et de matériaux synthétiques. Leur abandon en mer s’explique en partie par la réglementation internationale, qui interdit leur rejet dans certaines zones. Pourtant, beaucoup de navires continuent de s’en débarrasser illégalement pour éviter des frais de stockage ou de traitement. Une fois libérés, ces dispositifs parcourent des milliers de kilomètres avant de s’échouer, souvent fragmentés, sur les plages polynésiennes. Selon les experts cités par France 24, un DCP abandonné peut mettre plusieurs années à se dégrader complètement, libérant des microplastiques en permanence.
Un écosystème marin déjà fragilisé
La Polynésie française abrite des écosystèmes marins parmi les plus riches au monde, avec une biodiversité unique incluant des espèces protégées comme les tortues vertes ou les dugongs. L’arrivée massive de DCP échoués aggrave une situation déjà préoccupante. Les récifs coralliens, déjà menacés par le réchauffement climatique, subissent une pression supplémentaire. Les filets abandonnés peuvent étouffer les coraux ou servir de pièges mortels pour les poissons et les mammifères marins. « Les DCP ne sont pas seulement des déchets, ce sont des bombes à retardement pour la biodiversité », a déclaré un biologiste marin local cité par France 24.
Les autorités locales tentent de limiter l’impact de ces déchets en organisant des campagnes de nettoyage régulières. Cependant, avec des moyens limités, ces opérations restent insuffisantes face à l’ampleur du problème. « On ramasse chaque année des tonnes de plastiques, mais les DCP continuent d’arriver par vagues », a expliqué un responsable du service environnement de la Polynésie française à France 24.
Quelles solutions pour limiter la pollution ?
Face à cette crise, plusieurs pistes sont envisagées pour réduire le nombre de DCP abandonnés. La première consiste à renforcer les contrôles en mer et à sanctionner les navires contrevenants. L’Organisation régionale des pêches du Pacifique (ORGP) a déjà appelé ses membres à adopter des mesures plus strictes, mais leur application reste inégale. Une autre solution serait de développer des DCP biodégradables ou réutilisables, une initiative encore expérimentale.
Certains acteurs du secteur de la pêche plaident pour une meilleure traçabilité des dispositifs, afin d’identifier leur provenance et de responsabiliser les armateurs. « Il faut un système de suivi obligatoire, comme pour les conteneurs maritimes », a suggéré un représentant d’une ONG environnementale contacté par France 24.
Reste à voir si ces initiatives suffiront à endiguer un phénomène qui, depuis des années, s’aggrave avec l’augmentation des activités de pêche industrielle.
Non, les navires locaux et polynésiens utilisent également des DCP. Cependant, les grands chalutiers industriels, souvent étrangers, sont les principaux responsables des abandons en mer, selon les données disponibles.
Les sanctions existent sur le papier, mais leur application reste rare en raison des difficultés à prouver la responsabilité des navires. Certains pays du Pacifique ont renforcé leurs législations ces dernières années, mais les contrôles en mer restent limités.