Alors que la flambée des prix des carburants, liée à la guerre au Moyen-Orient, pèse sur le pouvoir d’achat des salariés, notamment ceux contraints de se déplacer quotidiennement, la question d’un retour de la prime Macron refait surface. Dispositif mis en place en 2019 à la suite de la crise des gilets jaunes pour soutenir le pouvoir d’achat, cette prime facultative versée par l’employeur ne peut en aucun cas se substituer à un salaire ou à une augmentation. Pourtant, dans un contexte économique déjà fragilisé, les patrons expriment leurs réticences face à une mesure dont les contours restent flous, selon Capital.

Ce qu'il faut retenir

  • La prime Macron, créée en 2019, est un dispositif facultatif permettant aux employeurs de verser une prime aux salariés pour soutenir leur pouvoir d’achat.
  • Le gouvernement envisage un retour de ce mécanisme pour atténuer l’impact de la hausse des carburants, mais les patrons restent sceptiques.
  • Sébastien Lecornu, Premier ministre, a annoncé le doublement du plafond de la prime carburant employeur, passant de 300 à 600 euros par an.
  • Les TPE et PME, déjà en difficulté, peinent à payer salaires et charges fixes, rendant toute nouvelle aide difficile à mettre en œuvre.
  • Depuis le début de la crise, l’État a débloqué 1,2 milliard d’euros d’aides, dont 710 millions supplémentaires annoncés récemment.

Un dispositif conçu pour le pouvoir d’achat, mais dont l’attrait s’est érodé

Instaurée en 2019 dans un contexte de tensions sociales liées à la hausse des taxes sur les carburants, la prime Macron – officiellement appelée prime de partage de la valeur (PPV) depuis 2022 – permet aux entreprises de verser une prime exceptionnelle à leurs salariés. Cette prime, exonérée de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu dans certaines limites, ne peut ni remplacer une augmentation de salaire ni être imposée par l’employeur. Malgré ces avantages, son utilisation s’est réduite au fil des années, notamment en raison d’un durcissement des conditions d’attribution, selon Capital.

Face à la hausse des prix des carburants, consécutive au conflit au Moyen-Orient, le gouvernement a remis l’idée d’un retour de cette prime sur le tapis. L’objectif affiché : offrir un soutien ciblé aux salariés les plus exposés, notamment ceux dont les déplacements professionnels ou quotidiens dépendent fortement de leur véhicule. Pourtant, les employeurs restent sceptiques quant à la faisabilité d’un tel dispositif, alors que la crise économique persiste.

Des patrons dans l’impasse : « Pas d’argent magique »

Parmi les détracteurs de cette mesure, Bruno Grandjean, PDG de l’entreprise Redex (400 salariés), résume l’état d’esprit des dirigeants : « On ne peut pas distribuer de l’argent qui n’existe pas ». Il rappelle que son entreprise, comme tant d’autres, se trouve dans une situation financière précaire, où la priorité reste « conserver les emplois et se projeter dans la durée ». Pour lui, la prime Macron « n’est absolument pas une option », même si son refus de l’envisager ne signifie pas un désengagement total envers ses salariés.

Son cas n’est pas isolé. Depuis le début du conflit, de nombreuses sociétés, en particulier les TPE et PME, subissent de plein fouet la dégradation de leur situation économique. Selon Bernard Cohen Hadad, président de la confédération des petites et moyennes entreprises à Paris, « elles en sont aujourd’hui à payer difficilement les salaires et les charges fixes qui incombent aux entreprises ». Si l’idée d’une prime pourrait séduire les structures en meilleure santé, son application généralisée semble peu réaliste dans le contexte actuel.

Des annonces gouvernementales pour limiter la casse

Face à ces réticences patronales, le gouvernement a tenté de desserrer l’étau en annonçant des mesures complémentaires. Jeudi 21 mai, Sébastien Lecornu, Premier ministre, a confirmé le débours de 710 millions d’euros supplémentaires en faveur des secteurs les plus exposés. Parmi ces dispositifs, le plafond de la prime carburant employeur, initialement fixé à 300 euros par an, a été doublé pour atteindre 600 euros. Depuis le début de la crise, ce sont 1,2 milliard d’euros qui ont été mobilisés par l’État pour atténuer l’impact de la hausse des carburants sur les ménages et les entreprises.

Pourtant, ces annonces ne suffisent pas à rassurer les employeurs. La question de la simplification des démarches administratives, évoquée pour relancer l’attractivité de la prime Macron, reste en suspens. Les patrons craignent que, même avec des exonérations de charges, le coût pour les entreprises reste prohibitif dans un contexte de baisse de la demande et de tensions sur les marges.

Un désaccord persistant entre État et patronat

Le dialogue entre le gouvernement et les représentants du monde économique semble marqué par un désamour croissant. Si les autorités misent sur des outils comme la prime Macron pour soutenir le pouvoir d’achat sans alourdir la masse salariale, les patrons y voient avant tout une charge supplémentaire. « Nous sommes dans le monde réel », rappelle Bruno Grandjean, soulignant que les entreprises n’ont pas accès à « de l’argent magique » pour résoudre la crise.

De son côté, Bernard Cohen Hadad estime que la mesure pourrait être pertinente pour les structures en bonne santé financière, mais reste sceptique quant à sa généralisation. Pour les TPE et PME, déjà asphyxiées par les coûts énergétiques et la hausse des prix des matières premières, toute nouvelle dépense – même exonérée – représente un risque difficile à assumer. Autant dire que, pour l’instant, le retour de la prime Macron ne convainc pas.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être déterminantes. Le gouvernement a indiqué qu’il étudiait d’autres pistes pour soutenir les ménages et les entreprises, sans préciser si un assouplissement des conditions d’attribution de la prime Macron était à l’ordre du jour. Une chose est sûre : dans un contexte économique toujours tendu, toute mesure nouvelle devra composer avec la réalité financière des entreprises. La question reste donc entière : parviendra-t-on à concilier soutien au pouvoir d’achat et viabilité des sociétés ? La réponse pourrait venir des arbitrages budgétaires à venir.

Pour les salariés, en attendant, la situation reste difficile. Les aides existent, mais leur accès dépend souvent de la bonne volonté des employeurs ou de la capacité des ménages à mobiliser des dispositifs comme l’indemnité carburant. Reste à voir si les annonces récentes suffiront à endiguer les effets de la crise sur les comptes des Français.

La prime Macron, ou prime de partage de la valeur (PPV), est un dispositif général permettant aux entreprises de verser une prime exceptionnelle à leurs salariés, exonérée de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu sous certaines conditions. La prime carburant employeur, elle, est une mesure spécifique ciblant les travailleurs dont les déplacements dépendent fortement de leur véhicule, avec un plafond actuellement fixé à 600 euros par an (contre 300 euros avant la crise).