En France métropolitaine, 13,1 % des ménages** se trouvent en situation de privation matérielle début 2025, selon les dernières données publiées par l’Insee ce mercredi 15 avril. Cet indicateur, qui mesure le renoncement à des produits et services jugés essentiels dans la vie quotidienne, affiche une légère hausse par rapport à 2024, où il s’élevait à 12,7 %. L’étude révèle une aggravation des difficultés financières, notamment pour le chauffage des logements et l’accès à une alimentation protéinée.
Ce qu'il faut retenir
- 13,1 % des Français en situation de privation matérielle début 2025, contre 12,7 % un an plus tôt, selon l’Insee.
- 11,4 % de la population ne peut plus chauffer correctement son logement, un chiffre en forte hausse depuis 2020.
- 11,2 % renoncent à consommer de la viande ou du poisson tous les deux jours, contre 7,3 % en 2020.
- Les chômeurs sont les plus touchés : 35 % d’entre eux sont en privation matérielle, contre 9 % des actifs et retraités.
- 22,2 % des Français ne peuvent pas s’offrir une semaine de vacances par an, un taux stable depuis plusieurs années.
- Les familles monoparentales (30 %) et les couples avec trois enfants ou plus (20 %) sont particulièrement exposés.
Une pauvreté qui s’aggrave, selon l’Insee
L’Insee mesure la privation matérielle à travers une liste de 13 dépenses considérées comme « souhaitables » dans la vie courante. Lorsqu’un ménage renonce à au moins cinq de ces postes, il bascule dans la catégorie des « privés matériellement et socialement ». En 2025, ce seuil concerne 13,1 % de la population, un niveau « élevé » qui persiste depuis quatre ans.
Contrairement au taux de pauvreté monétaire, qui se base sur les revenus, cet indicateur reflète des renoncements concrets : se chauffer correctement, manger de la viande régulièrement, payer son loyer ou ses factures à temps. « Le niveau reste préoccupant, même s’il n’évolue que faiblement d’une année sur l’autre », a précisé l’Insee.
Le chauffage et les protéines, deux postes de dépenses en forte tension
Parmi les postes de dépenses les plus affectés, deux se distinguent par leur progression alarmante. D’abord, le renoncement au chauffage : 11,4 % des Français déclarent ne plus pouvoir se chauffer correctement, contre 6,7 % en 2020. Cette hausse s’explique en partie par l’augmentation des prix de l’énergie et la précarité énergétique qui touche davantage les ménages modestes.
Ensuite, l’alimentation protéinée. En 2025, 11,2 % des ménages renoncent à acheter de la viande ou du poisson tous les deux jours, contre 7,3 % cinq ans plus tôt. Une tendance qui illustre la baisse du pouvoir d’achat des Français les plus fragiles, selon les économistes.
Des inégalités sociales et familiales marquées
L’enquête de l’Insee met en lumière des disparités fortes selon la situation professionnelle. Les chômeurs sont les plus exposés : 35 % d’entre eux sont en privation matérielle, contre 9 % des actifs occupés et des retraités. « Le chômage reste le premier facteur de risque de basculer dans la précarité matérielle », a souligné l’institut.
Les familles monoparentales et les couples avec trois enfants ou plus sont également surreprésentés. 30 % des familles monoparentales et 20 % des foyers avec au moins trois enfants sont concernés, contre seulement 8 % des couples avec un ou deux enfants. Une donnée qui reflète les difficultés financières accrues des ménages les plus larges.
Des vacances et un logement inabordables pour des millions de Français
Autre constat de l’Insee : 22,2 % des Français ne peuvent pas s’offrir une semaine de vacances par an, un taux stable depuis 2023. Si ce chiffre n’a pas augmenté, il reste à un niveau élevé, illustrant la difficulté pour une partie de la population à accéder à des loisirs.
Le logement, lui aussi, devient inaccessible pour certains. L’étude ne détaille pas le nombre de ménages en situation de mal-logement, mais l’Insee rappelle que 11,4 % ne peuvent plus se chauffer correctement, un indicateur indirect de la précarité énergétique qui touche de plein fouet les logements mal isolés ou les petits budgets.
« La privation matérielle ne se limite pas à la pauvreté monétaire. Elle touche des aspects concrets du quotidien, comme la possibilité de se nourrir correctement ou de vivre dans un logement décent. Ces renoncements ont un impact direct sur la qualité de vie et le bien-être des ménages. »
— Un porte-parole de l’Insee
Dans un contexte où l’inflation reste supérieure à la cible de la Banque centrale européenne, la question du pouvoir d’achat reste au cœur des débats politiques. Plusieurs associations, comme le Secours catholique, alertent depuis des mois sur la détérioration des conditions de vie des ménages les plus fragiles, dont les revenus moyens sont passés de 658 euros par mois il y a dix ans à 565 euros aujourd’hui.
La privation matérielle mesure les renoncements à des dépenses jugées essentielles dans la vie quotidienne (se chauffer, manger de la viande, partir en vacances, etc.), tandis que la pauvreté monétaire se base uniquement sur les revenus du ménage. Une personne peut avoir un revenu suffisant pour éviter la pauvreté monétaire, mais renoncer à certains postes de dépenses en raison de contraintes budgétaires.
Plusieurs pistes sont évoquées, comme le renforcement des aides au logement, la revalorisation des minima sociaux ou encore des dispositifs ciblés pour les familles monoparentales. Aucune mesure concrète n’a encore été annoncée pour 2026, mais le gouvernement devrait présenter un plan d’action d’ici la fin de l’année, selon des sources proches du dossier.
