Une analyse inédite, menée par Le Figaro à partir des données du ministère de l’Enseignement supérieur, révèle pour la première fois les écarts de rémunération entre les diplômés des principales écoles de commerce françaises. Ces chiffres, croisés avec les déclarations sociales nominatives (DSN) et les données de l’Insee, offrent une vision précise des salaires perçus 18 mois après l’obtention du diplôme.
Cette étude intervient dans un contexte économique marqué par une incertitude croissante pour les jeunes actifs, notamment ceux issus des filières tertiaires. Alors que des géants comme Meta ou Block ont récemment procédé à des suppressions massives d’emplois, la question du retour sur investissement des études supérieures, souvent coûteuses, devient centrale pour les étudiants et leurs familles. À HEC Paris, par exemple, une année de scolarité dépasse désormais les 23 000 euros, un coût que beaucoup d’établissements privés ne cessent d’augmenter.
Ce qu'il faut retenir
- HEC Paris, ESSEC et ESCP trustent le podium des écoles offrant les meilleurs salaires de départ, avec des rémunérations annuelles brutes dépassant souvent les 50 000 euros.
- Les frais de scolarité annuels moyens dans les écoles de commerce privées s’échelonnent entre 10 000 et 23 000 euros, selon les établissements.
- Cette étude s’appuie pour la première fois sur des données harmonisées entre DSN et Insee, couvrant l’ensemble des diplômés de 2024.
- Les écarts de salaire s’expliquent en partie par la taille des promotions, le prestige de l’école et la spécialisation choisie.
- Les secteurs de la finance et du conseil restent les plus rémunérateurs pour les jeunes diplômés, devant le marketing ou la tech.
Une méthodologie inédite pour des données fiables
Pour la première fois, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a compilé une base de données exhaustive sur les salaires des diplômés des écoles de commerce. Comme le rapporte Le Figaro, cette initiative combine les déclarations sociales nominatives (DSN) — exploitées par la Dares — et les données de l’Insee afin de mesurer, de manière harmonisée, les rémunérations perçues 18 mois après l’obtention du diplôme.
Cette approche permet d’éviter les biais des enquêtes traditionnelles, souvent limitées à un échantillon restreint. Les résultats obtenus couvrent ainsi l’intégralité des promotions de 2024, offrant une photographie précise du marché. Côté écoles d’ingénieurs, les salaires de départ sont généralement inférieurs, mais les frais de scolarité y sont aussi moins élevés, voire nuls dans certaines filières publiques.
HEC Paris, ESSEC et ESCP : le trio de tête
Sans surprise, HEC Paris, ESSEC et ESCP figurent en tête du classement des écoles les plus rémunératrices. Selon les données du ministère, un diplômé d’HEC peut espérer un salaire annuel brut moyen de 52 000 euros dès sa première embauche, avec des écarts pouvant atteindre 60 000 euros pour les profils les plus recherchés en finance ou en stratégie.
À l’ESSEC, les chiffres sont comparables, avec une rémunération moyenne de 48 000 euros, tandis que l’ESCP affiche un salaire moyen de 46 000 euros. Ces trois établissements, qui recrutent aussi bien sur concours post-prépa que via des admissions parallèles, bénéficient d’un réseau alumni particulièrement influent. « Ces écarts s’expliquent en partie par la taille des promotions et la sélectivité des écoles », précise un porte-parole du ministère.
Des frais de scolarité en hausse constante
L’investissement requis pour intégrer ces écoles ne cesse d’augmenter. À HEC Paris, le coût annuel dépasse désormais les 23 000 euros, tandis qu’à l’ESSEC ou à l’ESCP, il faut compter entre 18 000 et 20 000 euros par an. Certaines écoles moins prestigieuses affichent des tarifs plus accessibles, autour de 10 000 euros, mais avec des salaires de départ bien inférieurs.
Cette disparité pose la question de l’accessibilité financière de ces formations. « Pour beaucoup d’étudiants, intégrer une école de commerce représente un pari sur l’avenir », souligne un responsable pédagogique. « Le retour sur investissement dépend largement du secteur d’activité et du réseau de l’école », ajoute-t-il. Les secteurs de la finance (banque d’investissement, private equity) et du conseil (McKinsey, BCG, Bain) restent les plus lucratifs, avec des salaires pouvant dépasser les 70 000 euros pour les meilleurs profils.
Finance et conseil : les secteurs les plus rémunérateurs
Les données du ministère confirment que les diplômés évoluant dans la finance ou le conseil stratégique bénéficient des rémunérations les plus élevées à la sortie. En finance, un jeune diplômé peut espérer un salaire annuel brut moyen de 55 000 euros, avec des pics à 80 000 euros pour les postes en banque d’investissement. En conseil, les chiffres oscillent entre 45 000 et 60 000 euros, selon la taille du cabinet.
Les autres secteurs, comme le marketing, la tech ou l’entrepreneuriat, offrent des salaires plus modestes, généralement compris entre 35 000 et 45 000 euros. « Ces écarts reflètent aussi la demande du marché », explique un économiste spécialisé dans l’enseignement supérieur. « Les compétences en data science ou en gestion de projets sont très recherchées, mais moins valorisées financièrement que les profils finance ou conseil », précise-t-il.
Reste à voir si cette transparence accrue permettra de réduire les inégalités d’accès à ces formations d’excellence. Dans un contexte économique incertain, où les suppressions d’emplois se multiplient dans les secteurs traditionnels, le pari des écoles de commerce apparaît plus risqué qu’auparavant. Les prochains mois diront si les jeunes diplômés sauront tirer profit de leur investissement.
Selon les données du ministère de l’Enseignement supérieur analysées par Le Figaro, HEC Paris arrive en tête avec un salaire annuel brut moyen de 52 000 euros pour les diplômés de 2024, 18 mois après l’obtention du diplôme.
Oui. Les écoles de commerce publiques, comme certaines IAE (Instituts d’Administration des Entreprises), affichent des frais de scolarité bien inférieurs, souvent compris entre 2 000 et 6 000 euros par an, contre 10 000 à 23 000 euros pour les établissements privés les plus prestigieux.