La montée en puissance des résistances aux traitements anti-fongiques en France préoccupe de plus en plus les autorités sanitaires. Selon Franceinfo - Santé, cette situation, révélée dans un rapport récent, s’inscrit dans un contexte où ces molécules deviennent progressivement inefficaces contre certaines infections fongiques, mettant en péril des millions de patients chaque année.
Ce qu'il faut retenir
- 30 % des infections fongiques en France sont désormais résistantes à au moins un traitement anti-fongique courant, selon les données de Santé publique France.
- Les candidoses invasives (infections à Candida) représentent le principal risque, avec un taux de mortalité de 40 % dans les cas graves.
- Les azoles, famille d’anti-fongiques la plus prescrite, voient leur efficacité diminuer face à certaines souches de champignons.
- Une stratégie nationale de surveillance et de lutte contre ces résistances a été déployée en 2025 pour encadrer leur usage.
- Les hôpitaux et les laboratoires sont désormais tenus de déclarer systématiquement les cas de résistance détectés.
Un phénomène en progression constante
D’après le dernier bilan publié par Santé publique France et relayé par Franceinfo - Santé, la résistance aux anti-fongiques s’étend rapidement. « Les données montrent une augmentation de 5 % par an du nombre de souches résistantes depuis 2018 », a précisé le Dr. Martin Lavigne, infectiologue à l’hôpital Saint-Louis à Paris. Cette tendance touche particulièrement les patients immunodéprimés, comme ceux sous chimiothérapie ou vivant avec le VIH, pour qui les infections fongiques peuvent s’avérer fatales.
Parmi les molécules concernées, les azoles — utilisées depuis des décennies dans le traitement des mycoses — voient leur efficacité réduite. « On observe une résistance croisée entre plusieurs générations de ces traitements », a souligné le spécialiste. Autant dire que les options thérapeutiques se raréfient pour ces patients, qui dépendent pourtant de ces médicaments pour survivre.
Les causes d’une résistance accélérée
Plusieurs facteurs expliquent cette situation alarmante. En premier lieu, l’usage excessif et parfois inapproprié des anti-fongiques, aussi bien en milieu hospitalier qu’en médecine de ville. « On prescrit encore trop souvent ces traitements sans preuve microbiologique », a regretté le Dr. Lavigne. L’automédication, notamment pour les mycoses cutanées, contribue également à sélectionner des souches résistantes.
Autre élément clé : la pollution environnementale. Les champignons pathogènes, exposés à des résidus de pesticides ou de médicaments dans les sols et les eaux, développent des mécanismes de résistance. « Certaines souches de Aspergillus fumigatus, un champignon responsable d’infections pulmonaires graves, sont désormais résistantes aux deux principaux azoles disponibles », a-t-il alerté. Ce phénomène, observé aux Pays-Bas et en Allemagne, commence à toucher la France.
Des mesures de lutte insuffisantes ?
Face à cette crise, les autorités sanitaires ont mis en place un plan national de surveillance en 2025. « Nous avons renforcé le dépistage systématique dans les hôpitaux et les laboratoires », a indiqué un porte-parole de la Direction générale de la santé. Les professionnels sont désormais tenus de déclarer tout cas de résistance détecté via le système de surveillance épidémiologique (Sentinelles).
Pourtant, certains experts estiment que ces mesures restent en deçà des besoins. « Il faudrait doubler le budget alloué à la recherche sur les nouveaux anti-fongiques », a plaidé le Pr. Sophie Delattre, microbiologiste à l’Institut Pasteur. Aujourd’hui, seules deux nouvelles molécules sont en phase avancée de développement en Europe, un chiffre jugé insuffisant au regard de l’urgence.
En attendant, les patients les plus vulnérables restent en première ligne. Les associations de malades appellent à une prise de conscience rapide. « Sans une mobilisation forte, nous risquons de revenir à l’ère pré-antibiotique pour les infections fongiques », a mis en garde la présidente de l’association « Vaincre les Mycoses » dans un communiqué diffusé hier.
Les symptômes varient selon l’organe touché : fièvre persistante pour les infections invasives, lésions cutanées résistantes aux traitements locaux pour les mycoses, ou encore toux chronique et essoufflement en cas d’aspergillose pulmonaire. En cas de doute, un prélèvement microbiologique est indispensable pour identifier la souche en cause et adapter le traitement.