Selon BFM Business, une majorité écrasante de Français doute de la pérennité du système de retraites actuel sans nouvelle réforme. Réalisé pour le club Landoy, un cercle de réflexion dédié à la transition démographique, ce sondage Ifop révèle des clivages profonds sur les solutions à privilégier pour assurer l’équilibre financier du régime par répartition.
Ce qu'il faut retenir
- 76 % des Français estiment que le système actuel des retraites ne pourra être maintenu sans une nouvelle réforme.
- 72 % des sondés n’ont pas confiance dans la capacité du système à garantir des pensions suffisantes, un scepticisme particulièrement marqué chez les 18-34 ans (87 %).
- Parmi les pistes de réforme envisagées, 42 % des Français plébiscitent une hausse des cotisations, 40 % un recul de l’âge légal de départ, et seulement 13 % une baisse des pensions.
- Les 65 ans et plus sont les seuls à soutenir majoritairement la hausse des cotisations et l’allongement de la vie active, tandis que les 18-24 ans sont plus ouverts à une baisse des pensions (29 %).
Un constat partagé : le système actuel ne peut plus durer
D’après le sondage Ifop pour le club Landoy, relayé par BFM Business, 76 % des Français considèrent que le système actuel des retraites ne pourra être maintenu sans une réforme structurelle. Ce pessimisme s’étend à tous les âges, même s’il varie en intensité. 72 % des personnes interrogées n’ont pas confiance dans la capacité du système à garantir des pensions suffisantes à l’avenir. Ce chiffre atteint un pic chez les 18-34 ans, où 87 % des jeunes expriment cette défiance.
Chez les 50-64 ans, la proportion reste élevée, mais moins marquée : 71 % des sondés de cette tranche d’âge partagent ce scepticisme. Autant dire que, quel que soit l’âge, la majorité des Français estiment que le statu quo n’est plus une option viable.
Les pistes de réforme divisent profondément
Face à ce constat, les Français sont partagés sur les solutions à mettre en œuvre. Le sondage révèle trois options traditionnellement évoquées pour rééquilibrer le système par répartition : l’augmentation des cotisations, le recul de l’âge légal de départ ou la baisse des pensions. Aucune ne recueille une majorité absolue. 42 % des sondés se prononcent en faveur d’une hausse des cotisations, 40 % pour un allongement de la vie active, et seulement 13 % pour une réduction des montants des pensions.
Sur la question de l’âge légal, les avis sont également partagés. Une majorité de 51 % des Français réclament un retour à un âge légal « plus bas » que les 64 ans instaurés par la réforme de 2023. À l’inverse, 31 % estiment qu’il devrait être « plus haut », tandis que 18 % jugent que l’âge actuel est « adapté au vieillissement de la population ».
Des clivages générationnels marqués
Les différences d’opinion se creusent particulièrement entre les générations. Les 65 ans et plus sont la seule tranche d’âge à soutenir majoritairement à la fois la hausse des cotisations et le recul de l’âge légal. En revanche, ils rejettent massivement l’idée d’une baisse des pensions, qui ne recueille que 5 % de leurs suffrages. Une position radicalement opposée à celle des 18-24 ans, qui sont 29 % à se déclarer favorables à une réduction des montants perçus.
Si l’âge légal devait être à nouveau relevé, les jeunes générations seraient également très demandeuses d’aménagements pour concilier vie active et retraite. Environ deux tiers des 18-24 ans privilégieraient des dispositifs comme la retraite progressive, le temps partiel ou le télétravail. Seuls 20 % d’entre eux se disent prêts à continuer à travailler sans aménagement dans cette hypothèse.
« Les Français sont unanimes sur la nécessité d’une réforme, mais ils ne s’accordent sur rien d’autre : ni sur l’outil à privilégier, ni sur l’âge de départ, ni même sur la méthode. C’est ce qui rend la tâche des pouvoirs publics particulièrement ardue. »
Un responsable du club Landoy, cité par BFM Business
Un système sous tension depuis des années
Le système de retraites français, fondé sur le principe de la répartition, repose sur le paiement des cotisations des actifs pour financer les pensions des retraités. Or, le vieillissement démographique et l’allongement de l’espérance de vie menacent cet équilibre. La réforme de 2023, qui a porté l’âge légal à 64 ans, n’a pas suffi à rassurer l’opinion publique, comme en témoignent les résultats du sondage. Les débats portent désormais sur l’opportunité de poursuivre dans cette voie ou d’envisager d’autres leviers.
Les discussions s’annoncent d’autant plus complexes que les attentes des Français semblent irréconciliables. D’un côté, les générations les plus âgées, qui ont contribué activement au système, refusent catégoriquement une baisse de leurs droits. De l’autre, les jeunes, déjà pessimistes quant à la pérennité du système, sont plus enclins à accepter des sacrifices, à condition que ceux-ci ne compromettent pas leur qualité de vie future.
En attendant, le statu quo n’est plus une option pour la majorité des Français. Mais le chemin vers une réforme acceptée par tous s’annonce semé d’embûches, tant les attentes et les craintes diffèrent selon les générations.
Les clivages s’expliquent principalement par les intérêts divergents entre générations. Les retraités actuels ou proches de l’âge de la retraite privilégient la stabilité de leurs droits, tandis que les jeunes, plus pessimistes sur l’avenir du système, sont prêts à accepter des ajustements – y compris une baisse des pensions – s’ils sont assortis de garanties pour leur propre avenir. Le sondage Ifop révèle ainsi que 87 % des 18-34 ans n’ont pas confiance dans la capacité du système à garantir des pensions suffisantes, contre 57 % des 65 ans et plus.
Aucune décision n’a été officiellement annoncée à ce stade. Cependant, le gouvernement pourrait s’appuyer sur ces résultats pour engager des consultations avec les partenaires sociaux ou proposer un projet de réforme incluant plusieurs leviers – hausse des cotisations, ajustement de l’âge légal et mécanismes de solidarité. La rentrée parlementaire de septembre 2026 pourrait être un moment clé pour l’annonce de nouvelles mesures, d’autant que les élections législatives de 2027 approchent.