Au Sénégal, la filière rizicole est en alerte. Selon RFI, près de 250 000 tonnes de riz local se retrouvent bloquées dans les entrepôts, faute d’acheteurs. Le marché, saturé par des importations à bas coût, étouffe la production nationale. Les professionnels du secteur, sous pression, réclament une intervention urgente de l’État pour éviter l’effondrement d’une filière clé de la souveraineté alimentaire sénégalaise.

Ce qu'il faut retenir

  • 250 000 tonnes de riz local invendus, faute d’écoulement sur le marché.
  • Un marché saturé par des importations moins chères, menaçant la compétitivité du riz sénégalais.
  • Les acteurs de la filière alertent sur leur survie économique et appellent à un plan d’urgence de l’État.
  • Le gouvernement sénégalais a fait de la souveraineté alimentaire une priorité, mais le secteur rizicole peine à suivre.

Un secteur en crise, plombé par la concurrence étrangère

La situation est critique pour les producteurs et transformateurs de riz au Sénégal. « On a produit des quantités record, mais personne ne veut acheter notre riz, car il est deux à trois fois plus cher que le riz importé », explique un responsable de la Fédération nationale des coopératives rizicoles, cité par RFI. Les coûts de production locaux, tirés vers le haut par les intrants, la main-d’œuvre et l’énergie, rendent le riz sénégalais moins compétitif face à des importations en provenance d’Asie ou d’Europe, souvent subventionnées.

Les stocks s’accumulent dans les entrepôts, faute de débouchés. « Nos silos sont pleins, et les banques commencent à exiger des garanties supplémentaires pour financer nos activités », confie un négociant de la région de Saint-Louis, premier bassin de production rizicole du pays. Autant dire que la trésorerie des opérateurs est mise à rude épreuve, certains envisageant même de réduire leurs surfaces cultivées pour limiter les pertes.

La souveraineté alimentaire en question

Le Sénégal a fait de la souveraineté alimentaire un objectif central de sa politique agricole, notamment après la crise des prix des denrées alimentaires en 2008. Pourtant, malgré des efforts pour moderniser la filière, la dépendance aux importations reste élevée. En 2025, le pays a importé plus d’un million de tonnes de riz, un chiffre qui continue d’inquiéter les autorités.

« Le gouvernement a mis en place des mesures pour soutenir le riz local, comme des subventions à la consommation ou des taxes à l’importation, mais cela ne suffit pas », souligne un économiste spécialiste des questions agricoles à Dakar. Bref, le gap entre l’offre locale et la demande reste trop important pour que le marché se rééquilibre naturellement. Les acteurs du secteur réclament désormais un plan d’urgence : achats publics massifs, contrôle renforcé des importations et soutien à la transformation locale.

Quelles solutions pour relancer la filière ?

Face à l’urgence, plusieurs pistes sont évoquées. D’abord, un relèvement des droits de douane sur les importations de riz pourrait, selon les professionnels, donner un coup de pouce à la production locale. « Si le riz importé devient plus cher à l’achat, les consommateurs se tourneront naturellement vers le riz sénégalais », estime un membre de l’Union nationale des transformateurs de riz. Une mesure déjà partiellement appliquée en 2024, mais dont l’impact reste limité en raison des dérogations accordées.

Ensuite, une meilleure organisation de la filière est nécessaire. « Il faut une coordination entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs pour éviter la saturation du marché », propose un expert en agriculture. Enfin, un soutien accru à la recherche et à l’innovation pourrait permettre d’améliorer les rendements et la qualité du riz local, le rendant plus attractif pour les consommateurs.

Et maintenant ?

La pression sur l’État sénégalais s’intensifie. Une réunion interministérielle est prévue d’ici la fin du mois de juillet pour évaluer les mesures à prendre. Pour les professionnels de la filière, le temps presse : « Si rien n’est fait d’ici la prochaine récolte en novembre, des milliers d’emplois seront menacés », met en garde un responsable syndical. Le gouvernement pourrait annoncer un plan de sauvetage d’ici fin août, incluant des achats publics et des subventions ciblées.

Pourtant, la solution à long terme dépasse le cadre des simples mesures conjoncturelles. Elle passe par une refonte structurelle de la filière, capable de rivaliser avec les importations en termes de prix et de qualité. Autant dire que la bataille pour la souveraineté alimentaire au Sénégal ne fait que commencer.

Le coût de production du riz local est plus élevé en raison des intrants agricoles, de l’énergie et de la main-d’œuvre, qui pèsent sur la compétitivité. À l’inverse, une partie des riz importés, notamment en provenance d’Asie, bénéficient de subventions ou de coûts de production très bas, ce qui les rend moins chers à la vente.