À deux jours de l'ouverture du tournoi de Roland-Garros 2026, les meilleurs joueurs et joueuses du circuit ont choisi d’exprimer publiquement leur mécontentement concernant la redistribution des revenus des tournois du Grand Chelem, selon Le Figaro. Lors du traditionnel « media day », prévu chaque année pour présenter les favoris, les frondeurs ont limité leurs interventions à quinze minutes, une durée symbolique qui renvoie au pourcentage des revenus actuellement reversé aux participants. Alors que la part des prize money a légèrement augmenté en 2025 pour atteindre 9,5% des dotations, les joueurs réclament désormais 22% des revenus globaux dégagés par ces compétitions.
Ce qu'il faut retenir
- Les joueurs et joueuses du top 20 ont limité leurs interventions à 15 minutes lors du « media day » de Roland-Garros 2026, en guise de protestation symbolique.
- Ils réclament une augmentation de leur part des revenus des Grand Chelems, passant de 15% à 22%, contre 50% pour les joueurs de NBA.
- La Fédération française de tennis (FFT) rappelle que la part des joueurs dans les revenus du tournoi est passée de 15,5% en 2024 à 14,9% prévus pour 2026, malgré une hausse des recettes de 14%.
- La FFT souligne que la dotation globale versée aux participants a augmenté de 9,5% depuis 2025.
Cette fronde, bien que mesurée, intervient après des mois de tensions entre les joueurs et les organisateurs des quatre tournois du Grand Chelem. La semaine dernière, un collectif de 20 joueurs, parmi lesquels figurent l’Américain Taylor Fritz et la Biélorusse Aryna Sabalenka, a diffusé un communiqué dénonçant une « part décroissante de la valeur qu’ils contribuent à créer ». Sabalenka, numéro un mondiale, a justifié cette action : « Nous voulons juste nous faire entendre. 15 minutes, c’est mieux que zéro. » Selon elle, cette initiative vise aussi à défendre les intérêts des joueurs moins bien classés, qui subissent davantage les déséquilibres économiques du circuit.
Une protestation symbolique sans boycott annoncé
Contrairement à d’autres disciplines sportives où les mouvements de grève ont pris des formes plus radicales, les tennismen ont opté pour une approche discrète. Aucun mot comme « boycott » n’a été évoqué lors des échanges avec la presse. Fritz, interrogé sur cette retenue, a précisé : « La question n’est pas que les joueurs veulent plus d’argent, c’est à propos de ce qui est juste. Nous avons l’impression que ça va dans le sens inverse. Nous avons été très patients avec nos demandes. C’est irrespectueux qu’on nous ait ignorés. »
Cette stratégie vise à faire pression sur les organisateurs sans risquer une confrontation directe. Pourtant, les déclarations des joueurs montrent une frustration palpable. Dans leur communiqué, ils rappellent que la part des joueurs dans les revenus de Roland-Garros a diminué, passant de 15,5% en 2024 à 14,9% prévus en 2026, malgré une hausse des recettes de 14% pour le tournoi parisien.
Les organisateurs opposent une hausse des dotations globales
Face à ces revendications, la Fédération française de tennis (FFT) a rappelé que les dotations financières ont « considérablement augmenté ces dernières années ». Depuis 2025, les prize money versés aux participants représentent 9,5% des revenus, une progression significative. « Les recettes du Grand Chelem parisien ont grimpé de 14%, mais la part des joueurs dans ces revenus a diminué », a souligné la FFT dans un communiqué. Elle ajoute que ces investissements massifs — nécessaires à l’organisation d’un événement d’une telle ampleur — ne se traduisent pas immédiatement par une augmentation proportionnelle des dotations.
« Je pense que les frondeurs ne maîtrisent pas toujours les modèles économiques des tournois du Grand Chelem, qui doivent réaliser des investissements colossaux. Ils constatent que, à un moment donné, le pourcentage attribué à Roland-Garros est inférieur à celui de l’année précédente. Mais le tournoi a bien fonctionné, il a généré davantage de recettes, ce qui se répercutera sans doute sur eux à l’avenir. Simplement, cela ne se traduit pas nécessairement d’une année sur l’autre. »
— Arnaud Clément, consultant pour Prime Vidéo et ancien numéro un français
Arnaud Clément, également consultant pour Prime Vidéo, a tempéré les revendications des joueurs en rappelant la complexité des modèles économiques du tennis professionnel. « Le tennis, bien sûr, il y a des joueurs, mais il y a une histoire, il y a le tournoi du Grand Chelem, il y a un circuit. Il faut aussi être conscient de l’environnement dans lequel on est et comment il s’est construit », a-t-il déclaré. Pour lui, l’équilibre du système dépend aussi de la pérennité des tournois, qui doivent investir dans des infrastructures et des innovations pour rester compétitifs.
Des modèles économiques radicalement différents selon les sports
Fabrice Santoro, autre figure médiatique du tennis et consultant pour Johnny Fidelin, a balayé l’argument selon lequel les joueurs de tennis devraient s’inspirer de la NBA, où les athlètes perçoivent 50% des revenus. Pour lui, la comparaison est « trompeuse ». « Je ne vais pas mettre sur le même plan un salarié et un chef d’entreprise. Les modèles économiques n’ont rien à voir. En tennis, vous êtes votre propre patron. Si Djokovic ne souhaite pas jouer sur terre battue, il n’y va pas, il fait ce qu’il veut », a-t-il expliqué. Santoro a insisté sur le fait que les tennismen, contrairement aux basketteurs, sont des entrepreneurs indépendants : « En tant que chef d’entreprise, le tennisman a intérêt à ce que son activité génère le meilleur chiffre d’affaires possible, afin d’investir davantage dans son staff et d’être encore plus performant. »
« Ce n’est donc ni le même modèle, ni les mêmes contraintes. Dans cette sorte d’inversion pyramidale, le tennisman est au sommet, tandis que le footballeur, même très bien payé, se situe davantage à la base et doit composer avec de multiples strates au-dessus de lui. »
— Fabrice Santoro
Reste à savoir si cette fronde, bien que policée, parviendra à faire évoluer les équilibres économiques d’un sport où les joueurs, malgré des revenus individuels élevés, dépendent largement de la santé financière des tournois. Une chose est sûre : le débat sur la juste répartition des richesses dans le tennis professionnel est désormais sur la table, et il ne disparaîtra pas de sitôt.
Les joueurs et joueuses estiment que leur part actuelle, proche de 15%, ne reflète pas leur contribution à la création de richesse des tournois. Ils comparent leur situation à celle des athlètes de la NBA, où les joueurs perçoivent 50% des revenus, et réclament une répartition plus équitable pour garantir la pérennité du circuit.