Selon BFM Business, les tentatives d’intrusion physique dans les entreprises et laboratoires français du secteur de la défense ont connu une progression alarmante en 2025. Ces atteintes, qui représentent désormais **24 %** des incidents enregistrés par la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD), contre **18 %** en 2024, illustrent une menace en constante évolution pour la base industrielle et technologique de défense (BITD).

Ce qu'il faut retenir

  • 24 % des atteintes ou tentatives d’atteintes physiques aux sites de défense en 2025, contre 18 % en 2024 (DRSD).
  • Augmentation « considérable » des survols de drones aux abords des sites sensibles, avec des perturbations majeures dans le transport aérien en Europe.
  • Incendies coordonnés dans le Cher en 2026 visant des installations électriques alimentant des usines d’armement.
  • Multiplication des actions de sabotage (tags, jets de peinture, incendies) et des vols de matériel (ordinateurs, machines-outils).
  • Certaines intrusions pourraient s’inscrire dans le cadre d’une stratégie de guerre hybride, potentiellement attribuée à la Russie.
  • Mouvements d’ultragauche revendiquant des actions contre la BITD, en lien avec le conflit israélo-palestinien.

Des intrusions physiques en nette augmentation en 2025

La DRSD, service de renseignement chargé de la protection des entités de la défense, a publié une note publique révélant une hausse significative des atteintes ou tentatives d’atteintes physiques aux sites sous sa surveillance. En 2025, ces intrusions ont représenté **24 %** du total des incidents, contre **18 %** en 2024 et 2023. « L’année 2025 a été marquée par une augmentation des atteintes ou tentatives d’atteintes physiques aux entités suivies par la DRSD », précise l’institution dans son rapport.

Les cibles privilégiées sont les sites industriels et les laboratoires liés à la BITD ou à la recherche d’intérêt défense. Plusieurs intrusions se sont soldées par des vols de matériel essentiel : ordinateurs, machines-outils ou matières premières nécessaires à la production d’équipements militaires. Ces faits soulignent la vulnérabilité croissante des infrastructures stratégiques, malgré les dispositifs de sécurité en place.

Des survols de drones en hausse, une menace aux contours flous

La DRSD alerte également sur l’explosion des survols de drones aux abords des emprises liées à la défense, un phénomène en forte progression à la fin de l’année 2025. Ces prises de vue à des fins de repérage, souvent réalisées en violation des zones interdites, posent un défi majeur aux autorités. « Une augmentation très nette des survols de drones signalés aux abords d’emprises liées à la sphère défense », souligne la DRSD.

En Europe, ces intrusions ont déjà entraîné des perturbations majeures, comme des suspensions de vols commerciaux dans plusieurs aéroports. En France, l’imputation de ces survols à des puissances étrangères reste « complexe », bien que de nombreux observateurs les associent à des stratégies de guerre hybride, notamment celle attribuée à la Russie. Ces actions, combinant sabotage et ingérence, visent à déstabiliser les infrastructures critiques sans recourir à un conflit ouvert.

Sabotages et dégradations : une stratégie délibérée ?

Outre les intrusions, les sites de la défense française ont été la cible de multiples actions de sabotage et de dégradations en 2025 et au début de 2026. Incendies ciblant les infrastructures énergétiques, chaînes de production sabotées, tags ou jets de peinture : ces actes, souvent commis aux abords des sites, visent à perturber les activités industrielles.

Récemment, une série d’incendies coordonnés a frappé le département du Cher, visant des installations électriques alimentant des usines d’armement. Ces événements, qui rappellent des méthodes déjà observées dans d’autres pays européens, pourraient s’inscrire dans une logique de déstabilisation plus large. Leur lien avec des puissances étrangères ou des groupes militants reste cependant à établir avec certitude.

Un lien avec les tensions au Proche-Orient ?

Selon la DRSD, certaines actions revendiquées par des mouvements d’ultragauche (UG) contre des entreprises de la BITD seraient directement liées au conflit israélo-palestinien. Ces groupes, qui dénoncent le soutien occidental à Israël, multiplient les opérations symboliques pour protester contre la production d’armes ou leur exportation. Leur capacité à perturber les activités industrielles, bien que limitée, contribue à fragiliser la sécurité des sites stratégiques.

Ces revendications, souvent relayées sur les réseaux sociaux ou via des communiqués, visent à attirer l’attention sur des causes politiques tout en testant les dispositifs de protection des infrastructures sensibles. Leur efficacité opérationnelle reste cependant marginale comparée à celle d’acteurs étatiques.

Des réponses en question face à une menace protéiforme

Face à cette multiplication des menaces, les autorités françaises et européennes peinent à identifier clairement les commanditaires. La DRSD reconnaît la difficulté à imputer ces actes à des puissances étrangères, faute de preuves tangibles. Pourtant, les indices s’accumulent : méthodes similaires à celles utilisées en Ukraine, profils d’intrus correspondant à des profils de services de renseignement étrangers, ou encore coordination entre différentes actions.

En réponse, les mesures de sécurité ont été renforcées autour des sites sensibles. Les drones suspects sont désormais systématiquement interceptés, et les protocoles de surveillance des emprises industrielles ont été revus à la hausse. Cependant, l’efficacité de ces dispositifs dépendra de leur capacité à anticiper des attaques toujours plus sophistiquées.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient voir une intensification des tensions autour des sites de défense, avec des élections européennes en juin 2026 et une montée des tensions géopolitiques. Les autorités devraient renforcer les échanges d’informations entre services de renseignement européens, afin de mieux traquer les réseaux impliqués dans ces intrusions. Une loi visant à durcir les sanctions contre les survols illicites de drones est également en discussion à l’Assemblée nationale, avec une adoption prévue avant la fin de l’année.

Pour l’heure, la DRSD appelle à une vigilance accrue de la part des industriels et des laboratoires, tout en insistant sur la nécessité de collaborer étroitement avec les forces de l’ordre. La menace, loin d’être circonscrite, s’inscrit désormais dans un paysage sécuritaire profondément transformé par les conflits en cours et les rivalités géopolitiques.

Selon le projet de loi en discussion à l’Assemblée nationale, les survols illicites de drones près d’installations critiques pourraient être passibles de jusqu’à 3 ans de prison et de 45 000 € d’amende. Les peines pourraient être alourdies en cas de circonstance aggravante, comme une tentative de sabotage ou une intrusion dans une zone militaire.

La DRSD recommande plusieurs mesures : renforcer les contrôles d’accès, installer des systèmes de détection de drones, former les employés à repérer les comportements suspects et mettre en place des protocoles d’urgence en cas d’intrusion. Une collaboration étroite avec les forces de l’ordre locales est également encouragée.