Le géant du streaming musical Spotify, qui revendique plus de 574 millions d’utilisateurs actifs dans le monde, est une nouvelle fois pointé du doigt pour sa stratégie de recommandation musicale. Selon Le Monde, la plateforme favoriserait délibérément des titres perçus comme « sans grande valeur », conçus pour une écoute passive plutôt que pour susciter l’engagement des auditeurs. Ces pratiques, révélées lors d’un entretien avec Liz Pelly, journaliste et autrice d’une enquête sur le sujet, soulignent les limites d’un modèle économique axé sur la quantité plutôt que sur la qualité artistique.

Ce qu'il faut retenir

  • Spotify est accusé de privilégier des musiques conçues pour une écoute passive, selon Le Monde.
  • Liz Pelly, journaliste, dénonce une gestion de la musique « comme une marchandise » dans un entretien au Monde.
  • La plateforme compterait plus de 574 millions d’utilisateurs actifs dans le monde.
  • Les algorithmes de recommandation seraient optimisés pour maximiser le temps d’écoute, au détriment de la diversité artistique.

Des musiques conçues pour être écoutées, pas découvertes

Dans son enquête, Liz Pelly explique que Spotify a transformé la découverte musicale en un processus mécanique, où l’algorithme pousse des titres standardisés, souvent peu exigeants pour l’auditeur. « Spotify gère la musique comme une marchandise », déclare-t-elle dans les colonnes du Monde. Selon elle, la plateforme ne cherche plus à mettre en avant des artistes innovants ou des œuvres ambitieuses, mais plutôt des contenus conçus pour être consommés rapidement, sans réflexion. « On est dans une logique de flux continu, où l’objectif n’est pas de surprendre ou d’éduquer l’auditeur, mais de le maintenir le plus longtemps possible devant son écran », précise-t-elle.

Cette approche s’inscrit dans la stratégie commerciale de Spotify, qui mise sur le volume d’écoutes pour attirer les annonceurs. Liz Pelly rappelle que la plateforme a signé des accords avec des milliers de labels indépendants, mais que les algorithmes favorisent systématiquement les titres déjà populaires ou ceux produits par des artistes sous contrat avec des majors. « Résultat, les musiques originales et risquées ont de moins en moins de visibilité », ajoute-t-elle.

Un modèle économique au cœur des critiques

Les reproches adressés à Spotify ne sont pas nouveaux. Dès 2018, des artistes et des observateurs dénonçaient déjà la rémunération dérisoire versée par la plateforme, estimée en moyenne à 0,003 € par écoute. Mais les accusations de Liz Pelly vont plus loin : selon elle, l’entreprise ne se contente pas de sous-payer les artistes, elle façonne activement le paysage musical en privilégiant des formats adaptés à ses intérêts économiques. « Ce n’est pas un hasard si les playlists les plus écoutées ressemblent toutes à s’y méprendre. Elles sont conçues pour être oubliées aussi vite qu’elles ont été écoutées », explique-t-elle.

Certains observateurs estiment que cette stratégie explique en partie la stagnation créative du secteur. « Quand on écoute les mêmes sons partout, on finit par en produire les mêmes », souligne un producteur indépendant cité par Le Monde. D’autres y voient une conséquence directe de la financiarisation de l’industrie musicale, où la rentabilité prime sur l’innovation.

Des alternatives existent-elles ?

Face à ces critiques, plusieurs plateformes alternatives misent sur un modèle inverse, privilégiant la rémunération équitable des artistes et la diversité musicale. Des services comme Bandcamp ou Deezer (qui propose un mode « Flow » moins algorithmique) tentent de se différencier en mettant en avant des contenus plus originaux. Cependant, leur audience reste marginale comparée à celle de Spotify, qui domine le marché avec une part de 31 % du streaming mondial, selon les données de 2025.

Interrogée sur l’évolution possible de la situation, Liz Pelly reste sceptique : « Tant que le modèle économique de Spotify ne changera pas, rien ne bougera. La plateforme a les moyens d’imposer ses règles, et les artistes n’ont pas d’autre choix que de s’y soumettre s’ils veulent être entendus. »

Et maintenant ?

À l’approche de l’été 2026, où les grandes plateformes de streaming dévoilent généralement leurs bilans annuels, la pression pourrait s’intensifier sur Spotify. Plusieurs associations d’artistes, dont la Fair Internet Coalition, préparent une nouvelle campagne pour exiger une réforme des algorithmes et une meilleure rémunération. Une pétition, déjà signée par plus de 50 000 musiciens, sera soumise aux dirigeants de la plateforme d’ici le mois de juin. Reste à voir si ces revendications seront entendues, ou si Spotify continuera à façonner le paysage musical à sa guise.

En attendant, les auditeurs pourraient se tourner vers des solutions plus locales ou des plateformes éthiques, même si leur impact reste limité face à l’hégémonie de Spotify. Une chose est sûre : le débat sur l’avenir de la musique à l’ère du streaming n’est pas près de s’éteindre.

Spotify verse en moyenne 0,003 € par écoute à un artiste, un montant qui varie selon des accords négociés avec les labels. Cette rémunération est souvent jugée insuffisante par les musiciens, surtout pour les indépendants qui n’ont pas les moyens de négocier des contrats avantageux.

Des services comme Bandcamp, Resonate ou SoundCloud (en partie) mettent l’accent sur une meilleure rémunération des artistes. Bandcamp, par exemple, permet aux créateurs de fixer eux-mêmes le prix de leurs morceaux et reverse jusqu’à 80 % des revenus aux artistes. Deezer propose également un mode « Flow » moins algorithmique, mais son audience reste bien inférieure à celle de Spotify.