La 79e édition du Festival de Cannes a marqué son grand retour ce jeudi 13 mai 2026 avec la projection d’une copie restaurée du film burkinabè « Tilaï », également intitulé « La Loi ». Cette œuvre du réalisateur Idrissa Ouédraogo, projetée dans le cadre de la section « Cannes classics », avait déjà marqué l’histoire du festival en 1990 en remportant le Grand Prix du Jury. Selon RFI, ce long-métrage s’impose aujourd’hui comme un jalon majeur du cinéma africain, salué pour sa puissance narrative et sa dimension universelle.
Ce qu'il faut retenir
- Le film « Tilaï » (ou « La Loi »), réalisé par Idrissa Ouédraogo, a été projeté ce 13 mai 2026 dans une version restaurée lors de la section « Cannes classics » du Festival de Cannes.
- Ce long-métrage burkinabè avait remporté le Grand Prix du Jury en 1990 lors de la compétition officielle.
- Le jury de l’époque, présidé par Bernardo Bertolucci, avait vu dans ce film une réincarnation des cinéastes italiens Federico Fellini et Roberto Rossellini réunis.
Un classique du cinéma africain retrouvé dans sa splendeur originelle
Trente-six ans après sa sortie initiale, « Tilaï » retrouve une seconde jeunesse grâce à une restauration minutieuse, présentée en ouverture de la manifestation « Cannes classics ». Ce programme, dédié aux œuvres majeures du septième art, permet chaque année de redécouvrir des films marquants sous un jour nouveau. D’après RFI, la copie projetée ce 13 mai 2026 offre une qualité d’image et de son inédite, restituant toute la force visuelle et émotionnelle du long-métrage original.
Idrissa Ouédraogo, disparu en 2018, laisse derrière lui une filmographie riche et engagée, souvent centrée sur les traditions et les conflits sociaux en Afrique de l’Ouest. « Tilaï », adapté d’un roman de Nazi Boni, explore les tensions entre modernité et coutumes ancestrales à travers l’histoire d’un jeune homme rejeté par sa communauté pour avoir transgressé les lois du clan. Une thématique toujours d’actualité, qui explique en partie la pérennité de ce film dans le paysage cinématographique.
Un jury de légende sous le charme du cinéma burkinabè
Lors de sa présentation en compétition officielle en 1990, « Tilaï » avait su séduire le jury présidé par Bernardo Bertolucci, alors à la tête d’un palmarès prestigieux. Le réalisateur italien avait livré une analyse remarquée sur la singularité de l’œuvre : « Ce film est une réincarnation de Federico Fellini et Roberto Rossellini réunis », avait-il déclaré. Une comparaison flatteuse qui témoigne de l’impact de ce film bien au-delà des frontières africaines.
Le Grand Prix du Jury, deuxième distinction la plus importante du festival après la Palme d’Or, avait alors confirmé la place de Idrissa Ouédraogo parmi les grands cinéastes contemporains. Cette récompense avait également marqué un tournant dans la reconnaissance internationale du cinéma africain, alors encore peu représenté dans les palmarès cannois. — Autant dire que cette projection de 2026 s’inscrit dans une forme de continuité historique, soulignant l’importance durable de cette œuvre.
Un hommage à un réalisateur disparu, mais dont l’héritage perdure
Idrissa Ouédraogo, figure emblématique du cinéma burkinabè, s’est éteint en 2018 à l’âge de 64 ans, laissant derrière lui une vingtaine de longs-métrages. Son travail, souvent primé — il avait également remporté l’Étalon de Yennenga au FESPACO en 1991 pour « Tilaï » — reste étudié dans les écoles de cinéma du monde entier. La restauration de « Tilaï » s’ajoute à d’autres initiatives récentes visant à préserver son œuvre, comme la numérisation de ses archives par l’Institut Imagine de Ouagadougou.
Pour les cinéphiles et les historiens du cinéma, cette projection à Cannes revêt une dimension symbolique. Elle rappelle que certaines œuvres, bien que tournées il y a plusieurs décennies, conservent une pertinence intacte. Comme le souligne RFI, « Tilaï » n’est pas seulement un film du passé : il reste un miroir tendu vers les défis contemporains des sociétés africaines.
Avec cette projection, le Festival de Cannes 2026 réaffirme son rôle de passeur culturel, tout en rendant un hommage discret mais nécessaire à l’un des cinéastes les plus influents du continent africain.