Face à la désertification des stations-service en zones rurales, certaines communes choisissent de municipaliser ces points de vente de carburant. Une solution pour maintenir un service de proximité accessible, tout en dynamisant l’économie locale. C’est ce que révèle Reporterre, qui met en lumière plusieurs initiatives portées par des maires soucieux de répondre à un besoin croissant de mobilité dans les territoires isolés.

Ce qu'il faut retenir

  • Une quinzaine d’années de fermetures dans certaines communes du Centre-Bretagne, où les stations-service ont progressivement disparu.
  • Des maires qui municipalisent les stations pour en faire un service public, sans objectif de profit.
  • 12 km au minimum séparent les habitants de services essentiels (alimentation, poste, collège, médecin, gare) dans certaines zones rurales.
  • Un modèle qui vise à maintenir une offre abordable et à soutenir l’activité économique locale.
  • La Laurence, habitante d’une petite commune bretonne, témoigne de l’importance de ces initiatives.

Des stations-service en voie de disparition dans les campagnes

En Centre-Bretagne, comme dans d’autres régions rurales, la fermeture des petites stations-service s’est accélérée depuis une quinzaine d’années. Laurence, qui vit dans une commune isolée, constate que l’accès aux services de base – alimentation, poste, santé, transport – dépend désormais de déplacements de plus de 12 km. Pour elle, la disparition des stations-service n’est pas un simple inconvénient, mais une rupture d’égalité territoriale. « Il y en avait une il y a vingt ans, maintenant, il faut faire 30 km pour en trouver une », explique-t-elle à Reporterre.

La municipalisation, une réponse pour garantir l’accès au carburant

Pour pallier ces fermetures, plusieurs maires ont choisi de reprendre en main la gestion des stations-service. Objectif affiché : en faire un service public, sans chercher à réaliser des bénéfices. Ces collectivités misent sur des tarifs maîtrisés pour permettre aux habitants, notamment les plus modestes, de se déplacer sans surcoût excessif. « On ne cherche pas à faire du bénéfice, mais à offrir un service essentiel », a déclaré l’un de ces édiles sous couvert d’anonymat. Autre avantage : ces stations municipales peuvent servir de levier pour dynamiser l’économie locale, en attirant des clients supplémentaires vers les commerces environnants.

Un modèle qui séduit, mais reste marginal

Si l’initiative est saluée par les habitants, elle reste encore peu répandue. Selon Reporterre, seules quelques dizaines de communes en France ont franchi le pas. Pourtant, le contexte pousse à multiplier ces expériences. La hausse des prix des carburants, couplée à la baisse du pouvoir d’achat, rend l’accès à l’essence de plus en plus difficile pour les ruraux. « Dans certaines zones, les habitants n’ont plus les moyens de faire 50 km pour remplir leur réservoir », souligne un élu local. Face à cette situation, les municipalités qui investissent dans des stations publiques espèrent ainsi limiter l’isolement des populations et préserver leur attractivité.

Et maintenant ?

Plusieurs associations et collectifs appellent désormais à un soutien plus large de l’État pour généraliser ce modèle. Une proposition de loi, discutée à l’Assemblée nationale, pourrait être examinée d’ici la fin de l’année 2026. Pour les partisans de ces stations municipales, l’enjeu est double : maintenir un filet social dans les campagnes et éviter que ces territoires ne deviennent des déserts économiques. Reste à voir si les pouvoirs publics suivront cette voie, alors que les budgets des communes sont déjà sous tension.

« On ne cherche pas à faire du bénéfice, mais à offrir un service essentiel. » — Un maire anonyme cité par Reporterre

Les communes doivent généralement justifier d’un besoin avéré (éloignement des autres stations, absence de transport en commun) et obtenir l’accord des autorités locales. Certaines bénéficient de subventions pour financer l’investissement initial.