Dès l’âge de 14 ans, des mineurs suédois pourraient être incarcérés dans des établissements pénitentiaires dédiés, et ce pour des crimes graves. Une mesure envisagée par le gouvernement suédois en réponse à l’augmentation de la violence liée aux gangs dans le pays. Selon Libération, cette décision marque un tournant dans la politique pénale suédoise, traditionnellement axée sur la réinsertion plutôt que sur la répression.

Ce qu’il faut retenir

  • Ouverture de prisons pour mineurs à partir de 14 ans pour les crimes graves, une première en Suède.
  • Cette mesure intervient dans un contexte de hausse de la violence des gangs, notamment à Stockholm.
  • Le gouvernement suédois justifie cette décision par la nécessité de protéger la société et de sanctionner les actes les plus violents.
  • Les associations de défense des droits de l’enfant dénoncent un recul sur la protection des mineurs.

Un durcissement de la politique pénale suédoise

La Suède, connue pour son modèle social progressiste, s’apprête à modifier radicalement sa approche concernant les mineurs délinquants. Jusqu’à présent, le système judiciaire suédois privilégiait des mesures éducatives et des peines alternatives pour les jeunes contrevenants, même en cas de crimes graves. Mais face à l’escalade des violences urbaines impliquant des gangs, le gouvernement conservateur de Ulrika Modéer, ministre de la Justice, a décidé de frapper fort.

Les nouvelles structures carcérales, destinées aux mineurs de 14 à 18 ans, seront conçues comme des établissements fermés, avec des protocoles de sécurité renforcés. « Nous devons envoyer un signal clair : les crimes graves ne resteront pas impunis, quelle que soit l’âge du délinquant », a déclaré Modéer dans un entretien publié par Libération le 12 juin 2026. La mesure devrait entrer en vigueur d’ici le début de l’année 2027, sous réserve de l’approbation du Parlement.

La violence des gangs, principale justification

Les statistiques officielles révèlent une augmentation de 40 % des infractions violentes liées aux gangs entre 2023 et 2025, principalement dans les grandes villes comme Stockholm, Göteborg et Malmö. Les autorités pointent du doigt des recrutements précoces d’adolescents, parfois dès 12 ans, ainsi que l’usage croissant d’armes à feu dans les règlements de comptes. En 2025, pas moins de 18 mineurs ont été victimes de tirs mortels dans des affrontements entre groupes rivaux.

Face à cette situation, le gouvernement argue que les mesures existantes, comme les centres de détention éducative, n’ont pas suffi à endiguer la récidive. « Les jeunes délinquants savent qu’ils risquent peu de sanctions lourdes. Cela doit changer », a souligné Anders Ygeman, ministre de l’Intérieur, lors d’une conférence de presse le 9 juin. La création de prisons spécialisées s’inscrit donc dans une logique de dissuasion et de neutralisation temporaire des individus les plus dangereux.

Des associations de défense des droits de l’enfant vent debout

Cette réforme suscite une vive opposition parmi les défenseurs des droits des mineurs. « Condamner des enfants de 14 ans à la prison, c’est un recul majeur sur la question des droits de l’enfant et une violation des conventions internationales », a réagi Ingrid Burman, présidente de l’ONG Barnens rätt i samhället (Les droits de l’enfant dans la société). Elle rappelle que la Suède a ratifié la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, qui encourage les États à privilégier les mesures éducatives plutôt que punitives pour les mineurs.

Les critiques portent également sur les conditions de détention envisagées. Les associations s’inquiètent d’un traitement pénitentiaire inadapté aux adolescents, avec un risque accru de radicalisation ou de traumatismes psychologiques. « Placer des mineurs dans des environnements aussi hostiles pourrait aggraver leur exclusion plutôt que de les réinsérer », a mis en garde Karin Romson, experte en droit de la jeunesse à l’Université de Stockholm. Le débat s’annonce donc intense au Parlement, où l’opposition de gauche et les Verts ont déjà annoncé leur intention de bloquer le texte.

Et maintenant ?

Le projet de loi doit être soumis au vote du Parlement suédois d’ici la fin de l’été 2026. Si elle est adoptée, sa mise en œuvre débutera progressivement à partir du premier trimestre 2027, avec une phase test dans deux régions pilotes. Dans le même temps, le gouvernement a annoncé le renforcement des effectifs policiers dans les quartiers sensibles, ainsi que des programmes de prévention ciblant les jeunes les plus exposés. Reste à savoir si ces mesures parviendront à concilier fermeté et protection des mineurs.

En attendant, le débat sur l’équilibre entre sécurité publique et droits fondamentaux s’intensifie, tant en Suède qu’à l’échelle européenne. Plusieurs pays, dont la France et l’Allemagne, suivent de près cette réforme, susceptible d’inspirer ou de susciter des vocations ailleurs en Europe.