Le Conseil national suisse a adopté, jeudi 12 juin 2026, un projet de loi porté par le gouvernement fédéral visant à lever l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires, en vigueur depuis 2018. Selon BFM Business, cette révision législative, déjà approuvée par le Conseil des États (chambre haute), marque un tournant dans la politique énergétique du pays, initialement engagée après la catastrophe de Fukushima en 2011.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Parlement suisse a validé, par 101 voix contre 92 et 3 abstentions, la levée de l’interdiction des nouvelles centrales nucléaires, interdites depuis 2018.
  • Cette décision s’inscrit dans un contexte de besoin croissant en électricité décarbonée, alors que la Suisse vise la neutralité carbone d’ici 2050.
  • Quatre réacteurs nucléaires (Beznau 1 et 2, Gösgen, Leibstadt) restent en service, mais leur fermeture progressive est prévue d’ici 2033.
  • Le projet de loi impose que toute nouvelle centrale soit financée sans aide de l’État, mais ne l’exclut pas totalement.
  • 29 % de l’électricité suisse provient encore du nucléaire, un chiffre qui devrait diminuer avec la sortie progressive des réacteurs actuels.

Une décision issue d’un long débat politique et énergétique

Le Parlement suisse a donc donné son feu vert définitif à une révision de la loi sur l’énergie, permettant à l’avenir la construction de nouvelles centrales nucléaires. Cette proposition, portée par le Conseil fédéral, avait déjà été adoptée par la chambre haute le 28 mai 2026, avant d’être confirmée par le Conseil national. « La Suisse doit garder toutes les options ouvertes pour assurer son approvisionnement électrique à long terme », a déclaré Albert Rösti, ministre de l’Énergie, lors des débats parlementaires. Une position défendue malgré les oppositions, notamment de la part des partis Verts et socialistes.

Cette révision législative intervient dans un contexte géopolitique marqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, un conflit qui a rappelé aux pays européens, dont la Suisse, les risques liés à la dépendance énergétique. « La peur du manque provoquée par l’agression militaire de la Russie contre l’Ukraine a renforcé la nécessité de sécuriser nos approvisionnements », a expliqué le gouvernement fédéral dans un communiqué.

Le nucléaire comme « assurance » face aux incertitudes des énergies renouvelables

Selon le Conseil fédéral, cette modification de la loi vise à « créer une assurance en matière d’approvisionnement en électricité » au cas où les énergies renouvelables ne suffiraient pas à répondre à la demande. Le gouvernement souligne que la croissance démographique et les objectifs climatiques de neutralité carbone d’ici 2050 rendent indispensable la diversification du mix énergétique. « Il faut laisser ouverte l’option nucléaire pour garantir une production décarbonée », a réaffirmé Albert Rösti.

Cependant, le projet de loi impose des garde-fous : toute nouvelle centrale ne pourra être construite que si son financement est déjà assuré. En revanche, le gouvernement n’exclut pas totalement une aide financière de l’État, une mesure qui avait été évoquée lors des discussions parlementaires. Les amendements proposés par les Verts et les socialistes, visant à conditionner l’octroi d’une autorisation ou à instaurer un moratoire jusqu’en 2036, ont été rejetés.

Un revirement par rapport à la sortie progressive du nucléaire

Cette décision marque un revirement par rapport à la politique énergétique suisse adoptée en 2017, lorsque les citoyens avaient approuvé par référendum la sortie progressive du nucléaire. À l’époque, les Suisses avaient voté une loi interdisant la construction de nouvelles centrales, une décision prise après l’accident de Fukushima en 2011. Quatre réacteurs restent aujourd’hui en activité : Beznau 1 (mis en service en 1969, fermeture prévue en 2033), Beznau 2 (1971, fermeture en 2032), Gösgen (1979) et Leibstadt (1984).

Ces réacteurs fournissent encore 29 % de l’électricité du pays, un chiffre appelé à diminuer avec leur fermeture progressive. Leur remplacement par des sources renouvelables ou d’autres technologies bas-carbone reste un défi majeur pour la Suisse, qui mise sur l’hydroélectricité, l’éolien et le solaire pour compenser. Pourtant, malgré ces efforts, le gouvernement estime que le nucléaire pourrait jouer un rôle complémentaire dans la transition énergétique.

Les prochaines étapes et les incertitudes à venir

Bien que le Parlement ait validé le principe de cette révision, la mise en œuvre dépendra désormais de la tenue d’un référendum final, comme le prévoit la démocratie directe suisse. Si les citoyens sont appelés à se prononcer, le gouvernement mise sur un débat apaisé, malgré les divisions politiques. « Nous devons écouter tous les arguments, mais aussi agir pour garantir notre indépendance énergétique », a indiqué Albert Rösti.

Par ailleurs, la question du financement reste entière : si l’État ne s’engage pas financièrement, les investisseurs privés devront prendre le relais, un scénario qui n’est pas garanti. De plus, la construction d’une nouvelle centrale prendrait au minimum une décennie, ce qui rend son rôle dans la transition énergétique incertain.

Et maintenant ?

La Suisse entre désormais dans une phase de consultations et de préparations techniques pour évaluer la faisabilité d’une nouvelle centrale. Le référendum final, qui pourrait se tenir d’ici 2027, sera déterminant pour l’avenir du nucléaire dans le pays. En parallèle, les discussions sur le mix énergétique suisse devraient s’intensifier, avec un accent particulier sur le développement des énergies renouvelables et des solutions de stockage.

Reste à voir si cette décision suffira à sécuriser l’approvisionnement électrique helvétique à long terme, ou si elle ne fera que prolonger une transition énergétique déjà complexe.

La Suisse justifie ce revirement par la nécessité de garantir son approvisionnement électrique à long terme, dans un contexte de croissance démographique et d’objectifs climatiques ambitieux. Le gouvernement craint également les risques liés à la dépendance aux énergies fossiles, exacerbés par la guerre en Ukraine. Selon BFM Business, cette décision vise à « créer une assurance » contre d’éventuelles pénuries, tout en maintenant une production décarbonée.

Quatre réacteurs restent en activité : Beznau 1 (fermeture en 2033), Beznau 2 (2032), Gösgen (toujours en service) et Leibstadt (toujours en service). Leur fermeture progressive réduira la part du nucléaire dans le mix énergétique suisse, actuellement de 29 %, selon les données officielles.