Une petite boîte, « de la taille d’une boîte d’allumettes », pourrait bien révolutionner la localisation en temps réel des individus dans des environnements où le GPS ne fonctionne pas. Selon BFM Business, l’entreprise Sysnav, basée à Vernon dans l’Eure, a développé un capteur capable de repérer une personne en trois dimensions sans recourir aux satellites. Une innovation qui prend tout son sens dans un contexte où les perturbations du signal GPS sont devenues une menace concrète, notamment depuis le conflit en Ukraine.

Ce qu'il faut retenir

  • Sysnav, basée à Vernon (Eure), a mis au point un capteur de localisation sans GPS, « de la taille d’une boîte d’allumettes », permettant de suivre une personne en temps réel et en 3D.
  • Cette technologie s’appuie sur la navigation magnéto-inertielle, une solution brevetée, et se fixe à la cheville via un scratch pour plus de praticité.
  • Les cas d’usage sont variés : militaires, pompiers, industries pharmaceutiques ou aéroports, avec déjà plusieurs milliers d’exemplaires vendus par an.
  • Sysnav, qui travaille aussi avec l’armée française, espère étendre son activité civile et militaire, avec un objectif de chiffre d’affaires de 50 millions d’euros d’ici 2031.
  • L’entreprise, fondée en 2008, a vu son chiffre d’affaires doubler entre 2020 et 2025 et emploie aujourd’hui une centaine de salariés.

Une technologie née de l’innovation et des besoins militaires

L’idée de Sysnav est née d’un constat simple : dans des environnements confinés, sous terre ou en milieu urbain dense, le GPS perd toute fiabilité. « Les problèmes de navigation sans GPS sont connus, mais avec la guerre en Ukraine, on est passé de risque à menace constatée. Le signal GPS est très facile à perturber », a expliqué David Vissière, président et co-fondateur de l’entreprise, à BFM Business. Face à cette vulnérabilité, la société normande a mis au point une solution alternative : la navigation magnéto-inertielle, une technologie brevetée qui permet de localiser une personne en temps réel, sans dépendre des satellites.

À l’origine, ce capteur était embarqué dans un sac à dos, une solution peu pratique pour les utilisateurs finaux. « Il y a un enjeu de la miniaturisation pour un boîtier qui doit compter au moins cinq capteurs espacés », a précisé David Vissière. La version actuelle, fixée à la cheville grâce à un scratch, est le fruit de plusieurs années de recherche et développement. Bien que la version militaire reste plus encombrante que celle destinée aux civils, elle répond aux exigences des forces armées.

Un intérêt marqué des armées françaises, mais des délais qui questionnent

L’innovation de Sysnav a rapidement attiré l’attention des autorités françaises. En novembre 2025, l’entreprise a été récompensée lors du Forum Innovation Défense par le chef d’État-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill. « Une promesse pour nous de voir notre développement être accompagné », a souligné David Vissière. Des tests sont actuellement en cours avec des forces spéciales, dans le cadre du programme Centurion, piloté par la Direction générale de l’armement (DGA), qui finance des initiatives innovantes.

Pour Sysnav, l’enjeu est désormais de passer à une échelle industrielle. « L’objectif est d’aller vers un programme d’armement, développer quelques milliers de systèmes pour passer à l’échelle », a-t-il ajouté. Pourtant, l’entreprise normande regrette la lenteur des processus, alors que « la solution existe à l’état de prototype ». David Vissière plaide pour un « lien plus direct » avec les utilisateurs finaux, dont les retours permettraient d’affiner le produit. « Ces retours d’expérience ont une valeur énorme pour nous, pour adapter nos besoins », a-t-il justifié, rappelant son parcours d’ancien ingénieur à la DGA.

Un marché civil déjà porteur et une ambition export

Si le secteur militaire représente un débouché prometteur, Sysnav a également su séduire le marché civil. Aujourd’hui, 70 % de son activité provient de ventes à des entreprises ou collectivités. Parmi ses clients figurent des industries pharmaceutiques, qui utilisent le capteur pour étudier l’évolution de la motricité d’un patient sous traitement, ou encore des aéroports comme Paris-Charles de Gaulle, où les véhicules sont équipés pour une localisation optimale. Les sapeurs-pompiers de Paris y ont également recours pour suivre leurs interventions en temps réel.

Cette diversification a permis à Sysnav de doubler son chiffre d’affaires entre 2020 et 2025, atteignant un niveau qui satisfait ses dirigeants. Fondée en 2008, l’entreprise emploie aujourd’hui une centaine de salariés et affiche une ambition claire : porter son chiffre d’affaires à 50 millions d’euros d’ici 2031. Une croissance qui s’appuie sur une « solution souveraine », entièrement conçue et fabriquée en France.

Et maintenant ?

Si Sysnav mise sur une adoption accélérée de sa technologie par les armées, les prochaines étapes dépendront en grande partie des décisions des pouvoirs publics. Le passage à une production de masse, nécessaire pour répondre aux besoins militaires, pourrait prendre plusieurs années, en raison des contraintes inhérentes aux programmes d’armement. Côté civil, l’entreprise pourrait étendre ses partenariats avec les collectivités locales et les acteurs industriels, tout en renforçant sa présence à l’export. Reste à voir si les retours des utilisateurs finaux permettront d’affiner le produit pour une adoption plus large.

Avec une technologie qui répond à un besoin croissant de précision et de résilience dans la localisation, Sysnav se positionne comme un acteur clé dans un domaine où les alternatives au GPS deviennent indispensables. Entre innovation, souveraineté industrielle et enjeux stratégiques, son capteur pourrait bien s’imposer comme une référence dans les années à venir.

La navigation magnéto-inertielle repose sur une combinaison de capteurs : des accéléromètres, des gyroscopes et des magnétomètres. Ces derniers mesurent les variations du champ magnétique terrestre, tandis que les deux autres enregistrent les mouvements et l’orientation. En analysant ces données en temps réel, le système peut calculer la position et la trajectoire d’une personne ou d’un objet, sans dépendre d’un signal externe comme le GPS. Cette technologie est particulièrement adaptée aux environnements où les signaux satellites sont absents ou brouillés, comme à l’intérieur de bâtiments, sous terre ou en milieu urbain dense.

Plusieurs entreprises et laboratoires travaillent sur des solutions de localisation alternative, notamment en utilisant des technologies comme le Wi-Fi, l’ultra-wideband (UWB) ou les balises Bluetooth. Parmi les acteurs notables, on peut citer Ubisense (Royaume-Uni), Inertial Sense (États-Unis) ou encore Sensolus (Belgique), qui propose des solutions pour le suivi d’actifs industriels. Cependant, Sysnav se distingue par sa technologie magnéto-inertielle brevetée et son approche intégrée, combinant précision et autonomie.