La Cour suprême de N’Djamena a rendu, jeudi 21 mai 2026, un arrêt définitif en rejetant le pourvoi en cassation déposé par les avocats de Succès Masra, ancien chef du gouvernement tchadien. Cette décision valide ainsi sa condamnation à 20 ans de prison ferme, infligée pour la diffusion, en 2023, d’un message jugé responsable, selon la justice tchadienne, d’avoir provoqué deux ans plus tard des affrontements intercommunautaires meurtriers à Mandakao. Comme le rapporte RFI, cette affaire illustre les tensions persistantes autour de la liberté d’expression et de la gestion des conflits locaux au Tchad.
Ce qu'il faut retenir
- La Cour suprême de N’Djamena a rejeté, le 21 mai 2026, le pourvoi en cassation de Succès Masra, rendant définitive sa condamnation à 20 ans de prison ferme.
- L’ancien Premier ministre a été reconnu coupable d’avoir diffusé, en 2023, un message ayant selon la justice tchadienne contribué à déclencher des affrontements intercommunautaires sanglants à Mandakao en 2025.
- Cette décision intervient dans un contexte politique et social déjà tendu, marqué par des tensions communautaires récurrentes au Tchad.
Une condamnation liée à des violences intercommunautaires
L’affaire trouve son origine dans la diffusion, en 2023, d’un message par Succès Masra. Selon l’accusation, ce dernier aurait attisé les tensions entre communautés à Mandakao, une localité située dans le sud du Tchad, où des affrontements intercommunautaires ont éclaté en 2025. La justice tchadienne a estimé que ce message avait joué un rôle direct dans le déclenchement de ces violences, justifiant ainsi une peine sévère. « Le contenu du message diffusé par l’accusé a exacerbé des tensions préexistantes », a précisé un communiqué du parquet tchadien, cité par RFI.
Un parcours politique marqué par des tensions
Succès Masra, figure politique tchadienne, a été Premier ministre entre 2021 et 2022, sous la présidence d’Idriss Déby Itno, avant de rejoindre l’opposition. Son arrestation et sa condamnation s’inscrivent dans une série de mesures prises par les autorités tchadiennes pour encadrer l’expression publique et prévenir les troubles sociaux. « Cette condamnation s’ajoute à une série de procédures judiciaires engagées contre des personnalités politiques et des militants », a souligné RFI. Le rejet du pourvoi en cassation confirme la sévérité de la peine, perçue comme un signal fort par le pouvoir en place.
Réactions et enjeux politiques
La décision de la Cour suprême a suscité des réactions contrastées. Du côté de l’opposition, des figures comme Succès Masra dénoncent une instrumentalisation de la justice à des fins politiques. « Cette condamnation est une manœuvre pour museler l’opposition », a déclaré un porte-parole de son parti, Les Transformateurs, sans pour autant apporter de preuves tangibles. De son côté, le gouvernement tchadien n’a pas réagi officiellement à cette décision, se contentant de rappeler que la justice tchadienne avait statué en toute indépendance. Pour autant, cette affaire relance le débat sur la liberté d’expression et les limites de la responsabilité pénale dans un contexte de tensions communautaires.
Cette condamnation intervient alors que le Tchad prépare les prochaines échéances électorales, prévues dans un contexte de tensions politiques et sociales persistantes. La communauté internationale, quant à elle, observe avec attention l’évolution de cette affaire, dont les répercussions pourraient dépasser les frontières tchadiennes.