Les commissaires européens à la défense, Andrius Kubilius, et au budget, Piotr Serafin, se rendront ce vendredi 9 mai à Varsovie et Vilnius pour finaliser deux accords de prêts d’un montant total de près de 50 milliards d’euros dans le cadre du programme SAFE (Action pour la sécurité en Europe). Selon Euronews FR, ces financements doivent permettre à la Pologne de bénéficier de 43 milliards d’euros et à la Lituanie de 6 milliards d’euros pour renforcer leurs capacités militaires face aux menaces extérieures, principalement russes.
Ce qu'il faut retenir
- La Pologne et la Lituanie signeront vendredi des prêts de l’UE pour un total de 49 milliards d’euros dans le cadre du programme SAFE.
- Varsovie recevra 43 milliards d’euros, Vilnius 6 milliards d’euros.
- Le commissaire européen Andrius Kubilius alerte sur le retard de production militaire de l’Europe face à la Russie.
- La Russie pourrait produire en trois mois l’équivalent des munitions annuelles des 32 membres de l’OTAN, selon le secrétaire général Mark Rutte.
- Une partie des fonds sera versée dès mai, le solde d’ici 2030 sous conditions de respect des engagements.
- La Pologne prévoit de consacrer 80 % de ses fonds à des dépenses nationales, soutenant 12 000 entreprises locales.
Un financement symbolique à la veille du « Jour de la Victoire » russe
La signature de ces accords intervient à une date symbolique : la veille du « Jour de la Victoire », célébré chaque 9 mai en Russie. « Elle montre vraiment que nous sommes prêts à dissuader et à nous défendre », a déclaré Andrius Kubilius à Euronews FR. Le commissaire a souligné l’importance de cette étape à Varsovie, « car la Pologne est le pays qui assume la plus grande responsabilité et qui reçoit la plus grande part de ces prêts ».
Ces prêts s’inscrivent dans le cadre du programme SAFE, lancé par la Commission européenne pour renforcer les capacités de défense du continent face aux menaces extérieures. Environ 15 % des fonds alloués à la Pologne et à la Lituanie seront versés d’ici la fin mai. Les paiements suivants seront échelonnés tous les six mois, sous réserve du respect des conditions imposées par Bruxelles. Tous les fonds devront être utilisés avant 2030.
La Russie dépasse l’Europe en production militaire, alerte Kubilius
Dans un entretien accordé à l’émission Europe Today d’Euronews FR, Andrius Kubilius a mis en garde contre « l’expansion rapide de la production militaire russe », estimant que « la Russie est en train de nous surpasser, et de manière assez importante ». Il a ajouté : « Ce qu’il reste à faire, c’est que nos industries montent en puissance et produisent davantage, et ce plus rapidement. »
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, avait déjà alerté en mars dernier : « La Russie produit en trois mois autant de munitions que les 32 États membres de l’Alliance en produisent en un an. » Plusieurs responsables européens, dont Kubilius, ont également estimé que Moscou pourrait être en mesure d’attaquer l’Europe d’ici cinq ans. « En Europe, nous voyons très clairement que la possibilité d’une agression russe contre les États membres de l’UE ou de l’OTAN est réelle », a réitéré le commissaire.
La Pologne et la Lituanie précisent l’usage de leurs fonds
En Pologne, les 46 milliards d’euros prévus serviront à financer quatre programmes majeurs, incluant le renforcement des défenses contre les drones et la sécurisation de la frontière de 400 kilomètres avec la Biélorussie. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a insisté sur l’urgence de ces investissements : « Une Pologne bien armée, aussi autonome que possible, tout en coopérant étroitement avec ses alliés de manière moderne, telle est la priorité absolue. Il n’y a pas de question plus importante aujourd’hui. Chaque mois, chaque semaine et chaque heure influencent le niveau de notre sécurité, de celle de la région et du monde entier. »
Le gouvernement polonais a précisé que au moins 80 % des fonds seront consacrés à des dépenses nationales, soutenant quelque 12 000 entreprises locales. L’année dernière, 20 drones avaient pénétré l’espace aérien polonais, entraînant une réponse de l’OTAN avec des avions de chasse espagnols, néerlandais et italiens. Donald Tusk avait qualifié ces incursions de « menace directe ».
Côté lituanien, les 6 milliards d’euros seront utilisés pour moderniser la division des forces terrestres, renforcer les capacités logistiques et accroître la puissance de feu. Le ministre de la Défense lituanien, Robertas Kaunas, a salué cette décision : « La décision de la Commission européenne d’approuver l’octroi de plus de 6,3 milliards d’euros à la Lituanie constitue un coup de pouce décisif à nos efforts de renforcement de nos capacités défensives. Il ne s’agit pas seulement d’une aide financière, mais aussi d’un signe clair de confiance dans la Lituanie. »
Le président lituanien, Gitanas Nausėda, a précisé qu’une partie des fonds servirait également à acheter et produire des équipements de défense pour l’Ukraine, toujours en proie à l’invasion russe. « La Lituanie utilisera ces moyens pour accélérer la formation, reconstituer les stocks de munitions, moderniser les systèmes d’armes et renforcer la ligne de défense de la Baltique », a détaillé Robertas Kaunas.
18 États membres candidats au fonds SAFE, dont la Hongrie
Au total, 18 États membres ont demandé une part des 150 milliards d’euros du fonds SAFE. La Hongrie, bien que sa demande ait été temporairement suspendue par le nouveau Premier ministre Péter Magyar en raison de problèmes de corruption, devrait finalement y avoir accès. Andrius Kubilius a jugé cette situation « normale » : « Une responsabilité aussi importante, une obligation aussi importante de la part du gouvernement devrait être prise lorsque le nouveau gouvernement est établi. »
Ces annonces surviennent alors que les tensions en Europe de l’Est restent vives, dans un contexte où la guerre en Ukraine se poursuit et où les craintes d’une escalade russe persistent. Pour Kubilius, la priorité reste claire : « Nos industries doivent monter en puissance, et ce plus rapidement. »