Un groupement d’entreprises européennes, baptisé AION, a présenté ce mercredi 20 mai 2026 un projet ambitieux visant à faire de la France le cœur battant de l’intelligence artificielle en Europe. Selon BFM Business, ce consortium — qui rassemble des acteurs majeurs comme Iliad, Orange, EDF, Capgemini, Scaleway, Ardian, Artefact et Bull — souhaite construire un vaste campus de centres de données d’une valeur estimée à plus de 10 milliards d’euros. L’objectif ? Positionner l’Union européenne dans la course mondiale aux infrastructures stratégiques de l’IA, face à la domination des géants américains et chinois.

Ce qu'il faut retenir

  • Un consortium européen mené par des industriels comme Iliad, Orange et EDF propose un projet de 10 milliards d’euros pour un campus de data centers dédié à l’IA en France.
  • Ce méga-projet, baptisé AION, vise à renforcer la souveraineté technologique européenne dans un contexte de forte demande en puissance de calcul.
  • La France est présentée comme le candidat idéal grâce à son parc énergétique décarboné (nucléaire et hydraulique), ses infrastructures numériques solides et son écosystème d’excellence en IA.
  • Le consortium met en avant la recherche française, les talents et les acteurs industriels pour justifier ce choix stratégique.
  • La Commission européenne a déjà annoncé vouloir soutenir financièrement cinq grands centres de données en Europe pour réduire la dépendance aux États-Unis et à la Chine.

Face à l’explosion des besoins en calcul pour les modèles d’IA, le consortium AION entend répondre à un enjeu devenu prioritaire pour Bruxelles. Comme l’a rappelé Benoît Gaillochet, responsable des infrastructures européennes chez Ardian, « à terme, les besoins de financement pourraient dépasser les 10 milliards d’euros ». Une déclaration faite lors d’une conférence de presse organisée à Paris pour présenter ce projet pharaonique. — Autant dire que ce montant, déjà colossal, pourrait encore augmenter avec l’ampleur des infrastructures nécessaires.

Le groupement AION ne se contente pas de rassembler des entreprises : il couvre toute la chaîne de valeur de l’IA. Parmi ses membres figurent des spécialistes des supercalculateurs, des microprocesseurs, du calcul quantique, des infrastructures critiques, de l’énergie, du cloud souverain ou encore des plateformes d’IA. Une diversité d’expertises qui, selon le consortium, fait de la France le territoire le plus adapté pour accueillir une « AI Gigafactory » européenne. « La France dispose d’atouts majeurs pour porter le développement d’infrastructures IA, parmi lesquels une électricité compétitive, souveraine et bas carbone », a souligné Béatrice Bigois, directrice exécutive chez EDF, dans un communiqué.

Le projet s’inscrit dans une dynamique plus large portée par l’Union européenne. En 2025, la Commission avait déjà annoncé son intention de financer la création de cinq grands centres de données en Europe, reconnaissant ainsi l’enjeu stratégique des capacités de calcul. Une dépendance trop forte vis-à-vis des acteurs américains — comme les hyperscalers américains — étant devenue un sujet de préoccupation majeur à Bruxelles. L’objectif ? Accélérer l’adoption de l’IA dans les entreprises et les services publics tout en soutenant l’innovation et la compétitivité industrielle du continent.

La France n’a pas été choisie au hasard. Le pays bénéficie en effet d’un savoir-faire reconnu dans les domaines des centres de données, du cloud et du calcul haute performance. Son parc énergétique, largement composé de nucléaire et d’hydraulique, offre une électricité abondante, compétitive et décarbonée — un avantage décisif pour des infrastructures gourmandes en énergie. « Avec ce consortium, nous faisons le choix d’une ambition collective : porter depuis la France une Gigafactory d’IA européenne au meilleur niveau mondial », a affirmé Béatrice Bigois. EDF, via sa filiale EDF Pulse, s’engage pleinement dans cette dynamique stratégique.

Un écosystème français déjà structuré autour de l’IA

Au-delà des infrastructures, la France s’est progressivement imposée comme l’un des principaux pôles européens de l’intelligence artificielle. Le consortium AION met en avant la qualité de la recherche française, la présence croissante d’acteurs technologiques de dimension internationale et la densité des talents scientifiques sur le territoire. Des laboratoires de recherche — comme ceux du CNRS ou de l’INRIA — aux startups spécialisées en IA, en passant par les grands groupes utilisateurs, l’écosystème français semble réunir toutes les compétences nécessaires pour faire émerger une industrie européenne compétitive.

Parmi les atouts cités, on retrouve la présence de Scaleway, filiale d’Iliad, spécialisée dans le cloud et les infrastructures numériques, ou encore Capgemini, qui accompagne les entreprises dans leur transformation digitale. Le groupe Bull, filiale d’Atos, apporte quant à lui son expertise en supercalculateurs et en calcul haute performance. Une chaîne de valeur complète, donc, qui pourrait permettre à l’Europe de rivaliser avec les États-Unis ou la Chine dans le domaine de l’IA.

Ce projet s’ajoute à d’autres initiatives récentes visant à renforcer la souveraineté technologique européenne. En 2024, l’Union européenne avait lancé un fonds souverain de 200 milliards d’euros pour soutenir les semi-conducteurs et les infrastructures numériques. Un plan qui s’inscrivait dans le cadre du Chips Act européen, adopté pour réduire la dépendance aux puces asiatiques et américaines. La Gigafactory d’IA s’inscrirait ainsi dans cette logique plus large de réindustrialisation et d’autonomie stratégique.

Quels sont les prochaines étapes ?

Si le projet est encore en phase de candidature, le consortium AION table sur une mise en service progressive des infrastructures d’ici 2030. Plusieurs sites sont à l’étude en France, notamment dans des zones où l’accès à l’énergie est garanti et où les réseaux de télécommunications sont performants. « Nous allons déposer notre dossier dans les prochains mois », a indiqué Benoît Gaillochet. Le choix final du site devrait être annoncé d’ici fin 2027, sous réserve de l’obtention des financements publics et privés nécessaires.

Le projet devra aussi convaincre la Commission européenne, qui a déjà identifié cinq zones prioritaires en Europe pour ses futurs data centers. La France, avec son mix énergétique et son écosystème technologique, fait partie des favoris. Reste à voir si les 10 milliards d’euros annoncés suffiront à couvrir l’ensemble des coûts, ou si d’autres acteurs — publics ou privés — viendront compléter le financement.

Et maintenant ?

Si le consortium AION parvient à concrétiser ce projet, la France pourrait devenir le cœur névralgique de l’IA en Europe, avec des répercussions majeures sur l’économie, la recherche et l’industrie. Les prochaines étapes consisteront à finaliser les études techniques, à négocier les partenariats publics-privés et à obtenir les autorisations administratives. La décision de la Commission européenne sur les cinq futurs data centers — attendue pour 2027 — pourrait accélérer ou freiner ce calendrier. — Une chose est sûre : l’enjeu dépasse largement les frontières françaises, et l’Europe devra faire preuve d’unité pour rivaliser avec les géants américains et asiatiques.

Ce méga-projet illustre une tendance de fond : après les semi-conducteurs et les data centers classiques, l’IA devient le nouveau terrain de la bataille technologique mondiale. La France, avec ses atouts industriels et énergétiques, pourrait bien jouer un rôle clé dans cette recomposition — à condition que les financements suivent et que l’écosystème reste compétitif face à une concurrence toujours plus agressive.

EDF, via sa filiale EDF Pulse, s’engage à fournir une électricité compétitive, souveraine et bas carbone pour alimenter les data centers du futur campus. L’entreprise participe également à la réflexion stratégique sur l’intégration des énergies renouvelables et du nucléaire dans l’alimentation des infrastructures d’IA.

La France dispose de plusieurs atouts majeurs : un parc énergétique décarboné et compétitif (nucléaire et hydraulique), des infrastructures numériques robustes, un écosystème d’excellence en IA (recherche, startups, grands groupes) et une position géographique stratégique au cœur de l’Europe. Ces éléments en font un candidat idéal pour réduire la dépendance technologique de l’UE.