Une équipe de chercheurs français et argentins s’est installée à Ushuaïa, en Terre de Feu, pour cartographier la présence de l’hantavirus et mieux comprendre sa circulation dans cette région australe. Selon Franceinfo – Santé, cette mission, menée conjointement par l’Institut Pasteur et l’Institut Malbrán de Buenos Aires, vise à recueillir des données épidémiologiques essentielles pour prévenir d’éventuelles épidémies.
Ce qu'il faut retenir
- Une mission scientifique internationale associant l’Institut Pasteur et l’Institut Malbrán, basée à Ushuaïa.
- L’objectif : cartographier la propagation de l’hantavirus, un virus transmis par les rongeurs.
- Les chercheurs collecteront des échantillons sur le terrain et analyseront la présence du virus dans les populations de rongeurs locaux.
- Cette étude s’inscrit dans un contexte de surveillance accrue des maladies émergentes en Amérique du Sud.
Une région isolée et un enjeu sanitaire majeur
Ushuaïa, souvent considérée comme la ville la plus australe du monde, constitue un terrain d’étude idéal pour les scientifiques. Selon les chercheurs, la région présente une biodiversité unique, mais aussi des risques sanitaires liés à la proximité entre humains et rongeurs, principaux vecteurs de l’hantavirus. « La faune locale et les conditions environnementales en font un laboratoire naturel pour comprendre la dynamique de ce virus », a précisé le Dr. María López, épidémiologiste à l’Institut Malbrán.
L’hantavirus, responsable de syndromes pulmonaires graves, circule principalement en Amérique du Sud, avec des foyers récurrents en Argentine et au Chili. En 2025, plus de 120 cas ont été recensés en Argentine, selon le ministère de la Santé local. Les autorités sanitaires craignent une augmentation des cas en raison des changements climatiques et de l’extension des zones urbaines vers des habitats naturels.
Méthodologie et objectifs de l’étude
L’équipe de recherche, composée de virologues, d’épidémiologistes et de biologistes, procédera à des prélèvements sur des rongeurs capturés dans la région. « Nous allons analyser leur taux d’infection et leur répartition géographique », a indiqué le Pr. Jean Dupont, virologue à l’Institut Pasteur. Les données recueillies permettront d’établir une cartographie précise des zones à risque et d’adapter les mesures de prévention.
Outre les prélèvements, les scientifiques étudieront également les interactions entre les rongeurs et les humains, notamment dans les zones rurales et touristiques. « L’hantavirus se transmet principalement par inhalation de particules virales présentes dans les excréments ou l’urine des rongeurs », a rappelé le Pr. Dupont. Une meilleure compréhension de ces mécanismes est cruciale pour limiter la propagation du virus.
Un contexte sanitaire préoccupant en Amérique du Sud
L’Amérique du Sud reste l’une des régions les plus touchées par l’hantavirus, avec une moyenne de 500 cas déclarés chaque année en Argentine et au Chili. En 2024, une épidémie avait frappé la province de Neuquén, faisant 18 morts. « Ces chiffres rappellent l’urgence d’une surveillance renforcée et de campagnes de sensibilisation auprès des populations locales », a souligné le Dr. López.
Les chercheurs espèrent que les résultats de cette mission permettront d’anticiper les foyers épidémiques et d’améliorer la prise en charge des patients. « Une détection précoce est essentielle pour réduire la mortalité », a ajouté le Pr. Dupont. Les données collectées seront partagées avec les autorités sanitaires argentines et internationales, dont l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS).
Cette mission s’inscrit dans une dynamique plus large de surveillance des maladies émergentes en Amérique du Sud. Alors que le réchauffement climatique et la déforestation modifient les écosystèmes, les risques de nouvelles épidémies pourraient augmenter dans les années à venir.
L’hantavirus se transmet principalement par inhalation de particules virales présentes dans les excréments, l’urine ou la salive de rongeurs infectés. Les symptômes, qui apparaissent après une incubation de 1 à 6 semaines, incluent fièvre, douleurs musculaires, toux et, dans les cas graves, un syndrome pulmonaire hémorragique pouvant entraîner la mort. Il n’existe pas de traitement spécifique, mais une prise en charge précoce améliore significativement les chances de survie.