La capture de l’ex-président vénézuélien Nicolás Maduro par l’armée américaine en janvier 2026 a ranimé les espoirs d’une dollarisation formelle de l’économie, alors que le pays reste englué dans une crise économique sans précédent. Selon BFM Business, cette perspective divise les Vénézuéliens, entre ceux qui y voient une solution salvatrice et les experts qui mettent en garde contre ses limites.
Ce qu'il faut retenir
- Le Venezuela connaît une dollarisation partielle de facto depuis plusieurs années, sous l’impulsion de Nicolás Maduro et de Delcy Rodríguez, désormais présidente par intérim.
- La capture de Maduro a relancé les spéculations sur une dollarisation officielle, soutenue par les États-Unis, mais cette option suscite des réserves.
- L’inflation au Venezuela a atteint un pic historique de 130 000 % en 2021, et reste à 611 % sur un an en avril 2026.
- Le PIB vénézuélien s’est contracté de 80 % en une décennie, en raison de la mauvaise gestion économique et de la corruption.
- La dollarisation formelle impliquerait une réforme constitutionnelle et une perte de souveraineté monétaire, selon les économistes.
Une dollarisation déjà en marche, mais de manière informelle
Depuis plusieurs années, le Venezuela vit une dollarisation partielle de son économie, bien que non officielle. Cette situation s’est accélérée sous la présidence de Nicolás Maduro, puis sous celle de Delcy Rodríguez, actuelle dirigeante par intérim. Selon BFM Business, cette « soupape » a permis de limiter les pénuries et de donner une meilleure visibilité sur les prix, malgré la méfiance historique envers le billet vert, symbole de l’impérialisme américain. Nicolás Maduro lui-même avait toléré cette pratique pour éviter que l’épargne des Vénézuéliens ne soit totalement anéantie par l’hyperinflation.
Le contrôle des changes, strictement encadré pendant quinze ans, a été assoupli dès 2019. Résultat : le dollar s’est imposé dans les transactions quotidiennes, notamment pour les biens de première nécessité. Pourtant, cette dollarisation reste inégale. Les prix sont affichés en dollars, mais une taxe de 3 % s’applique sur les transactions depuis 2022. Un dollar officiel coexiste avec un dollar parallèle, dont le cours varie quotidiennement avec un écart proche de 25 %, alimentant la spéculation.
Une crise économique aux causes structurelles
La crise vénézuélienne plonge ses racines dans une décennie de déclin économique. Le PIB du pays s’est effondré de 80 % depuis 2016, plongeant la population dans une pauvreté généralisée. La mauvaise gestion du secteur pétrolier, pilier de l’économie nationale, et la corruption endémique sont pointées du doigt par les analystes. Le pouvoir chaviste, héritier de la doctrine socialiste portée par Hugo Chávez (1999-2013), a toujours imputé cette situation aux sanctions américaines, sans pour autant proposer de solution durable.
Malgré cela, Delcy Rodríguez, qui assure l’intérim à la tête du pays, a récemment pris des mesures pour ouvrir le secteur pétrolier et minier aux investisseurs privés. Elle a également signé des accords avec des compagnies étrangères et promis des hausses de salaires. Pourtant, ces annonces peinent à convaincre. Le revenu minimum, primes comprises, s’élève à 240 dollars (soit 204 euros), tandis que le panier alimentaire de base pour une famille de cinq personnes atteint 700 dollars. Autant dire que la situation reste critique pour une grande partie de la population.
Des économistes divisés sur l’opportunité d’une dollarisation officielle
L’idée d’une dollarisation formelle du Venezuela refait surface depuis la capture de Nicolás Maduro, mais les avis des experts divergent. Pour certains, comme l’économiste Asdrubal Oliveros, cette solution permettrait de « faire tomber l’inflation rapidement ». En effet, le Venezuela a connu une hyperinflation record de 130 000 % en 2021, avant une légère décrue. Pourtant, l’inflation persiste, avec un taux annuel de 611 % en avril 2026. « La dollarisation est attrayante parce qu’elle offre un ancrage monétaire stable », souligne Oliveros.
Mais pour d’autres, comme Hermes Perez, économiste spécialisé dans les institutions financières, la dollarisation formelle est une « solution extrême ». Elle impliquerait une perte totale de la souveraineté monétaire et des réformes constitutionnelles majeures. « Tu as deux bras, tu en amputes un », résume-t-il. Leonardo Vera, économiste à l’université Metropolitana, juge cette option « difficile, mais pas impossible ». Il préfère, à court terme, un système bimétallique, où bolivar et dollar coexisteraient officiellement.
« Le bolivar agonise. » — Javier, un contrôleur de bus de 67 ans
Une population partagée entre espoir et scepticisme
Sur le terrain, les avis sont tout aussi partagés. Javier, un contrôleur de bus de 67 ans, encaisse chaque jour des liasses de bolivars sans valeur. Pour lui, la dollarisation est une évidence : « Le bolivar agonise. Ils devraient dollariser le pays. » Même son de cloche chez Carlos, un chauffeur de taxi de Caracas qui préfère rester anonyme par crainte des représailles : « La dollarisation, c’est le dernier gros truc qui manque. Ça va bientôt arriver, et avec Trump, ce sera facile. »
Pourtant, tous ne partagent pas cet optimisme. Esperanza Suarez, une vendeuse de 72 ans, espère un jour retrouver un bolivar « fort ». « Je ne suis pas d’accord avec la dollarisation. Pourquoi le dollar ? Ici, nous sommes au Venezuela ! » s’exclame-t-elle. Son opposition reflète une réalité plus large : le sentiment nationaliste reste fort, malgré l’effondrement économique. Certains craignent aussi que la dollarisation ne bénéficie qu’à une minorité, tandis que la majorité continuerait de subir les conséquences de la crise.
Une chose est sûre : le débat dépasse désormais le cadre économique. Il touche à l’identité nationale, à la souveraineté, et aux choix politiques d’un pays encore sous le choc de la capture de son ancien président. Pour l’instant, le Venezuela reste suspendu entre deux monnaies, deux époques, et deux futurs possibles.
Une dollarisation officielle permettrait de stabiliser les prix et de mettre fin à l’hyperinflation, mais elle entraînerait une perte de souveraineté monétaire. Les salaires, les prix et les dettes seraient indexés sur le dollar, ce qui pourrait désavantager les secteurs peu compétitifs de l’économie locale. De plus, une partie de la population craint que cette réforme ne profite qu’aux élites ou aux investisseurs étrangers.
Les États-Unis, sous une administration Trump, pourraient exercer une pression forte en faveur de la dollarisation, perçue comme un moyen de stabiliser le pays et d’affaiblir l’influence chaviste. Washington pourrait conditionner son soutien économique ou politique à une réforme monétaire. Cependant, une dollarisation imposée de l’extérieur risquerait d’être perçue comme une ingérence, même si elle est présentée comme une solution technique.