À la veille de l’ouverture du Festival de Cannes 2026, un collectif regroupant plus de 600 professionnels du cinéma – parmi lesquels figurent les réalisateurs Raymond Depardon et Claire Denis, les actrices Juliette Binoche et Adèle Haenel, ainsi que des centaines d’autres cinéastes, techniciens et artistes – lance un appel contre la prise de contrôle annoncée du groupe Bolloré sur le paysage audiovisuel français. Selon Libération, cette mobilisation s’inscrit dans le cadre de la volonté du milliardaire, dont les positions politiques sont régulièrement pointées du doigt, d’acquérir la totalité des parts du réseau UGC d’ici à 2028.
Ce qu'il faut retenir
- 600 professionnels du cinéma, dont Depardon, Binoche et Haenel, s’opposent à la prise de contrôle d’UGC par Vincent Bolloré, prévue d’ici 2028.
- Le collectif Zapper Bolloré dénonce une menace pour « la chaîne de fabrication des films et l’imaginaire collectif ».
- L’acquisition totale d’UGC par Bolloré s’inscrit dans une stratégie plus large de domination du milliardaire sur le secteur culturel français.
- Cette prise de position intervient à la veille du Festival de Cannes 2026, un événement symbolique du cinéma mondial.
Le collectif, qui se présente sous le nom de Zapper Bolloré, justifie son opposition par la crainte d’une « emprise » de l’homme d’affaires sur la production et la diffusion des œuvres cinématographiques. Dans un manifeste publié ce lundi 11 mai 2026, les signataires rappellent que Vincent Bolloré, figure controversée de l’industrie des médias, a déjà pris le contrôle de plusieurs entités culturelles en France, notamment à travers son groupe Canal+. Pour ses détracteurs, cette stratégie vise à imposer une ligne éditoriale alignée sur ses convictions politiques, qu’ils jugent incompatibles avec les valeurs de diversité et d’indépendance artistique du cinéma français.
Parmi les signataires, on retrouve des personnalités emblématiques du 7ᵉ art. Juliette Binoche, double lauréate de l’Oscar de la meilleure actrice, a ainsi déclaré : « L’indépendance de la création artistique est un pilier de notre démocratie. Accepter que des intérêts privés, surtout ceux d’un milliardaire dont les positions politiques sont radicales, prennent le contrôle de notre industrie, c’est renoncer à notre liberté. » De son côté, Adèle Haenel, connue pour son engagement militant, a souligné que cette opération s’inscrivait dans une logique plus large de « colonisation des esprits ».
Le groupe Bolloré a pour projet d’acquérir les 100 % des parts d’UGC, l’un des principaux circuits de salles de cinéma en France, d’ici deux ans. Selon les informations de Libération, cette opération s’inscrit dans une stratégie de consolidation du milliardaire dans le secteur des médias et du divertissement. UGC, qui exploite plus de 40 salles en France, joue un rôle clé dans la diffusion des films français et internationaux. Son rachat intégral par Bolloré pourrait, selon les opposants, influencer les programmations et les choix artistiques, au détriment des films indépendants ou engagés politiquement.
Cette prise de position collective intervient dans un contexte où les questions de concentration des médias et d’indépendance éditoriale sont au cœur des débats en France. Plusieurs associations, comme Acrimed ou Reporters sans frontières, ont déjà alerté sur les risques liés à la mainmise de Bolloré sur différents pans de l’audiovisuel. Le collectif Zapper Bolloré, qui s’est structuré ces derniers mois, compte parmi ses rangs des réalisateurs, des producteurs, des acteurs, mais aussi des techniciens et des employés du secteur. Leur mobilisation reflète une inquiétude croissante quant à l’avenir d’un cinéma français perçu comme de plus en plus menacé par les logiques financières et politiques.
Quoi qu’il en soit, cette affaire relance le débat sur l’équilibre entre liberté artistique et concentration des pouvoirs économiques dans le cinéma. Alors que le Festival de Cannes s’apprête à ouvrir ses portes, la question de l’indépendance des salles et des œuvres se pose avec une acuité particulière. Pour les signataires du manifeste, il en va de la survie d’un cinéma français diversifié et engagé.