Selon Libération, un malaise persiste dans le cinéma français à l’approche du Festival de Cannes, où les professionnels s’interrogent sur leur dépendance croissante aux financements de Canal+. Cette situation s’est cristallisée après l’affaire Grasset, qui a mis en lumière les liens troubles entre le groupe audiovisuel et l’éditeur controversé, contrôlé par Vincent Bolloré. Face à ce constat, un collectif de professionnels du cinéma a décidé de réagir en lançant le mouvement «Zapper Bolloré», une initiative visant à rompre avec un système perçu comme oppressant et peu transparent.

Ce qu'il faut retenir

  • Canal+, en passe de racheter UGC, concentre une part majeure des financements du cinéma français, suscitant des interrogations sur son influence.
  • L’affaire Grasset a révélé les tensions entre le monde des lettres et Vincent Bolloré, milliardaire d’extrême droite, actionnaire clé du groupe audiovisuel.
  • Le mouvement «Zapper Bolloré» rassemble des professionnels du cinéma déterminés à remettre en cause ce modèle de financement.
  • Un collectif s’est formé pour organiser une réflexion collective sur l’indépendance et la diversité du cinéma français.
  • À la veille du Festival de Cannes, cette mobilisation interroge l’avenir d’un secteur perçu comme ultra-dépendant.

Un système de financement sous le feu des critiques

Depuis des années, le cinéma français repose en grande partie sur les investissements de Canal+, devenu un acteur incontournable. UGC, l’une des principales chaînes de salles en France, est désormais dans le viseur du groupe audiovisuel, qui prépare un rachat controversé. Selon plusieurs observateurs, cette concentration des financements et des infrastructures pose question. «On assiste à une mainmise croissante de Canal+ sur l’ensemble de la chaîne de production et de diffusion du cinéma français,» explique un membre du collectif «Zapper Bolloré», qui souhaite rester anonyme.

L’affaire Grasset a servi de catalyseur. En 2025, l’éditeur a été racheté par Vincent Bolloré, dont les positions politiques radicales ont provoqué une vague de protestations dans le milieu littéraire. Les professionnels du cinéma, souvent plus discrets sur ces questions, commencent à exprimer leur inquiétude face à cette convergence de pouvoirs entre médias et édition, selon Libération.

«Zapper Bolloré» : une riposte organisée face à l’embarras généralisé

Face à ce qu’ils décrivent comme une «tétanie du secteur», des réalisateurs, producteurs et techniciens ont décidé de passer à l’action. Le mouvement «Zapper Bolloré», officiellement lancé en mars 2026, se présente comme une plateforme de résistance. Ses membres appellent à une réflexion collective sur les alternatives possibles pour réduire la dépendance aux financements de Canal+. «Il ne s’agit pas seulement de rejeter Bolloré, mais de repenser tout le modèle économique du cinéma français,» précise Céline Sciamma, réalisatrice et porte-parole du collectif, citée par Libération.

Le collectif a déjà organisé plusieurs réunions en ligne et des ateliers pour échanger sur des solutions concrètes. Parmi les pistes évoquées : le développement de fonds de financement alternatifs, une meilleure transparence sur les subventions publiques, ou encore la création de coopératives indépendantes. «On ne peut plus ignorer que notre cinéma est verrouillé par un oligopole», souligne un producteur membre du mouvement.

Le Festival de Cannes, miroir des tensions du secteur

Alors que le Festival de Cannes s’ouvre dans quelques jours, le mouvement «Zapper Bolloré» espère y attirer l’attention sur ces enjeux. Plusieurs projections et débats sont prévus en marge de l’événement pour discuter de l’avenir du cinéma français. Leïla Slimani, écrivaine et figure médiatique, a d’ailleurs annoncé qu’elle soutiendrait publiquement le collectif lors de son passage sur la Croisette. «Cannes est un symbole. Si le cinéma français veut rester un modèle, il doit montrer qu’il est capable de se réinventer,» a-t-elle déclaré à Libération.

Pourtant, les obstacles sont nombreux. Canal+ reste un partenaire majeur des producteurs français, et UGC domine une part significative des salles de cinéma. Les soutiens au mouvement restent encore minoritaires, mais les signataires se disent déterminés à faire entendre leur voix. «Ce n’est qu’un début», assure un organisateur du collectif. «On va monter en puissance après Cannes.»

Et maintenant ?

Le mouvement «Zapper Bolloré» compte organiser une grande manifestation à Paris le 25 mai 2026, date symbolique, quelques semaines après la clôture du Festival de Cannes. Les organisateurs espèrent y présenter un manifeste détaillé, incluant des propositions concrètes pour réduire la dépendance aux financements de Canal+. Par ailleurs, une pétition en ligne circule depuis début avril et a déjà recueilli plus de 12 000 signatures. Reste à voir si cette mobilisation parviendra à ébranler un système ancré depuis des décennies, ou si elle restera cantonnée aux marges du débat public.

Cette remise en question du modèle économique du cinéma français s’inscrit plus largement dans un mouvement de défiance envers les géants médiatiques, qui s’étend à d’autres secteurs culturels. À l’heure où les plateformes numériques et les conglomérats prennent une place croissante, la question de l’indépendance artistique et de la diversité des voix devient un enjeu central pour l’avenir de la création en France.

Parmi les figures publiques engagées, on compte notamment la réalisatrice Céline Sciamma, l’écrivaine Leïla Slimani, ainsi que plusieurs producteurs et techniciens du cinéma indépendant. Le collectif rassemble aussi des personnalités du monde du théâtre et des arts visuels, selon Libération.