Depuis 1997, la famille Chopard, joaillier suisse de renom, fabrique la Palme d’or du Festival de Cannes. Une tradition artisanale qui perdure, comme le rapporte Euronews FR, à travers le travail minutieux de Caroline Scheufele, coprésidente et directrice artistique de la maison.

Ce qu'il faut retenir

  • Depuis 1997, Chopard fabrique la Palme d’or du Festival de Cannes dans son atelier suisse.
  • Caroline Scheufele supervise personnellement chaque étape, de la conception à la réalisation.
  • Le processus de fabrication, entièrement manuel, nécessite plus de vingt heures de travail.
  • La Palme est désormais en or 18 carats éthique et ornée d’un petit cœur symbolique.
  • Cette année, la 79e édition du Festival de Cannes se déroule du 12 au 23 mai 2026.

Chaque année, au printemps, les projecteurs du monde entier se tournent vers Cannes. Non seulement pour célébrer le cinéma, mais aussi pour admirer un trophée unique : la Palme d’or. Depuis près de trente ans, c’est la maison Chopard, joaillier suisse installé aux portes de Genève, qui en assure la fabrication. Une responsabilité artistique que supervise Caroline Scheufele, coprésidente et directrice artistique de la marque. Une mission qu’elle a endossée presque par hasard, comme elle le raconte à Euronews FR.

Tout a commencé au milieu des années 1990. À l’époque, Caroline Scheufele ouvre une boutique Chopard en face du Palais des Festivals. Passionnée de cinéma, elle souhaite y accueillir le public pendant l’événement. C’est lors d’une rencontre avec Pierre Viot, alors président du Festival, qu’elle découvre la Palme d’or originale. « Voilà la vraie Palme », s’exclame-t-elle en désignant un trophée posé sur une étagère dans le bureau parisien de son interlocuteur. « Je lui ai demandé : *Qui la fabrique ?* Il m’a répondu qu’il s’agissait d’un petit atelier à Paris. J’ai alors proposé de moderniser ce trophée, en lui offrant une version plus esthétique et élégante. Il a accepté sur-le-champ. » Ce jour-là, Scheufele repart avec la Palme sous le bras. Vingt-neuf ans plus tard, la maison Chopard en est toujours l’artisan officielle.

Caroline Scheufele ne se contente pas de superviser la production. Elle en est l’âme, transformant chaque année ce trophée en une œuvre d’art à part entière. « Je pense que c’est le trophée le plus convoité du monde du cinéma, car il n’en existe qu’une seule version. Bien qu’il y ait de nombreux Oscars ou Golden Globes, il n’y a en réalité qu’une seule Palme », souligne-t-elle. Une affirmation qui résume à elle seule la singularité de ce prix, à la fois symbole de prestige et de tradition.

Un savoir-faire artisanal transmis de génération en génération

La fabrication de la Palme d’or est un processus long et exigeant, entièrement réalisé à la main. Tout commence à la fonderie, où l’or est mélangé à d’autres métaux avant d’être coulé. La première étape consiste à injecter de la cire dans un moule pour créer un modèle, qui sera ensuite recouvert de plâtre. Ce dernier est inspecté avec une attention particulière avant d’être placé dans un four pour une nuit de cuisson. Le lendemain, l’or est versé à nouveau dans le moule pour remplir les cavités, puis le plâtre est brisé pour révéler la Palme brute. « Chaque étape peut durer plusieurs heures, tant les opérations sont délicates et minutieuses », précise Scheufele.

Une fois extraite de son moule, la Palme subit un limage, des finitions et un polissage méticuleux. Le résultat est ensuite fixé sur un socle unique en cristal de roche, dernier élément d’une création qui s’étale sur plus de vingt heures de travail. Mais la touche finale, celle qui distingue Chopard des autres artisans, est ce petit cœur gravé à la base de la feuille. « C’est très symbolique pour Chopard. Je dessine beaucoup avec des cœurs, des pierres en forme de cœur », explique la joaillière. Une signature discrète, mais indélébile, qui apporte une dimension poétique à ce trophée déjà chargé d’histoire.

Autant dire que la Palme d’or n’a plus grand-chose à voir avec sa version d’origine. À l’époque, elle était plate, comme écrasée, et réalisée en plaqué or. Aujourd’hui, elle brille de l’éclat de l’or 18 carats éthique, sourcé dans le respect des normes sociales et environnementales. Une évolution majeure, qui reflète les valeurs portées par Chopard et le Festival de Cannes.

Un trophée qui incarne l’excellence du cinéma mondial

La 79e édition du Festival de Cannes, qui se tiendra du 12 au 23 mai 2026, verra le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook présider le jury de la compétition officielle. Sous sa direction, les réalisateurs du monde entier rêvent de remporter cette Palme d’or, symbole ultime de reconnaissance dans l’industrie cinématographique. « Il n’y a qu’une seule Palme », rappelle Scheufele. Une phrase qui résume à elle seule la singularité de ce prix, comparé à d’autres récompenses qui, elles, se déclinent en plusieurs exemplaires.

Pour les lauréats, recevoir cette distinction est une consécration. Pour Chopard, c’est l’aboutissement d’un savoir-faire transmis depuis près de trois décennies. Une relation de confiance entre la maison de joaillerie et le Festival, qui dépasse le simple cadre d’un contrat. « Quand je vois un acteur ou un réalisateur monter les marches avec cette Palme en main, je me dis que tout ce travail en valait la peine », confie Scheufele. Une fierté partagée par toute l’équipe, des fondeurs aux polisseurs, en passant par les designers.

L’or éthique et le mouvement, les innovations de Chopard

Parmi les évolutions les plus marquantes de ces dernières années, l’utilisation d’or éthique occupe une place centrale. Depuis 2018, Chopard s’engage à n’utiliser que de l’or issu de mines certifiées « équitable » ou recyclé. Une démarche qui s’inscrit dans une volonté de responsabilité sociale et environnementale. « Aujourd’hui, la Palme est en or 18 carats éthique. Ce n’est plus du plaqué or, mais de l’or pur, respectueux des droits des mineurs et de la planète », explique Scheufele.

Autre innovation majeure : le mouvement donné à la feuille de la Palme. « Elle était très plate, comme si un camion lui était passé dessus », raconte la joaillière. Grâce à son talent, Scheufele lui a redonné vie, lui offrant des courbes élégantes et dynamiques. Une transformation esthétique qui a fait de la Palme d’or un objet de désir, bien au-delà du cercle des cinéphiles.

Et maintenant ?

La fabrication de la Palme d’or reste un processus confidentiel, jalousement gardé par Chopard. Chaque année, une nouvelle version est créée pour le Festival de Cannes, mais les méthodes traditionnelles sont préservées. Pour l’édition 2026, le public pourra découvrir le trophée lors de la cérémonie de clôture, prévue le 23 mai. Quant à la maison Chopard, elle continue d’honorer ce partenariat historique, tout en explorant de nouvelles pistes pour allier tradition et innovation.

Pour Caroline Scheufele, cette mission représente bien plus qu’un simple contrat. C’est une passion qui unit le cinéma et la joaillerie, deux mondes où l’excellence et la créativité sont reines. « Chaque Palme est une œuvre unique, conçue pour célébrer le meilleur du septième art », confie-t-elle. Une promesse qui, depuis près de trente ans, ne faiblit pas.

La collaboration entre Chopard et le Festival de Cannes a débuté en 1997, lorsque Caroline Scheufele a proposé de moderniser le trophée original, moins esthétique. Pierre Viot, alors président du Festival, a accepté sa proposition, offrant ainsi à la maison suisse une exclusivité qui dure depuis près de trente ans.