Selon Franceinfo - Santé, l’accès aux soins en France n’a jamais été aussi difficile. Les délais pour obtenir un rendez-vous médical s’allongent, y compris dans les zones urbaines, et ce, malgré la présence de praticiens. C’est ce que révèle l’étude Cartes de France de l’accès aux soins 2026, réalisée par Doctolib en partenariat avec la fondation Jean Jaurès et dévoilée ce 19 mai 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • 42 jours en moyenne d’attente pour un rendez-vous en cardiologie, le délai le plus long parmi les spécialités étudiées.
  • Les écarts territoriaux sont criants : 16 jours à Paris contre 164 jours dans le Gers pour un même spécialiste.
  • L’ophtalmologie a réduit ses délais de moitié en dix ans grâce à une réorganisation de la filière, un modèle que d’autres spécialités pourraient suivre.
  • Martial Jardel, président de Médecins solidaires, souligne que la formation de nouveaux médecins ne suffira pas : l’enjeu est avant tout structurel.

À l’occasion de la publication de cette étude, Martial Jardel, généraliste, cofondateur et président de l’association Médecins solidaires, a tiré la sonnette d’alarme. « On n’a jamais été exposé à une telle nécessité et difficulté de se soigner », a-t-il déclaré ce 19 mai sur franceinfo. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la cardiologie affiche un délai moyen de 42 jours pour obtenir un rendez-vous, suivie par la dermatologie (32 jours), l’ophtalmologie (21 jours), puis la gynécologie et la psychiatrie. « On est face à un problème structurel plus large. C’est vraiment un problème presque de civilisation sur l’accès aux soins », a insisté le médecin.

Cette crise touche l’ensemble du territoire, y compris les grandes villes. « Ça touche tout le monde, ça touche les territoires ruraux avec sa population, mais aussi les cadres et les jeunes. Ça, c’est un peu la surprise », a souligné Martial Jardel. Si l’on pensait traditionnellement que les déserts médicaux concernaient surtout les zones rurales, les données montrent que les territoires urbains ne sont pas épargnés. Les écarts entre départements restent nevertheless très marqués : en cardiologie, il faut en moyenne 16 jours pour obtenir un rendez-vous à Paris, contre 164 jours dans le Gers.

Une filière ophtalmologique en avance sur les délais

Certaines spécialités ont réussi à réduire significativement leurs délais d’attente. C’est le cas de l’ophtalmologie, où le délai moyen a été divisé par deux en moins de dix ans, « alors que les effectifs sont restés constants », précise Martial Jardel. Le président de Médecins solidaires explique cette amélioration par une réorganisation complète de la filière. « Ils ont réorganisé complètement la filière de l’ophtalmologie, en se faisant notamment aider par des orthoptistes et en développant de nouvelles filières avec les opticiens, en allant vers une forme de délégation de tâches », détaille-t-il. Autrement dit, les ophtalmologistes se sont délestés d’une partie de leurs charges au profit d’autres professions compétentes, permettant ainsi de fluidifier l’accès aux soins.

Une évolution qui n’a, selon lui, pas encore été reproduite ailleurs. « Visiblement, ça n’a pas été fait en cardiologie, ni en médecine générale », constate Martial Jardel. Pour la médecine générale, il évoque une solution similaire : le développement des assistants médicaux. Une piste qu’il a lui-même mise en œuvre. « Le jour où j’ai recruté mon assistante médicale, ma situation s’est transformée », confie-t-il. Il précise avoir frôlé le burn-out avant cette embauche, illustrant ainsi l’impact direct de l’organisation du travail sur la charge des praticiens.

Médecine générale : l’urgence d’une réorganisation

Face à ces constats, Martial Jardel insiste sur le fait que la solution ne réside pas uniquement dans la formation de nouveaux médecins. « Un des leviers majeurs de transformation pour rétablir l’accès aux soins va être d’améliorer l’organisation structurelle des filières d’accès aux soins », a-t-il expliqué. Pour lui, « ça ne va pas être juste d’augmenter le nombre de médecins, il faut repenser en profondeur la manière dont les soins sont dispensés ». Cette approche implique une meilleure coordination entre les différents acteurs de santé, une délégation accrue des tâches et une optimisation des ressources disponibles.

L’association Médecins solidaires, dont il est le président, milite pour une telle évolution. Fondée pour répondre aux besoins des populations les plus vulnérables, elle constate que la crise de l’accès aux soins dépasse désormais le cadre des territoires traditionnellement considérés comme des déserts médicaux. « C’est un problème qui concerne tout le monde, et il faut des solutions globales », résume Martial Jardel.

Et maintenant ?

La publication de cette étude intervient alors que le gouvernement a déjà engagé plusieurs réformes pour tenter d’améliorer l’accès aux soins, notamment en incitant les médecins à s’installer dans les zones sous-dotées. Cependant, les résultats concrets tardent à se faire sentir. Les prochaines étapes pourraient inclure des mesures incitatives plus ciblées pour les spécialités les plus touchées, comme la cardiologie ou la médecine générale, ainsi qu’un soutien accru aux professionnels pour qu’ils puissent déléguer certaines tâches à des assistants médicaux ou à d’autres professions paramédicales.

Reste à voir si ces pistes seront effectivement mises en œuvre dans les mois à venir. Une chose est sûre : sans une réorganisation structurelle, les délais d’attente risquent de continuer à s’allonger, aggravant une situation déjà critique pour de nombreux patients.

Cette étude souligne également l’importance de mieux répartir les ressources médicales entre les territoires. Si Paris bénéficie de délais d’attente raisonnables, d’autres régions, y compris certaines grandes villes, subissent des retards importants. Une réflexion sur la planification des effectifs médicaux et leur répartition géographique s’impose donc, au-delà des simples incitations financières.

Enfin, l’exemple de l’ophtalmologie montre qu’il est possible de progresser sans attendre une augmentation massive du nombre de praticiens. En s’appuyant sur des professions complémentaires et en repensant les parcours de soins, d’autres spécialités pourraient suivre ce modèle. La clé réside donc dans une approche à la fois pragmatique et ambitieuse, combinant innovation organisationnelle et soutien aux professionnels de santé.

Selon l’étude Cartes de France de l’accès aux soins 2026, la cardiologie enregistre le délai moyen le plus long avec 42 jours d’attente, suivie par la dermatologie (32 jours), l’ophtalmologie (21 jours), la gynécologie et la psychiatrie.

Les écarts s’expliquent par une répartition inégale des praticiens sur le territoire. Par exemple, il faut en moyenne 16 jours pour un rendez-vous en cardiologie à Paris, contre 164 jours dans le Gers. Cette disparité reflète les déséquilibres dans l’offre de soins entre les zones urbaines et rurales, voire au sein d’une même région.