L’ancien maire d’Alençon Joaquim Pueyo, visé par des accusations de viols dans un livre du journaliste Frédéric Pommier, a annoncé son intention de porter plainte contre ce dernier. Selon BFM - Faits Divers, cette démarche s’inscrit dans le cadre d’une stratégie de défense après les allégations formulées dans l’ouvrage Derrière les arbres, publié aux éditions Flammarion.
Ce qu'il faut retenir
- Joaquim Pueyo, ancien maire d’Alençon et député, nie catégoriquement les accusations de viols portées contre lui par Frédéric Pommier dans son livre.
- Le journaliste, qui affirme avoir subi des violences sexuelles dans son enfance, désigne Pueyo comme l’un de ses agresseurs présumés dans un passage de son ouvrage.
- L’avocat de Pueyo, Me Jérémy Kalfon, a annoncé le 23 avril 2026 le dépôt d’une plainte pour « fausses accusations » et « préjudice moral ».
- En janvier 2026, une confrontation a été organisée entre les deux hommes, au cours de laquelle Pueyo a fermement démenti les faits.
- Le parquet de Caen a classé la plainte déposée par Pommier pour viols en raison de la prescription des faits, qui remontent à 1982-1983.
Tout commence avec la parution, en octobre 2025, du livre Derrière les arbres de Frédéric Pommier. Dans cet ouvrage, l’auteur raconte avoir été victime de violences sexuelles répétées dans son enfance, perpétrées par quatre hommes, dont un homme politique non nommé. Ce dernier, décrit comme ayant été « maire et député » en Normandie, est formellement identifié comme Joaquim Pueyo par plusieurs médias, dont Ouest France, dès le 18 avril 2026. Pueyo, qui a occupé ces fonctions entre 1995 et 2014, dément catégoriquement ces allégations.
Le 23 avril 2026, Me Jérémy Kalfon, son avocat, a confirmé dans un communiqué que l’élu avait décidé de saisir la justice. « On n’en restera pas là », a-t-il indiqué, précisant que les accusations étaient « extrêmement graves », « portées publiquement » et qu’elles causaient un « préjudice permanent » à son client. Dans son texte, l’avocat souligne que la prescription empêche désormais une enquête impartiale et contradictoire, ce qui prive Pueyo de toute possibilité de réponse judiciaire.
Côté journaliste, Frédéric Pommier a livré son témoignage poignant lors de la matinale de France Inter le 16 avril 2026. Interrompu par des silences émus, il a expliqué : « Ce livre, c’est pour rendre justice au petit garçon que j’étais. Et au petit garçon qu’on a bousillé. À quatre ans, à cinq ans, à six ans, à sept ans. » Il a également évoqué l’impact durable de ces violences : « Pendant longtemps, il n’y a pas eu un seul jour où je n’ai pas été hanté plusieurs fois dans la journée par certaines images. On a beau faire tout pour être heureux. On a beau faire tout pour rendre les gens heureux aussi (...) il y a toujours quelque chose qui nous y ramène parce que le corps, il n’oublie pas. »
Dans son livre, Pommier décrit ses agresseurs sans les nommer explicitement, évoquant notamment « le petit ami d’une nourrice », « un gardien de son immeuble » ou encore « un jeune homme dans une piscine pendant des vacances ». Concernant l’homme politique, il précise : « Ce n’est pas mon sujet. » Pourtant, les médias ont rapidement fait le lien avec Joaquim Pueyo, notamment en raison de son parcours politique en Normandie et de son passage à la mairie d’Alençon.
Pour l’heure, le parquet de Caen a confirmé avoir été saisi de la plainte déposée par Frédéric Pommier pour des faits de viol survenus en 1982-1983 dans le département de l’Orne. « Au terme de ces investigations, et bien que la parole de Frédéric Pommier paraisse parfaitement crédible et ses accusations tout à fait sérieuses, le parquet de Caen n’a pu que classer ce dossier en raison de la prescription de l’action publique », a précisé le procureur Joël Garrigue auprès de l’AFP. Cette décision illustre l’un des défis majeurs des affaires de violences sexuelles remontant à plusieurs décennies : l’impossibilité, dans la plupart des cas, de poursuivre les auteurs en raison de l’écoulement du temps.
Cette affaire soulève également des questions sur le rôle des médias dans la révélation de faits aussi graves. Si Frédéric Pommier a choisi de raconter son histoire dans un livre, c’est avant tout, selon ses propres mots, « pour rendre justice » à l’enfant qu’il a été. Pourtant, la médiatisation rapide de l’identité de Pueyo pose la question de la responsabilité des journalistes dans la diffusion d’accusations non judiciairement tranchées. Entre devoir d’information et présomption d’innocence, le débat reste entier.
Enfin, cette histoire rappelle l’importance de la prise en charge des victimes de violences sexuelles, quel que soit leur âge au moment des faits. Le témoignage de Frédéric Pommier, livré avec une rare intensité, met en lumière les séquelles parfois indélébiles de tels traumatismes. Alors que les procédures judiciaires butent souvent sur les limites légales, le soutien psychologique et l’écoute des victimes restent des enjeux cruciaux.
Les faits remontent à 1982-1983, soit plus de quarante ans. En France, le délai de prescription pour les crimes, dont les viols, est de vingt ans à partir de la majorité de la victime. Dans ce cas précis, la prescription a donc rendu impossible toute poursuite judiciaire, comme l’a confirmé le parquet de Caen.
Son avocat, Me Jérémy Kalfon, a annoncé le dépôt d’une plainte pour « fausses accusations » et « préjudice moral » contre Frédéric Pommier. Cette procédure pourrait aboutir à une condamnation civile si les juges estiment que les allégations sont infondées et ont porté atteinte à la réputation de l’ancien maire.