Une délégation saoudienne de taille est présente au Festival de Cannes cette année, où le royaume mise sur des moyens financiers inédits pour séduire les professionnels du cinéma. Selon Courrier International, l’Arabie saoudite profite de l’événement pour afficher ses ambitions dans un secteur qu’elle a récemment libéralisé, après des décennies d’interdiction du divertissement cinématographique.

Ce qu'il faut retenir

  • Une commission saoudienne propose jusqu’à 60 % de remboursement des dépenses réalisées sur place pour les productions internationales éligibles.
  • Cette offre place le pays devant les dispositifs européens, souvent moins avantageux.
  • Des événements luxueux sont organisés à Cannes pour promouvoir le Festival international du film de la mer Rouge, à Djeddah.
  • La délégation saoudienne multiplie les rencontres avec les acteurs du marché du film, lors du Marché du film.
  • L’Arabie saoudite cherche à attirer les productions en difficulté, alors que Hollywood traverse une période de ralentissement.

L’annonce phare a été faite vendredi 15 mai 2026, lors du Marché du film de Cannes, un espace dédié aux négociations entre distributeurs, producteurs et réalisateurs. La commission saoudienne du film a en effet augmenté son abattement fiscal pour les tournages réalisés sur son territoire, passant à 60 % des dépenses éligibles, contre 25 à 40 % pour la plupart des pays européens. « Cela place l’Arabie saoudite en tête des destinations les plus attractives pour les tournages, loin devant les principaux dispositifs européens », a souligné The Hollywood Reporter.

Pour appuyer sa stratégie, le royaume a organisé une série d’événements haut de gamme à Cannes. Des lieux emblématiques comme l’Hôtel du Cap-Eden-Roc à Antibes ou le Carlton de Cannes ont servi de cadre à des réceptions somptueuses, avec tapis rouge et célébrités locales. Un journaliste du Globe and Mail, présent sur place, décrit une opération de séduction tous azimuts : « Les organisateurs du Festival international du film de la mer Rouge multiplient les rencontres dans les établissements les plus luxueux de la ville, avec une logistique soignée et des invitations ciblées. »

Cette offensive intervient alors que l’industrie cinématographique mondiale traverse une période de turbulence. Hollywood, en particulier, fait face à des difficultés financières liées à la baisse des recettes en salles et aux grèves récurrentes des scénaristes et acteurs. Dans ce contexte, l’Arabie saoudite mise sur des arguments financiers difficiles à ignorer : outre le remboursement des dépenses, le pays offre également des infrastructures modernes et une réglementation simplifiée pour les tournages étrangers.

Les autorités saoudiennes ne cachent pas leur objectif : devenir un hub mondial du cinéma. Le Festival international du film de la mer Rouge, prévu en novembre à Djeddah, est présenté comme une vitrine de cette ambition. Des partenariats avec des plateformes de streaming et des studios internationaux sont déjà en discussion, selon plusieurs sources proches du dossier. « Le royaume veut diversifier son économie et réduire sa dépendance au pétrole. Le cinéma est un secteur clé de cette stratégie », a rappelé un responsable du ministère saoudien de la Culture.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’impact de cette stratégie. Les premières productions à bénéficier des nouveaux avantages fiscaux devraient commencer leurs tournages dès l’été 2026. Un rapport officiel sur les retombées économiques de ces mesures est attendu pour le printemps 2027, selon des sources internes au ministère saoudien du Tourisme et de la Culture. Par ailleurs, la prochaine édition du Festival du film de la mer Rouge, prévue en novembre 2026, pourrait servir de catalyseur pour attirer davantage de projets internationaux.

Reste à voir si les professionnels du cinéma, attachés à des écosystèmes établis comme ceux de Los Angeles ou Paris, seront prêts à franchir le pas. Certains craignent des contraintes culturelles ou logistiques, malgré les incitations financières. D’autres, en revanche, y voient une opportunité unique de tourner dans des décors variés, des déserts aux villes futuristes en construction.

Plusieurs studios et producteurs indépendants ont déjà manifesté leur intérêt, notamment pour des projets de films d’action ou de science-fiction, qui pourraient tirer parti des paysages saoudiens. Des discussions sont en cours avec des plateformes comme Netflix ou Amazon Prime Video, ainsi qu’avec des réalisateurs français et américains.