Le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, a annoncé ce vendredi 22 mai 2026, dans une interview accordée à BFM Business, qu’il réunirait la filière chimique dès la semaine prochaine pour élaborer un plan d’aide ciblé. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du dispositif de « compensation carbone », un mécanisme visant à soutenir les secteurs industriels fortement touchés par la hausse des coûts énergétiques, notamment depuis le début du conflit au Moyen-Orient.

Comme le rapporte BFM Business, Sébastien Martin a précisé que cette réunion aurait pour objectif d’agir conjointement sur la consommation énergétique et le prix de l’énergie pour les industriels de la chimie. « Je vais réunir la filière de la chimie la semaine prochaine, parce qu’on a un sujet depuis maintenant un certain nombre de mois qui s’appelle la compensation carbone, c’est-à-dire la possibilité d’accompagner sur l’énergie un certain nombre de secteurs, dont la chimie », a-t-il déclaré lors de son passage sur la chaîne d’information économique.

Ce qu'il faut retenir

  • Le gouvernement va réunir la filière chimique la semaine prochaine pour travailler à un plan d’aide via la « compensation carbone » (BFM Business)
  • Ce dispositif vise à réduire l’impact de la hausse des prix de l’énergie sur les industriels du secteur
  • Un plan de 710 millions d’euros d’aides nouvelles a été annoncé jeudi par le gouvernement pour soutenir l’industrie, dont la production d’engrais
  • La chimie, très dépendante du gaz pour sa production, reste un secteur fortement émetteur de CO₂
  • Le ministre compte obtenir un arbitrage favorable « dans les tout prochains jours »

Une filière sous pression depuis des mois

La réunion prévue avec les industriels de la chimie intervient dans un contexte où le secteur subit de plein fouet les conséquences de l’inflation énergétique. Depuis plusieurs mois, la guerre au Moyen-Orient a provoqué une hausse des prix de l’énergie et des intrants, dont certains sont dérivés du gaz et du pétrole. « La question est de voir si cette hausse se répercute à l’aval ou pas », a souligné Sébastien Martin, rappelant que le gouvernement doit évaluer l’impact en cascade sur les entreprises du secteur.

Le ministre a également rappelé que la « compensation carbone » est un mécanisme ouvert par l’Union européenne, dans le cadre de sa stratégie de décarbonation des industries. Or, la chimie reste un secteur où l’utilisation du carbone est inévitable, notamment en raison de sa dépendance au gaz, un combustible fortement émetteur de gaz à effet de serre. « On peut peut-être aider ces secteurs-là, notamment en agissant avec eux sur leur consommation énergétique et le prix de leur énergie », a-t-il ajouté.

Un plan d’aide à 710 millions d’euros annoncé jeudi

Jeudi 21 mai 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté un plan de soutien de 710 millions d’euros pour faire face aux répercussions de la guerre au Moyen-Orient sur l’économie française. Comme l’a indiqué BFM Business, ce plan inclut une enveloppe dédiée à l’industrie de la chimie, avec un accent particulier sur la production d’engrais. Le gouvernement a chargé le ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique de proposer un soutien spécifique à ce secteur stratégique.

Sébastien Martin a confirmé que l’un des axes de travail serait d’aider à la production de produits décarbonés en France, notamment via des financements issus du programme France 2030. « Concernant les engrais, le ministre a expliqué vouloir aider à la production de produits décarbonés en France, notamment via des financements issus du programme France 2030 », a-t-il rappelé. Cette mesure s’inscrit dans la volonté plus large de réduire l’empreinte carbone de l’industrie française, tout en maintenant sa compétitivité.

Un secteur en tension entre décarbonation et compétitivité

Le paradoxe auquel est confrontée la filière chimique illustre les défis auxquels doit faire face l’industrie française dans le cadre de la transition écologique. D’un côté, le secteur est poussé à réduire ses émissions de CO₂, ce qui nécessite des investissements coûteux et une adaptation de ses procédés. De l’autre, la hausse des coûts énergétiques menace sa rentabilité, surtout dans un contexte de concurrence internationale accrue.

Selon les éléments rapportés par BFM Business, le gouvernement mise sur la « compensation carbone » pour trouver un équilibre entre ces deux impératifs. Ce dispositif, qui permet de soutenir financièrement les industries les plus émettrices, pourrait ainsi leur offrir une marge de manœuvre pour investir dans des technologies moins polluantes. « L’Europe fait le choix de décarboner au maximum nos industries, de décarboner au maximum nos économies », a souligné Sébastien Martin. « Or la chimie utilise toujours du carbone, notamment parce que ce secteur s’appuie sur la production d’énergie au gaz, fortement émetteur de gaz à effet de serre. »

Et maintenant ?

La réunion prévue la semaine prochaine entre le ministre et les industriels de la chimie devrait permettre d’affiner les contours du plan d’aide. Sébastien Martin a indiqué espérer obtenir un arbitrage favorable « dans les tout prochains jours », ce qui laisse supposer une annonce officielle avant la fin du mois. Pour les entreprises du secteur, l’enjeu sera double : bénéficier d’un soutien immédiat pour traverser la crise énergétique, tout en préparant leur transition vers une production plus durable. Reste à voir si ce plan sera suffisant pour éviter des fermetures d’usines ou des délocalisations, alors que la pression sur les marges s’intensifie.

Cette initiative s’inscrit dans un contexte plus large où l’État tente de concilier transition écologique et préservation de l’appareil industriel. Avec un plan de 710 millions d’euros déjà annoncé et d’autres mesures à venir, le gouvernement mise sur des dispositifs ciblés pour éviter un effondrement de secteurs clés comme la chimie. Cependant, la réussite de cette stratégie dépendra en grande partie de la capacité des industriels à s’adapter rapidement, tout en bénéficiant d’un accompagnement suffisant pour financer leur mutation.

La « compensation carbone » est un mécanisme mis en place par l’Union européenne pour aider les industries fortement émettrices de CO₂ à financer leur transition écologique. Elle permet aux entreprises de bénéficier d’aides pour réduire leur consommation énergétique ou investir dans des technologies moins polluantes, notamment en compensant une partie de leurs coûts liés à la décarbonation. Dans le cas de la chimie, ce dispositif pourrait prendre la forme de subventions ou d’exonérations partielles pour limiter l’impact de la hausse des prix de l’énergie.

La chimie est l’un des secteurs industriels les plus dépendants de l’énergie, notamment du gaz naturel, utilisé à la fois comme matière première et comme source d’énergie pour les procédés de fabrication. Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, les prix du gaz et du pétrole ont fortement augmenté, ce qui a mécaniquement renchéri les coûts de production. Par ailleurs, ce secteur reste très émetteur de CO₂, ce qui le rend moins éligible à certaines aides européennes sans mécanisme de compensation comme celui annoncé par le gouvernement.