À Ouagadougou, où les températures dépassent souvent les 40 °C en cette période de fin mai, une poignée de passionnés de golf évolue sur un parcours d’un genre particulier. Ici, pas de pelouse uniforme ni de bunkers impeccables, mais un sol nu, parfois dur, parfois sablonneux, où les balles rebondissent différemment de ce à quoi les golfeurs sont habitués ailleurs dans le monde. Pourtant, malgré ces contraintes, le golf burkinabè attire de plus en plus d’adeptes, comme le rapporte Courrier International, qui s’appuie sur des témoignages recueillis par Studio Yafa, média local soutenu par la Fondation Hirondelle.

Sur le parcours du quartier Balkuy, à quelques kilomètres du centre-ville de Ouagadougou, Soumaila Guébré, 25 ans, avance avec application. Équipé d’un pantalon léger et de chaussures adaptées, il pousse son caddie chargé de clubs, un accompagnant chargé de porter le matériel. Depuis 7 h 30 ce matin-là, il enchaîne les trous, comme chaque week-end, parcourant ainsi entre 10 et 11 kilomètres sans montrer de signes de fatigue apparente. Pourtant, le jeune homme vient seulement de découvrir ce sport il y a quelques mois, grâce à des amis. « Les gens ont plusieurs manières de se distraire. Nous, c’est le golf. On se fait plaisir en jouant. On développe de la camaraderie », explique-t-il, sourire aux lèvres.

Ce qu'il faut retenir

  • Le parcours de golf de Ouagadougou-Balkuy, créé en 1978, est l’un des rares du pays et se distingue par l’absence totale de gazon, remplacé par un sol nu et dur.
  • L’abonnement annuel pour accéder au parcours coûte environ 250 000 francs CFA (380 euros), auxquels s’ajoutent les frais de compétition, ce qui limite l’accès à une minorité.
  • Malgré ces contraintes, le golf burkinabè compte des joueurs réguliers, dont certains, comme Moussa Kafando, ont commencé avec des branches d’arbres avant de devenir des figures locales du sport.
  • La Fédération burkinabè de golf mise sur la formation des jeunes via une académie ouverte aux 7-21 ans pour démocratiser la pratique et changer l’image d’un sport perçu comme élitiste.
  • L’absence de gazon permet de réduire drastiquement les besoins en eau, avec seulement 4 ou 5 m³ utilisés par semaine pour l’entretien du parcours.

Un sport exigeant, où la discipline prime sur le score

Pour Soumaila Guébré, le golf est bien plus qu’un simple loisir. « Ça t’amène à être constant. Tu apprends à être discipliné et à rester calme », confie-t-il. Son objectif ? Perfectionner sa technique, même si, ce matin-là, un coup raté le laisse perplexe. « Qu’est-ce que j’ai fait comme ça ? », lance-t-il, déçu, après avoir frappé sa balle blanche. Autour de lui, ses partenaires tempèrent son enthousiasme. « C’est ça le golf. Tu ne peux pas réussir tous tes coups », lui répond Sultan Bouda, plus aguerri. Ce dernier, initié par son père alors qu’il n’était qu’un enfant, participe désormais à des compétitions locales et avoue y jouer « tous les jours pendant le ramadan, sauf deux fois », soit 28 jours sur 30.

Fabrice Nadembèga, lui, voit dans le golf une opportunité de tisser des liens sociaux. « En dehors du sport, c’est surtout l’ambiance. Le score est secondaire », souligne-t-il. Une vision partagée par Asmao Ouédraogo, l’une des rares femmes à fréquenter régulièrement le parcours. Découverte lors d’un open il y a quelques mois, elle apprécie cette activité physique « comme une marche en extérieur, mais avec un apprentissage supplémentaire ». Aujourd’hui, elle suit les activités de l’académie de golf, qui forme les jeunes talents du pays.

Un golf « low-cost » qui s’adapte aux réalités locales

Le parcours de Balkuy, géré par la Fédération burkinabè de golf, est un cas unique en Afrique de l’Ouest. Contrairement aux golfs classiques, il ne nécessite ni arrosage intensif ni entretien coûteux. « Cela ne veut pas dire que le golf ne peut pas se jouer sur un autre terrain. Dans les autres golfs, on arrose le terrain. Alors que chez nous, au Burkina, on ne gaspille pas l’eau », explique Salif Samaké, président de la fédération. Selon lui, cette contrainte se transforme en avantage : « On utilise juste peut-être 4 ou 5 m³ par semaine ». Une économie d’eau qui permet aussi de réduire les coûts d’entretien, bien que le style de jeu en soit profondément modifié. Les joueurs doivent adapter leur technique en raison des rebonds imprévisibles sur un sol sec et dur.

Pour Sultan Ouédraogo, responsable du parcours, cette particularité est même un atout. « C’est ce que nous avons trouvé », confie-t-il, soulignant que le terrain, bien que rudimentaire, offre une expérience authentique. Pourtant, le golf burkinabè reste méconnu du grand public. Le pays ne compte qu’un seul club affilié à une fédération, et les efforts pour promouvoir le sport se concentrent sur la formation des jeunes. « On veut vraiment développer cette académie pour assurer la relève », insiste Salif Samaké. L’enjeu ? Rendre le golf plus accessible et briser l’image d’un sport réservé à une élite.

Le défi de la démocratisation

Longtemps associé à une certaine aisance financière, le golf au Burkina Faso peine à attirer les classes populaires. Sultan Bouda nuance cette perception : « Il y a des gens qui ont des moyens, mais quand on leur dit de mettre cela dans le golf, ils refusent. Ce n’est pas un problème d’argent mais d’organisation ». Pourtant, le sport commence à se diversifier. Moussa Kafando, figure locale du golf, a commencé sa carrière avec des branches d’arbres avant de devenir caddie, puis joueur confirmé. Aujourd’hui, il vise des compétitions internationales et milite pour que le golf soit perçu comme un sport accessible à tous. « Avec mes amis, quand il n’y avait pas l’école, on passait toute la journée ici », se souvient-il, encore ému par ces années de pratique improvisée.

L’académie de golf de Ouagadougou, ouverte aux jeunes de 7 à 21 ans, joue un rôle clé dans cette dynamique. Elle propose des cours réguliers et des initiations pour les débutants, avec l’espoir de former une nouvelle génération de golfeurs. « On travaille à briser les barrières et casser cette idée que le golf est un sport de riches. Il y a des gens qui sont aisés comme il y en a qui se débrouillent », rappelle Salif Samaké. Pour lui, l’enjeu est double : faire connaître le golf au-delà des cercles fermés et adapter la pratique aux réalités économiques du pays.

Et maintenant ?

La Fédération burkinabè de golf mise sur l’académie de jeunes pour élargir la base de pratiquants et organiser davantage de compétitions locales d’ici la fin de l’année 2026. Si les résultats se concrétisent, le Burkina Faso pourrait devenir un modèle de golf « low-cost » en Afrique, prouvant que la passion peut surpasser les contraintes matérielles. Reste à voir si cette initiative parviendra à séduire un public plus large et à modifier durablement l’image du sport dans le pays.

Quant à Soumaila Guébré, il compte bien poursuivre son apprentissage. « Mine de rien, on fait du sport en marchant plusieurs kilomètres. Et en plus, on se fait plaisir », confie-t-il. Autour de lui, Sultan Bouda et ses compagnons échangent des conseils, partagent un moment de détente, et rappellent que, malgré tout, le golf reste avant tout une question de patience et de persévérance.

Le parcours de golf de Ouagadougou-Balkuy, créé en 1978, n’a pas de pelouse en raison des contraintes hydriques du pays. L’absence de gazon permet de réduire drastiquement les besoins en eau, avec seulement 4 ou 5 m³ utilisés par semaine pour l’entretien, contre plusieurs milliers dans un golf classique. Cette particularité oblige les joueurs à adapter leur technique aux rebonds imprévisibles sur un sol nu et parfois sablonneux.