Plus d’un millier d’employés de Sama, une entreprise kényane spécialisée dans l’étiquetage de données pour l’intelligence artificielle, ont été licenciés à Nairobi mi-avril 2026. Cette décision, annoncée après la rupture du contrat liant Sama au géant américain Meta, s’inscrit dans un contexte déjà fragile pour les travailleurs de ce secteur. Selon RFI, cette restructuration brutale survient alors que le groupe américain fait face à une crise de confiance majeure, renforcée par les révélations de février 2026 sur l’utilisation de contenus intimes via ses lunettes connectées.

Si aucun lien officiel n’a été établi entre les licenciements et ces controverses, une convergence d’observations – ouvriers, chercheurs et ONG – laisse entrevoir une logique où les travailleurs kényans pourraient endosser une partie de la responsabilité dans la rupture contractuelle. Une hypothèse qui interroge sur les dynamiques de pouvoir au sein de la chaîne de sous-traitance des géants technologiques.

Ce qu'il faut retenir

  • 1 000 emplois supprimés à Nairobi chez Sama, sous-traitant de Meta, mi-avril 2026.
  • La rupture du contrat intervient après des révélations en février 2026 sur l’accès à des contenus intimes via les lunettes connectées de Meta.
  • Aucun lien officiel n’établit de corrélation entre les licenciements et les controverses entourant Meta.
  • Ouvriers, chercheurs et ONG évoquent une possible responsabilité attribuée aux travailleurs kényans.
  • Sama est une entreprise spécialisée dans l’étiquetage de données pour l’IA, un secteur en pleine expansion au Kenya.

Une rupture contractuelle aux conséquences immédiates

La décision de Meta de mettre fin à son partenariat avec Sama a été prise sans préavis significatif pour les employés. Selon des témoignages recueillis par RFI, les salariés n’ont été informés que quelques jours avant leur licenciement, laissant peu de temps pour se préparer à cette transition brutale. « Nous avons appris la nouvelle par des rumeurs avant d’être officiellement convoqués », a déclaré un ancien employé sous couvert d’anonymat. Ce manque de transparence alimente les interrogations sur les modalités de cette rupture.

Les travailleurs concernés, majoritairement employés dans des tâches d’annotation de données pour les algorithmes d’IA, se retrouvent désormais sans revenu dans un marché du travail déjà compétitif. À Nairobi, où le secteur de la sous-traitance technologique est en plein essor, cette suppression massive d’emplois risque d’accentuer les tensions sociales et économiques. « Sans filet de sécurité, beaucoup d’entre nous allons devoir se reconvertir rapidement », confie un autre salarié licencié.

Les controverses autour de Meta : un contexte explosif

La rupture du contrat entre Meta et Sama intervient dans un climat déjà tendu pour le groupe américain. En février 2026, des révélations ont mis en lumière l’accès non autorisé à des contenus intimes via les lunettes connectées Meta Ray-Ban. Ces lunettes, commercialisées comme un outil de réalité augmentée, ont été pointées du doigt pour leur faille de sécurité ayant permis à des développeurs d’accéder à des images et vidéos personnelles sans consentement explicite.

Bien que Meta ait rapidement corrigé la faille et assuré que les données étaient protégées, l’incident a ébranlé la confiance des utilisateurs et des partenaires commerciaux. Dans ce contexte, la rupture du contrat avec Sama pourrait s’inscrire dans une stratégie de distanciation de Meta vis-à-vis des controverses liées à la protection des données. Une hypothèse partagée par plusieurs observateurs, même si aucune déclaration officielle n’a été faite en ce sens.

Une responsabilité partagée ? Le débat sur les travailleurs kényans

Si Meta et Sama n’ont pas communiqué sur les raisons exactes de cette rupture, des voix s’élèvent pour dénoncer une possible instrumentalisation des travailleurs kényens. « On nous fait porter le chapeau d’une décision qui nous dépasse complètement », a réagi un représentant syndical local. Les ONG actives dans le domaine des droits numériques soulignent que les employés de Sama ne sont que des maillons d’une chaîne beaucoup plus large, où les responsabilités sont souvent diluées.

Des chercheurs en éthique de l’IA, comme le Dr. Amina Wanjiku de l’Université de Nairobi, pointent du doigt l’asymétrie des pouvoirs entre les géants technologiques et les sous-traitants locaux. « Les travailleurs kényens sont les plus exposés aux risques, mais ils n’ont aucune marge de manœuvre pour négocier », explique-t-elle. Ce déséquilibre structurel alimente les critiques sur un système où l’innovation technologique se construit souvent au détriment des droits sociaux.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’impact de ces licenciements sur le secteur de la sous-traitance en Afrique de l’Est. Les syndicats locaux ont annoncé leur intention de négocier des compensations pour les travailleurs lésés, tandis que des discussions pourraient s’engager avec Meta pour clarifier les conditions de cette rupture. Une enquête indépendante sur les responsabilités de chaque partie est également envisagée, sans garantie de résultats concrets pour l’instant.

Reste à voir si cette crise servira de catalyseur pour une régulation plus stricte des pratiques des géants technologiques en matière de sous-traitance et de protection des données. En attendant, des milliers de familles kényanes devront faire face à une précarité accrue, dans un pays où le taux de chômage reste élevé.

Les salariés licenciés pourraient se tourner vers d’autres entreprises locales de sous-traitance technologique ou se former à de nouvelles compétences, notamment dans les secteurs émergents comme l’IA générative. Certaines ONG locales proposent des programmes d’accompagnement pour la reconversion professionnelle, mais leur capacité à absorber un tel afflux de demandeurs d’emploi reste limitée.