Le géant japonais Calbee, leader incontesté sur le marché des snacks au Japon, a annoncé mardi qu’il allait modifier l’emballage de plusieurs de ses produits phares. À partir du 25 mai, certains sachets de chips emblématiques, habituellement reconnaissables à leurs couleurs vives orange et jaune, seront imprimés en noir et blanc. Une décision contrainte par la pénurie d’une matière première essentielle à la fabrication des encres d’impression, elle-même liée à l’escalade des tensions au Moyen-Orient. Selon BFM Business, cette mesure s’inscrit dans un contexte de perturbations majeures des approvisionnements en naphta, un sous-produit pétrolier crucial pour l’industrie des emballages plastiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Calbee va remplacer les couleurs vives de certains emballages par du noir et blanc à partir du 25 mai 2026, en raison d’une pénurie d’encres d’impression.
  • Le naphta, utilisé dans la fabrication des encres, est en tension en raison des conflits au Moyen-Orient, où transite un cinquième des hydrocarbures mondiaux.
  • Le Japon dépend à 40% du Moyen-Orient pour son approvisionnement en naphta, ce qui aggrave la situation.
  • Quatorze produits de la gamme Calbee seront concernés, dont les Potato Chips, les Kappa Ebisen et les céréales Frugra.
  • Une autre entreprise japonaise, Itoham Yonekyu Holdings, envisage des mesures similaires pour ses emballages.

Dans un communiqué rendu public mardi, Calbee a indiqué qu’il procédait à une « révision des spécifications des emballages » pour une partie de sa gamme. La marque, qui détient la plus grande part du marché japonais des snacks, a précisé que cette mesure était temporaire. Les nouveaux emballages monochromes devraient faire leur apparition dans les rayons des supermarchés dès le 25 mai. Le groupe n’a pas détaillé quelles encres étaient concernées par la pénurie, mais des médias locaux ont pointé du doigt le manque de naphta, un produit issu de la distillation du pétrole et largement utilisé dans l’industrie chimique et des emballages.

La situation s’explique par l’instabilité géopolitique au Moyen-Orient, où les tensions entre l’Iran et d’autres acteurs régionaux ont perturbé les routes commerciales. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20% des hydrocarbures mondiaux, est particulièrement concerné. Son blocage par Téhéran en 2021 avait déjà provoqué une flambée des cours du naphta, et la situation reste tendue en 2026. Le Japon, dépendant à 40% du Moyen-Orient pour son naphta, subit de plein fouet les conséquences de cette crise. En mars dernier, la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, avait souligné la nécessité de sécuriser les approvisionnements en produits chimiques dérivés du naphta, malgré les perturbations actuelles.

Cette pénurie n’affecte pas uniquement Calbee. Itoham Yonekyu Holdings, un autre géant japonais spécialisé dans la charcuterie, a indiqué à l’AFP qu’il envisageait également de passer au noir et blanc ou d’utiliser des encres alternatives pour certains de ses produits. Une preuve que la crise dépasse le seul secteur des snacks et touche l’ensemble de l’industrie agroalimentaire japonaise. Les entreprises du pays, fortement dépendantes des importations de produits pétroliers, se retrouvent dans une position délicate, alors que les tensions géopolitiques persistent.

Un symbole visuel d’une crise plus large

Les emballages de Calbee, reconnaissables entre tous avec leurs couleurs vives orange et jaune, sont devenus un symbole de la culture snack japonaise. Leur disparition temporaire des rayons des magasins marque donc un tournant, autant pour les consommateurs que pour l’entreprise. Dans son communiqué, Calbee a tenu à rassurer sur la qualité des produits, précisant que seule la présentation changeait. « Cette modification est temporaire et n’affecte en rien le goût ou la composition des produits », a souligné un porte-parole de l’entreprise.

Pourtant, cette décision pourrait avoir des répercussions bien au-delà des simples emballages. Elle illustre la vulnérabilité d’un pays comme le Japon, dont les chaînes d’approvisionnement restent fortement dépendantes des importations en provenance du Moyen-Orient. Le naphta n’est pas seulement utilisé pour les encres : il entre dans la composition de nombreux plastiques, solvants et produits chimiques. Une pénurie prolongée pourrait donc impacter d’autres secteurs industriels, des cosmétiques à l’automobile, en passant par les emballages alimentaires. Les analystes s’interrogent déjà sur la capacité du Japon à diversifier ses sources d’approvisionnement à court terme, alors que les tensions au Moyen-Orient restent élevées.

Une réponse temporaire à une crise durable ?

Si Calbee et d’autres entreprises japonaises optent pour le noir et blanc, cette solution n’est qu’un palliatif. Elle permet de réduire la consommation d’encres colorées, mais ne résout pas le problème de fond : l’approvisionnement en naphta. Le Japon a tenté de diversifier ses sources d’importation, notamment en augmentant les achats auprès d’autres pays producteurs, mais la situation reste fragile. En 2025, Tokyo avait déjà accru ses stocks stratégiques de produits pétroliers, une mesure saluée par la Première ministre Sanae Takaichi. Pourtant, en 2026, les perturbations persistent, signe que la crise dépasse les capacités de résilience à court terme du pays.

Les consommateurs japonais pourraient aussi ressentir les effets de cette pénurie. Les chips Calbee, populaires dans tout le pays, pourraient voir leur prix augmenter si les coûts de production grimpent. Par ailleurs, une partie de la production pourrait être ralentie, voire interrompue, si les pénuries s’aggravent. Pour l’instant, Calbee assure que ses stocks sont suffisants pour assurer une transition en douceur, mais la situation reste sous haute surveillance.

Et maintenant ?

La prochaine échéance à suivre sera la mi-juin, lorsque les premiers emballages monochromes de Calbee devraient être visibles en magasin. Si la pénurie de naphta persiste, d’autres entreprises pourraient suivre l’exemple du géant des snacks. Le gouvernement japonais, de son côté, devrait poursuivre ses efforts pour sécuriser les approvisionnements, notamment en renforçant les partenariats avec d’autres pays producteurs. Reste à voir si ces mesures seront suffisantes pour éviter une généralisation du passage au noir et blanc dans l’industrie agroalimentaire japonaise.

Cette crise rappelle une fois de plus la dépendance de nombreux pays aux ressources du Moyen-Orient. Elle soulève aussi des questions sur la résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales, alors que les tensions géopolitiques s’accumulent. Pour Calbee et ses concurrents, l’enjeu sera double : maintenir la qualité de leurs produits tout en s’adaptant à un contexte économique et géopolitique de plus en plus incertain.

Le Japon importe près de 40% de son naphta depuis le Moyen-Orient en raison de sa proximité géographique et de la qualité des ressources disponibles dans la région. Le naphta est un sous-produit pétrolier essentiel pour l’industrie chimique et des emballages, ce qui rend le Japon particulièrement vulnérable aux perturbations des approvisionnements dans cette zone.

Outre les emballages alimentaires, le naphta est utilisé dans la fabrication de nombreux produits, comme les plastiques, les solvants, les cosmétiques et les composants automobiles. Une pénurie prolongée pourrait donc impacter plusieurs industries au Japon, avec des répercussions sur les prix et la disponibilité des produits finis.