Le Canada multiplie les initiatives diplomatiques à l’international, plaçant l’Union européenne au cœur de sa stratégie de coopération avec les puissances intermédiaires. C’est ce qu’a confirmé Anita Anand, ministre canadienne des Affaires étrangères, lors d’un entretien accordé à Euronews FR ce 11 mai 2026 à Bruxelles. Ces déclarations surviennent alors que les relations entre Ottawa et Bruxelles s’intensifient, dans un contexte marqué par une volonté de diversification des alliances économiques et sécuritaires, loin des tensions avec les États-Unis sous l’administration Trump.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 20 accords de sécurité, de défense et économiques signés par le Canada en un an, un rythme qualifié d’« historique » par Ottawa.
- Le Canada devient le premier pays non européen à participer au sommet de la Communauté politique européenne, organisé à Erevan (Arménie) le 7 mai 2026.
- Ottawa annonce 23 nouvelles sanctions contre des responsables et entités russes impliqués dans des crimes contre des enfants ukrainiens.
- Le Canada rejette toute médiation avec Moscou sans l’aval de Kiev, rappelant que « les décisions sur l’avenir de l’Ukraine appartiennent à Zelensky ».
- Les discussions sur une éventuelle adhésion du Canada à l’UE restent exclues à court terme, selon la cheffe de la diplomatie canadienne.
Une politique étrangère recentrée sur les puissances intermédiaires
Anita Anand a souligné que cette dynamique ne relevait pas d’une simple réaction aux tarifs douaniers imposés par l’administration Trump. « Ce n’est qu’un début », a-t-elle affirmé dans l’émission 12 Minutes With, diffusée par Euronews FR, en évoquant une volonté de « réduire la dépendance économique et sécuritaire » du Canada vis-à-vis des États-Unis. Pour la ministre, ces partenariats s’inscrivent dans la durée, « car ils reposent sur des valeurs communes : l’intégrité territoriale, la souveraineté des États et le commerce multilatéral ».
Ces propos font écho à une série d’accords récents, dont l’accord SAFE (Sécurité et Défense renforcées), le Partenariat pour la sécurité et la défense, et le CETA (accord de libre-échange avec l’UE). Autant de textes qui, selon Ottawa, traduisent une « communauté de vues » avec Bruxelles, bien au-delà des considérations conjoncturelles.
Le Canada, premier non-Européen au sommet de la CPE
Quelques jours plus tôt, le Canada avait marqué l’histoire en participant pour la première fois au sommet de la Communauté politique européenne (CPE), organisé à Erevan les 6 et 7 mai 2026. Un événement symbolique, comme l’a rappelé Anita Anand : « Nous sommes très enthousiastes à l’idée de continuer à travailler avec l’Europe et les pays partageant nos valeurs. »
Lors de ce rassemblement, le Premier ministre canadien Mark Carney avait également défendu l’idée selon laquelle l’Europe pourrait incarner une alternative à un « monde fermé et brutal », en prônant la construction d’un nouvel ordre international. À Davos, en janvier 2026, il avait déjà évoqué une « rupture » avec l’ordre mondial dominé par Washington, plaidant pour une voix plus affirmée des puissances intermédiaires.
Une approche pragmatique, loin des clivages transatlantiques
Anita Anand a insisté sur le caractère « pragmatique » des alliances nouées par Ottawa. « Nous devons examiner comment travailler ensemble de manière concrète pour en tirer des avantages économiques, sécuritaires et défensifs », a-t-elle déclaré. Une stratégie qui se traduit par plus de 20 accords signés en un an, couvrant des domaines aussi variés que la défense, l’agriculture, l’agroalimentaire ou encore l’intelligence artificielle.
Interrogée sur la possibilité d’une adhésion du Canada à l’UE – un scénario parfois évoqué en raison des tensions croissantes avec Washington –, la ministre a adopté une position prudente. « Ce que nous faisons, c’est diversifier nos relations commerciales et renforcer notre approche de puissance intermédiaire », a-t-elle expliqué, sans trancher sur l’avenir. Une réponse qui laisse planer un doute sur les ambitions réelles d’Ottawa en la matière.
Le Canada aligné sur Bruxelles dans la guerre en Ukraine
Le renforcement des liens entre le Canada et l’UE s’accompagne d’une convergence de vues sur la réponse à apporter à l’invasion russe de l’Ukraine. Anita Anand était à Bruxelles le 11 mai pour coprésider une réunion de la Coalition internationale pour le retour des enfants ukrainiens, où elle a annoncé de nouvelles sanctions contre 23 personnes et cinq entités russes accusées de crimes contre des mineurs.
Face aux questions sur un possible rôle canadien dans des négociations futures avec Moscou, la ministre a été catégorique : « Les décisions sur l’avenir de l’Ukraine appartiennent au président Zelensky. » Elle a rappelé que « la Russie a violé des cessez-le-feu, des engagements et le droit international », qualifiant ces actes d’« inacceptables ». Une position qui confirme l’alignement d’Ottawa sur les positions européennes, malgré les réticences américaines sur certains dossiers.
Ce rapprochement s’inscrit dans une dynamique plus large, où d’autres pays – comme le Japon ou l’Australie – explorent également des partenariats renforcés avec Bruxelles. Une tendance qui pourrait, à terme, redessiner les équilibres géopolitiques en dehors du giron américain.
Parmi les textes les plus significatifs, on compte l’accord SAFE (Sécurité et Défense renforcées), le Partenariat pour la sécurité et la défense, ainsi que le renouvellement du CETA (accord de libre-échange). Ces accords couvrent aussi bien les échanges commerciaux que les questions de cybersécurité et de résilience économique.
Ottawa justifie cette position par le respect du droit international et de la souveraineté ukrainienne. La ministre Anita Anand a rappelé que « la Russie a violé à maintes reprises des cessez-le-feu et des engagements », rendant toute négociation sans accord de Zelensky irrecevable pour le Canada.