L’ancien chef de cabinet de Volodymyr Zelensky, Andriy Yermak, a été officiellement désigné comme suspect dans une vaste enquête anticorruption menée par les autorités ukrainiennes, selon Euronews FR. Les investigations, menées conjointement par le Bureau national ukrainien de lutte contre la corruption (NABU) et le Bureau du procureur spécialisé dans la lutte contre la corruption (SAPO), révèlent un réseau présumé de blanchiment d’argent d’un montant de 9 millions d’euros entre 2021 et 2025.
Ce qu'il faut retenir
- Andriy Yermak, ancien chef de cabinet de Zelensky, est désigné comme suspect dans une affaire de blanchiment d’argent via un projet immobilier de luxe près de Kyiv.
- Un groupe organisé est soupçonné d’avoir détourné 460 millions de hryvnias (9 millions d’euros) entre 2021 et 2025.
- Le projet immobilier concerné prévoyait la construction de quatre manoirs de 1 000 m² chacun, ainsi qu’un complexe de bien-être.
- Six autres personnes ont également été désignées comme suspectes dans cette affaire.
- Yermak, proche allié de Zelensky, a démissionné en novembre 2025 sous la pression de l’enquête.
- Cette affaire s’inscrit dans une enquête plus large sur la corruption à haut niveau, dévoilée en novembre 2025.
Une enquête sur un projet immobilier de luxe près de Kyiv
Les investigations menées par le NABU et le SAPO mettent en lumière un réseau organisé qui aurait blanchi près de 9 millions d’euros via un projet immobilier de luxe situé aux abords de la capitale ukrainienne. Selon les autorités, les fonds auraient transité entre 2021 et 2025 par le biais de sociétés écrans, de transactions en espèces et de documents financiers falsifiés. Les enquêteurs précisent que le groupe visé prévoyait de construire quatre résidences privées d’environ 1 000 mètres carrés chacune, assorties d’un complexe de bien-être incluant spa et piscine.
Les coûts estimés pour chaque manoir s’élèveraient à plusieurs millions de dollars, ce qui place ce projet dans la catégorie des investissements les plus ambitieux de la région. Les enquêteurs n’ont pas précisé si les travaux avaient effectivement débuté, mais l’enquête remonte à 2018, ce qui suggère une préparation de longue haleine.
Andriy Yermak, figure centrale d’une affaire aux répercussions politiques
Andriy Yermak, qui fut pendant des années le principal négociateur de l’Ukraine dans les discussions avec les États-Unis, a été désigné comme suspect dans cette affaire. Bien que le NABU et le SAPO n’aient pas officiellement nommé Yermak dans leur communiqué, les médias ukrainiens ont largement relayé l’information, confirmant son implication présumée. Contacté par la presse à Kyiv, Yermak a refusé de s’exprimer en détail, se contentant de déclarer qu’il attendrait la conclusion de l’enquête avant de faire toute déclaration.
Son implication prend une dimension politique particulière. Yermak était l’un des plus proches collaborateurs de Volodymyr Zelensky, avant de démissionner en novembre 2025, officiellement sous la pression croissante liée à cette enquête anticorruption. Cette affaire s’ajoute à une série de scandales touchant l’administration Zelensky depuis le début de l’invasion russe en février 2022, mettant en lumière les défis de transparence auxquels le gouvernement ukrainien est confronté.
Une enquête plus large sur la corruption à haut niveau
Cette affaire s’inscrit dans un cadre plus large révélé en novembre 2025, lorsque les autorités ont dévoilé une vaste enquête sur des soupçons de corruption impliquant des personnalités proches du pouvoir. Parmi les révélations de l’époque figurait l’inculpation d’un ancien partenaire commercial de Zelensky, accusé d’avoir mis en place un système de pots-de-vin de 100 millions de dollars au sein de l’agence atomique ukrainienne. Un ancien vice-premier ministre ainsi qu’un proche associé de Zelensky ont également été inculpés dans cette même enquête.
Ces révélations ont jeté une ombre sur l’administration Zelensky, bien que le président lui-même n’ait pas été directement mis en cause. Pour autant, ces affaires soulèvent des questions sur la gestion des fonds publics dans un contexte de guerre, alors que l’Ukraine dépend largement de l’aide internationale pour financer sa résistance face à l’invasion russe. La transparence et la lutte contre la corruption restent des enjeux majeurs pour Kyiv, tant sur le plan national qu’international.
« L’un de ses membres, l’ancien chef du bureau du président de l’Ukraine, a fait l’objet d’une notification de soupçon. » — Communiqué commun du NABU et du SAPO
Réactions et perspectives
Dmytro Lytvyn, conseiller du président Zelensky, a déclaré qu’il était « trop tôt pour évaluer les actions procédurales en cours », soulignant la nécessité de laisser l’enquête suivre son cours. Cette position reflète la prudence affichée par l’exécutif ukrainien face à une affaire qui, bien qu’elle ne vise pas directement Zelensky, risque de fragiliser davantage son administration déjà sous pression.
Pour Andriy Yermak, cette désignation comme suspect ne constitue pas une inculpation formelle, mais elle intervient à un moment où son rôle politique était déjà affaibli. Son départ en novembre 2025 avait été présenté comme une démission, mais il s’inscrivait dans un contexte de révélations croissantes sur des irrégularités financières au sein de son entourage.
En attendant, la crédibilité de l’Ukraine en matière de gouvernance reste un enjeu crucial, alors que le pays continue de mobiliser des ressources colossales pour sa défense contre l’aggression russe. La gestion de cette enquête et ses suites pourraient ainsi avoir des répercussions bien au-delà des frontières ukrainiennes.
Andriy Yermak a démissionné sous la pression croissante liée à l’enquête anticorruption qui le visait indirectement. Bien qu’il n’ait pas été officiellement inculpé à l’époque, son rôle central dans l’administration et ses liens étroits avec le président Zelensky ont rendu sa position intenable, surtout après la révélation de soupçons de corruption à grande échelle.
Les autorités ukrainiennes n’ont pas communiqué de calendrier précis, mais l’enquête devrait se poursuivre dans les prochains mois. De nouvelles désignations de suspects ou des inculpations formelles pourraient intervenir, notamment si les investigations révèlent des preuves supplémentaires. Une conclusion définitive n’est donc pas attendue avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.