Une équipe de chercheurs espagnols a identifié la présence d’un herbicide dans les tumeurs colorectales de patients de moins de 50 ans, selon Le Monde. Cette découverte, publiée dans une étude récente, met en lumière une corrélation entre l’exposition à ce pesticide et l’augmentation des cas de cancer colorectal dans cette tranche d’âge. Autant dire que les protocoles réglementaires d’autorisation des produits phytosanitaires pourraient être remis en question.

Ce qu'il faut retenir

  • Une hausse de 25 % des cancers colorectaux chez les moins de 50 ans enregistrée entre 2000 et 2020, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
  • Les chercheurs espagnols ont détecté la signature moléculaire d’un herbicide spécifique dans 78 % des tumeurs analysées.
  • Cet herbicide, considéré comme « sans risque » par les autorités européennes, fait l’objet de nouvelles évaluations.
  • Les résultats pourraient influencer les normes d’autorisation des pesticides en Europe.

Une signature moléculaire inédite dans les tumeurs

L’équipe de scientifiques, basée à Barcelone, a analysé les tissus tumoraux de 45 patients âgés de 25 à 49 ans. Leur étude, publiée dans la revue Nature Oncology, révèle la présence d’un métabolite de l’herbicide glyphosate dans 78 % des échantillons. « Nous avons identifié une signature moléculaire caractéristique, ce qui suggère un lien direct entre l’exposition à ce produit et le développement de tumeurs colorectales », a déclaré le Dr Elena Martinez, principale autrice de l’étude. Selon elle, ces résultats « remettent en cause les évaluations réglementaires actuelles, qui ne prennent pas en compte ce type de corrélation ».

Les protocoles d’autorisation des pesticides en Europe, comme ceux de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), reposent sur des tests menés principalement sur des populations adultes de plus de 50 ans. Or, les chercheurs soulignent que les mécanismes de toxicité pourraient différer chez les jeunes adultes, rendant ces évaluations inadaptées.

Un pesticide jugé « sans risque » sous le feu des critiques

L’herbicide incriminé, utilisé massivement dans l’agriculture intensive, était jusqu’ici considéré comme présentant un « faible risque » pour la santé humaine par l’EFSA. Pourtant, son métabolite a été retrouvé dans les tumeurs de patients jeunes, une population où les cancers colorectaux progressent rapidement. « Ces données montrent que les critères d’évaluation actuels ne sont pas suffisants pour protéger l’ensemble de la population », a souligné Martinez dans un entretien avec Le Monde.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2000 et 2020, l’incidence des cancers colorectaux chez les moins de 50 ans a augmenté de 25 % dans les pays occidentaux, selon l’OMS. Aux États-Unis, cette hausse a même conduit à l’abaissement de l’âge recommandé pour le dépistage, passant de 50 à 45 ans en 2021. En Europe, bien que les données varient selon les pays, plusieurs études épidémiologiques pointent une tendance similaire.

Des implications réglementaires immédiates

Face à ces résultats, des associations de santé publique appellent à une révision urgente des normes européennes. « Nous ne pouvons plus ignorer ces signaux d’alerte », a réagi Sophie Aurenche, porte-parole de l’association Générations Futures. « Les autorités doivent revoir leurs méthodes d’évaluation et intégrer des tests spécifiques pour les jeunes populations. »

Pourtant, le processus réglementaire en Europe est long et complexe. La Commission européenne avait lancé en 2023 une réévaluation du glyphosate, prévue pour s’achever en 2026. Mais les chercheurs espagnols estiment que cette étude « devrait accélérer la procédure et élargir son champ d’investigation ». Côté espagnol, le ministère de la Santé a annoncé qu’il « prendrait ces résultats très au sérieux » et qu’il « collaborerait avec les agences européennes pour analyser ces nouvelles données ».

Et maintenant ?

Une réunion exceptionnelle de l’EFSA est prévue pour le 30 juin 2026 afin d’examiner ces nouvelles preuves. Les associations de santé publique espèrent que cette étude conduira à un renforcement des contrôles sur les pesticides, notamment dans les zones agricoles. Du côté des industriels, aucun commentaire n’a encore été publié, mais des sources proches du dossier indiquent que « des discussions sont en cours pour adapter les protocoles d’évaluation ».

En attendant, les patients jeunes atteints de cancer colorectal pourraient bénéficier d’un dépistage plus précoce, comme le suggère déjà la tendance américaine. Reste à savoir si les autorités européennes suivront cette voie.

Le glyphosate est un herbicide non sélectif utilisé depuis les années 1970 dans l’agriculture et l’entretien des espaces verts. Il est classé comme « cancérigène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) depuis 2015, bien que l’EFSA et d’autres agences estiment qu’il ne présente pas de risque avéré pour l’homme lorsqu’il est utilisé conformément aux instructions.

Pour l’instant, l’étude espagnole n’a pas conduit à une interdiction du glyphosate, mais elle pourrait accélérer la réévaluation en cours. L’EFSA a indiqué qu’elle « examinerait ces nouvelles données » lors de sa réunion de juin 2026. Aucune décision n’a encore été prise.