Une première médicale en Europe a été réalisée au CHU de Grenoble, où des médecins ont eu recours à une radiothérapie innovante pour traiter des patients atteints d’un cancer du pancréas non métastatique. Selon Franceinfo - Sciences, cette technique repose sur l’implantation de bâtonnets radioactifs au plus près de la tumeur, offrant une précision inédite dans la lutte contre cette maladie redoutable. Une approche qui pourrait transformer la prise en charge des patients, alors que le cancer du pancréas menace de devenir la deuxième cause de mortalité par cancer en France d’ici 2030.

Ce qu'il faut retenir

  • Première européenne d’une radiothérapie ciblée au CHU de Grenoble, utilisant des bâtonnets radioactifs en titane recouverts de radium 224.
  • La technique permet de délivrer une dose concentrée directement dans la tumeur, avec un impact minimal sur les organes sains.
  • Une étude clinique mondiale révèle que le Daraxonrasib, testé sur 460 patients, a permis de doubler la survie médiane (de 6,7 à 13,2 mois) après chimiothérapie.
  • Cette avancée pourrait réduire les traitements lourds et offrir aux patients des « pauses thérapeutiques » plus longues.
  • Le cancer du pancréas pourrait devenir la deuxième cause de mortalité par cancer en France d’ici 2030.

Une innovation européenne au CHU de Grenoble

Le service de gastro-entérologie du CHU de Grenoble a mené une première européenne en implantant, au plus près de la tumeur pancréatique, des bâtonnets radioactifs. Ces dispositifs en titane, recouverts de radium 224, sont positionnés avec une précision millimétrique — environ 3 à 4 millimètres d’intervalle — pour cibler exclusivement les cellules cancéreuses. Pierre-Yves Eyraud, gastro-entérologue au CHU, explique : « L’avantage des chondroscopies, c’est qu’on est très près de la tumeur. Dans le tube digestif, on est contre le pancréas. Donc, de façon très précise, on peut mettre ces sources qu’il faut rapprocher les unes des autres à peu près tous les 3-4 millimètres, de façon à faire le traitement global de toute la tumeur. »

Contrairement aux radiothérapies classiques, cette méthode limite fortement l’exposition des organes sains. Elle représente ainsi une alternative prometteuse aux traitements lourds comme la chimiothérapie, souvent mal tolérée par les patients. Gaël Roth, professeur en oncologie digestive, précise : « L’intérêt, c’est qu’en une seule procédure, on délivre une très forte dose dans la tumeur, en espérant pouvoir la faire diminuer. On peut peut-être avoir une très forte réponse au point de leur proposer une chirurgie ou au moins une pause thérapeutique la plus longue possible. »

Des résultats encourageants grâce au Daraxonrasib

Une étude clinique mondiale, rendue publique il y a quelques semaines, a testé l’efficacité d’un nouveau traitement, le Daraxonrasib. Menée sur 460 patients préalablement traités par chimiothérapie, cette étude a révélé une amélioration significative de la survie médiane : 13,2 mois contre 6,7 mois auparavant. Ces résultats, présentés par les chercheurs, laissent entrevoir un espoir concret pour les malades. Cindy Neuzillet, professeure en hépato-gastro-entérologie, souligne : « Potentiellement, le moment où on va avoir des douleurs, le moment où on va être davantage fatigué en lien avec la maladie. Donc c’est pour ça que c’est du temps en plus, et on l’espère dans des conditions favorables pour les patients. »

Si ces avancées suscitent un optimisme mesuré dans le corps médical, elles restent pour l’heure réservées aux cancers non métastatiques. Les équipes de recherche insistent sur la nécessité de poursuivre les essais cliniques pour valider ces résultats à plus grande échelle. Pierre-Yves Eyraud rappelle que « l’objectif n’est pas seulement d’allonger la durée de vie, mais aussi d’améliorer la qualité de vie des patients pendant cette période ».

Un enjeu de santé publique pressant

Le cancer du pancréas figure parmi les maladies les plus redoutées en oncologie, en raison de son taux de survie à cinq ans inférieur à 10 %. Selon les projections de l’Institut national du cancer, il pourrait devenir la deuxième cause de mortalité par cancer en France d’ici 2030, devançant même certains cancers actuellement plus meurtriers. Cette estimation alarmante s’explique par l’absence de symptômes précoces et la difficulté à établir un diagnostic rapide. Face à ce constat, les nouvelles thérapies ciblées, comme celle testée à Grenoble, représentent une lueur d’espoir pour les patients et les professionnels de santé.

Les associations de patients et les oncologues saluent ces innovations, tout en rappelant que la prévention et le dépistage restent des leviers essentiels. Gaël Roth insiste : « Même si ces avancées sont prometteuses, il est crucial de continuer à sensibiliser sur les facteurs de risque, comme le tabac, l’obésité ou la consommation excessive d’alcool, qui favorisent le développement de ce cancer. »

Et maintenant ?

Les équipes du CHU de Grenoble prévoient d’étendre cette technique à d’autres patients éligibles, tout en affinant les protocoles pour en maximiser l’efficacité. Parallèlement, les laboratoires pharmaceutiques impliqués dans l’étude du Daraxonrasib devraient soumettre leurs résultats aux autorités sanitaires dans les 12 à 18 prochains mois, afin d’obtenir une éventuelle autorisation de mise sur le marché. Si les autorisations sont délivrées, cette thérapie pourrait être proposée à une échelle plus large d’ici 2028. Reste à voir si ces avancées suffiront à inverser la tendance face à cette maladie redoutable.

Pour l’heure, les oncologues appellent à la prudence : si ces innovations marquent une étape importante, elles ne sauraient remplacer les stratégies globales de lutte contre le cancer du pancréas, incluant recherche, prévention et accompagnement des patients.