Avec une capacité de production électrique issue des énergies renouvelables qui ne cesse de progresser, la Chine se positionne comme un leader mondial de la transition énergétique. Pourtant, comme le rapporte Frandroid, le pays continue de miser massivement sur le charbon, principale source de pollution de son mix énergétique. Une stratégie paradoxale qui interroge sur les priorités réelles de Pékin.
Ce qu'il faut retenir
- La Chine représente plus de 50 % de la consommation mondiale de charbon, malgré son engagement en faveur des énergies renouvelables.
- En 2025, 1 400 gigawatts de capacité renouvelable étaient installés dans le pays, soit 35 % de son parc électrique total.
- Les centrales à charbon chinoises fonctionnent en moyenne à moins de 50 % de leur capacité, selon les dernières données officielles.
- Pékin a annoncé un objectif de neutralité carbone d’ici 2060, tout en construisant de nouvelles unités charbon.
Un géant des renouvelables… et du charbon
Avec près de 1 400 gigawatts de capacité renouvelable installée fin 2025, la Chine domine largement le classement mondial, devant les États-Unis et l’Union européenne. Selon les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), son parc éolien et solaire représente désormais 35 % de son mix électrique, un niveau inédit pour une grande puissance industrielle. Pourtant, cette avancée s’accompagne d’une réalité moins reluisante : le charbon reste le socle de sa production d’électricité, couvrant encore plus de 60 % de ses besoins.
D’après Frandroid, cette dualité s’explique en partie par la volonté de Pékin de garantir une stabilité énergétique, indispensable à sa croissance économique. Les centrales à charbon, bien que polluantes, offrent une production constante, contrairement aux énergies renouvelables, intermittentes par nature. « La transition doit être progressive, sans mettre en péril la sécurité énergétique », a expliqué un porte-parole du ministère chinois de l’Énergie en mars 2026.
Des centrales sous-utilisées, mais toujours indispensables
Malgré l’essor des renouvelables, le parc charbon chinois reste massivement sous-exploité. Les données officielles indiquent que les centrales fonctionnent en moyenne à moins de 50 % de leur capacité, un chiffre qui reflète à la fois la saturation du réseau et la priorité accordée aux sources intermittentes. Pourtant, Pékin continue de construire de nouvelles unités, avec plus de 50 gigawatts de nouvelles capacités prévues d’ici 2027, selon l’ONG Global Energy Monitor.
Cette situation s’inscrit dans un contexte où la demande électrique chinoise reste soutenue, tirée par une industrie lourde encore très gourmande en énergie. « Le charbon reste le garant de notre indépendance énergétique », a rappelé le président Xi Jinping lors du dernier sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC) en novembre 2025. Une déclaration qui résume la ligne officielle : concilier transition verte et maintien de la souveraineté industrielle.
Un paradoxe coûteux pour le climat
Sur le papier, la Chine a toutes les cartes en main pour accélérer sa décarbonation. Son parc solaire et éolien est déjà le plus vaste au monde, et ses investissements dans les technologies vertes – batteries, hydrogène, nucléaire – battent des records. Pourtant, ses émissions de CO₂ restent parmi les plus élevées, avec 12 gigatonnes rejetées en 2025, soit près d’un tiers du total mondial. Frandroid souligne que ce paradoxe s’explique en grande partie par la lenteur du remplacement du charbon, malgré les annonces gouvernementales.
Les experts s’interrogent sur la viabilité à long terme de cette stratégie. « À ce rythme, la Chine ne pourra pas atteindre ses objectifs de neutralité carbone d’ici 2060 sans un effort bien plus ambitieux de sortie du charbon », a averti le climatologue Li Shuo, chercheur à Greenpeace Asie. Une sortie progressive, mais nécessaire, qui se heurte aux réalités économiques et sociales du pays.
Si cette stratégie chinoise interroge, elle reflète aussi les défis auxquels font face tous les grands pays en transition énergétique. Entre urgence climatique et réalités économiques, le chemin vers la neutralité carbone s’annonce semé d’embûches.
Principalement pour des raisons de sécurité énergétique. Le charbon reste la source la plus stable pour alimenter une industrie lourde encore très énergivore. De plus, le réseau électrique chinois peine à absorber toute la production intermittente des renouvelables, obligeant les autorités à maintenir un équilibre entre les deux sources.