En 1620, les colons britanniques puritains débarqués à Plymouth, sur la côte nord-est de l’Amérique, firent une rencontre inattendue. Selon Courrier International, des représentants de la colonie hollandaise de La Nouvelle-Amsterdam, située à l’extrémité sud de l’actuel Manhattan, parcoururent quelque 300 kilomètres pour les rejoindre. Cette visite, rapportée par des archives historiques et analysée par des historiens contemporains, révèle un chapitre méconnu de l’histoire coloniale américaine, où les « deux cents premiers » Hollandais jouèrent un rôle bien plus important qu’on ne le pense souvent dans la genèse de New York.
Ce qu'il faut retenir
- En 1620, des Hollandais de La Nouvelle-Amsterdam (futur New York) rendent visite aux puritains de Plymouth, installés 300 km plus au nord-est.
- Les puritains britanniques avaient fui l’Angleterre puis la Hollande pour échapper aux persécutions religieuses avant de s’installer à Plymouth.
- À leur arrivée, les Hollandais découvrent un établissement puritain prospère, contrastant avec leur colonie de La Nouvelle-Amsterdam, alors un simple marécage équipé d’un fort inachevé et de huttes rudimentaires.
- La population de La Nouvelle-Amsterdam était déjà un melting-pot, incluant des marchands, des artisans et des exclus de toute l’Europe.
Des puritains britanniques en quête de liberté religieuse
L’histoire commence bien avant 1620. En 1608, un groupe de puritains britanniques, adeptes d’une forme stricte de protestantisme, quitte l’Angleterre pour la Hollande. Selon Courrier International, ils fuient d’abord les persécutions politiques, puis les querelles théologiques qui divisent les communautés protestantes. Après une décennie passée à Leyde, où ils bénéficient d’une relative liberté religieuse, une partie de ce groupe décide de tenter sa chance en Amérique. En 1620, à bord du célèbre Mayflower, ils débarquent à Plymouth, dans l’actuel Massachusetts, et fondent une colonie basée sur des principes moraux et religieux stricts.
Pour ces puritains, la vie à Plymouth représente une forme d’aboutissement. Autant dire qu’ils y mettent en place une société organisée selon leurs valeurs : tenue vestimentaire irréprochable, discipline collective et rejet des excès. Leur établissement, avec ses maisons en bois robustes et son organisation communautaire, contraste fortement avec ce qu’ils découvrent ailleurs en Nouvelle-Angleterre.
La Nouvelle-Amsterdam, une colonie en devenir
De leur côté, les Hollandais ne restent pas inactifs. Leur colonie de La Nouvelle-Amsterdam, fondée en 1624 sur l’île de Manhattan, est alors en pleine construction. Selon Courrier International, elle est loin de ressembler à la mégalopole que New York deviendra plus tard. Le site, décrit comme un « misérable marécage », abrite principalement un fort à moitié achevé et quelques huttes d’écorce. Pourtant, cette colonie, administrée par la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, attire déjà une population hétéroclite.
La Nouvelle-Amsterdam n’est pas une terre de puritains, mais un carrefour commercial où se côtoient marchands flamands, artisans français, colons allemands et même des esclaves africains. L’historienne américaine Sherill Tippins, citée par Courrier International, souligne que cette diversité en fait un lieu bien plus animé que les colonies puritaines du Nord. Les visiteurs hollandais, habitués aux rues animées d’Amsterdam, y voient un potentiel qu’ils ne retrouvent pas dans leur propre établissement.
Un choc culturel et une rivalité coloniale
La rencontre entre les deux groupes est révélatrice des dynamiques coloniales de l’époque. D’un côté, les puritains de Plymouth, fiers de leur discipline et de leur organisation, incarnent une certaine idée de la rigueur religieuse. De l’autre, les Hollandais de La Nouvelle-Amsterdam, bien que moins stricts sur le plan moral, bénéficient d’un avantage stratégique : leur position centrale dans le commerce des fourrures et des échanges avec les populations autochtones.
Selon les archives historiques rapportées par Courrier International, les visiteurs hollandais repartent avec une impression mitigée. D’un côté, ils admirent l’ordre et la moralité des puritains. De l’autre, ils mesurent l’écart entre leur colonie, encore en construction, et l’organisation solide de Plymouth. Ce contraste, loin d’être anodin, préfigure la future domination de New York sur la région. En 1664, les Anglais prendront le contrôle de La Nouvelle-Amsterdam et la rebaptiseront New York, marquant le début de son ascension comme capitale économique des colonies américaines.
Un héritage souvent sous-estimé
Si l’histoire de Plymouth et des pèlerins du Mayflower est bien connue, celle de La Nouvelle-Amsterdam et de ses habitants l’est beaucoup moins. Pourtant, selon Courrier International, les Hollandais ont joué un rôle clé dans l’émergence de New York. Leur colonie, bien que modeste à l’origine, était déjà un centre de commerce et de diversité culturelle. Leur défaite face aux Anglais en 1664 n’a pas effacé leur influence, qui se ressent encore aujourd’hui dans l’architecture, les noms de rues et la culture new-yorkaise.
Le contraste entre les deux colonies illustre également les tensions de l’époque. Les puritains, en quête de perfection morale, ont construit une société fermée et rigide. Les Hollandais, pragmatiques, ont privilégié le commerce et la diversité, posant les bases d’une ville ouverte sur le monde. Autant dire que cette rencontre de 1620 entre marginaux hollandais et puritains britanniques a, sans le vouloir, façonné une partie de l’identité américaine.
L’histoire des « deux cents premiers » Hollandais et des puritains de Plymouth rappelle une vérité souvent oubliée : le destin des nations se joue parfois dans des rencontres inattendues, entre marginaux et visionnaires, entre rigueur et pragmatisme.
Les puritains britanniques ont quitté la Hollande en 1620 principalement pour échapper aux persécutions religieuses et politiques en Angleterre, puis aux tensions théologiques en Hollande. Après une décennie à Leyde, où ils bénéficiaient d’une relative liberté religieuse, une partie du groupe a choisi de s’installer en Amérique pour fonder une colonie basée sur leurs principes moraux stricts, selon Courrier International.