Le congrès du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui s’est tenu les 4 et 5 juillet à Erfurt, en Thuringe, a mobilisé les autorités policières au plus haut niveau, selon Euronews FR. Les forces de l’ordre anticipent un déploiement massif de 60 000 manifestants, avec le risque de violences et de blocages autour du parc des expositions où se déroule l’événement. Des documents internes, cités par Focus Online, évoquent même un « scénario apocalyptique » pour décrire la situation.

Ce qu'il faut retenir

  • 60 000 manifestants attendus à Erfurt les 4 et 5 juillet, dont une partie pourrait recourir à la violence, selon la police de Thuringe.
  • L’AfD organise un congrès décisif avec la réélection probable de ses coprésidents Alice Weidel et Tino Chrupalla, tandis que l’aile ultra-droitière renforce son influence.
  • Des organisations comme l’alliance « widersetzen » prévoient des sit-in pour perturber les débats, avec la participation annoncée de la militante climatique Luisa Neubauer.
  • Le ministre de l’Intérieur de Thuringe, Georg Maier (SPD), a garanti le respect du droit de manifestation pour tous, rejetant les craintes de « situations proches de la guerre civile » exprimées par Björn Höcke, chef de file de l’extrême droite au sein de l’AfD.
  • Plusieurs figures radicales de l’AfD, comme Jean-Pascal Hohm ou Dennis Hohloch, brigueront des postes à la direction fédérale lors de ce congrès.

Un déploiement policier exceptionnel face à l’ampleur des manifestations

La police de Thuringe a indiqué s’attendre à un afflux de jusqu’à 60 000 manifestants, un chiffre qui reflète l’ampleur des mobilisations prévues contre le congrès de l’AfD. Selon des informations rapportées par Focus Online, des groupes radicaux pourraient tenter de « se dégager des zones de blocage » et de s’approcher du parc des expositions, lieu de l’événement. Plusieurs milliers de policiers devraient être déployés pour encadrer la situation et éviter tout débordement.

Pourtant, la majorité des manifestants proviendraient des milieux étudiants et de la société civile, des milieux où l’expérience des affrontements violents ou du franchissement des barrières policières reste limitée. Les organisateurs des mobilisations, comme l’alliance nationale « widersetzen », prévoient des actions symboliques, telles que des sit-in, pour entraver le déroulement du congrès. Parmi eux, la militante climatique Luisa Neubauer a confirmé sa participation, affirmant vouloir « retarder le plus possible » les travaux du parti.

Un congrès sous haute tension politique et symbolique

Ce rassemblement de l’AfD à Erfurt prend une dimension particulière, puisque la ville voisine de Weimar a accueilli en 1926 un congrès historique du NSDAP, le parti nazi. Les partis d’opposition, comme les Verts, Die Linke et le SPD, ont appelé à manifester pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « politique d’extrême droite » de l’AfD. Dans un message publié sur Instagram, le SPD a souligné que « l’AfD ne mise pas seulement sur des symboles d’extrême droite, elle défend aussi une politique d’extrême droite », en référence à une expertise récente de la Gesellschaft für Freiheitsrechte, qui considère le parti comme « manifestement anticonstitutionnel ».

Cette analyse rejoint les conclusions des services de protection de la Constitution allemands, qui classent plusieurs figures de l’AfD parmi les extrémistes. C’est notamment le cas de Björn Höcke, président de la section thuringienne de l’AfD, dont les propos sur d’éventuelles « situations proches de la guerre civile » ont été rejetés par le ministre de l’Intérieur de Thuringe. Georg Maier (SPD) a réaffirmé que la police garantirait le droit de réunion, tant pour le congrès que pour les manifestations pacifiques, tout en appelant au calme.

L’aile radicale de l’AfD renforce son emprise avant les élections

Alors que les coprésidents de l’AfD, Alice Weidel et Tino Chrupalla, devraient être réélus sans difficulté lors de ce congrès, l’aile la plus conservatrice et ultra-droitière du parti cherche à consolider son influence. Plusieurs membres d’extrême droite, comme Jean-Pascal Hohm, ont annoncé leur candidature aux postes du comité directeur fédéral. Hohm, qui dirige l’organisation de jeunesse « Generation Deutschland » – créée en novembre 2025 – et bénéficie du soutien de Höcke, pourrait ainsi jouer un rôle clé dans la stratégie future du parti.

D’autres figures radicales, telles que Dennis Hohloch, déjà membre du comité directeur, ou Hannes Gnauck, ont également annoncé leur intention de briguer des fonctions au sein de la direction fédérale. Même Stefan Möller, issu de la branche thuringienne de l’AfD, classée comme extrémiste par les services de renseignement, pourrait briguer un poste. Ces candidatures illustrent une volonté de l’extrême droite au sein du parti de s’imposer davantage dans les instances décisionnelles, à quelques mois des prochaines élections fédérales.

« Le 4 juillet, l’AfD tient son congrès à Erfurt – exactement 100 ans après le congrès du parti de Hitler et de son NSDAP dans la voisine Weimar. Mais l’AfD ne mise pas seulement sur des symboles d’extrême droite, elle défend aussi une politique d’extrême droite. »
– Message du SPD sur Instagram, repris par Euronews FR

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour l’AfD, qui pourrait officialiser sa stratégie avant les élections fédérales de 2026. La mobilisation des opposants, soutenue par des figures médiatiques comme Luisa Neubauer, pourrait influencer la perception publique du parti. Pour autant, le ministre de l’Intérieur de Thuringe a d’ores et déjà prévenu que toute tentative de perturbation serait contenue par les forces de l’ordre. Reste à voir si ce congrès marquera un tournant pour l’AfD ou s’il renforcera les divisions au sein du parti et de la société allemande.

Dans les prochains jours, les regards se tourneront également vers les décisions du service de protection de la Constitution, qui pourrait réévaluer son classement de l’AfD comme parti « anticonstitutionnel ». Une telle décision aurait des répercussions majeures sur la vie politique allemande, alors que le parti continue de progresser dans les sondages.