D’après Euronews FR, la croissance économique de la zone euro marque le pas au premier trimestre 2026. Selon la deuxième estimation publiée par Eurostat le mercredi 13 mai, le produit intérieur brut (PIB) de la zone a progressé de seulement 0,1 % par rapport au trimestre précédent et de 0,8 % en glissement annuel. Un résultat en net retrait par rapport aux 1,3 % enregistrés au quatrième trimestre 2025, plaçant l’ensemble de la région à près d’un point de pourcentage sous son niveau de début d’année.

L’Union européenne dans son ensemble affiche une performance légèrement supérieure, avec une croissance de 0,2 % sur un trimestre et de 1,0 % sur un an. Ces chiffres restent toutefois bien en deçà de ceux des États-Unis, où le PIB a enregistré une progression de 2,7 % en glissement annuel sur la même période. Derrière ce ralentissement généralisé, trois économies se distinguent : Chypre (3,0 % de croissance annuelle), la Bulgarie (2,9 %) et l’Espagne (2,7 %).

Ce qu'il faut retenir

  • Le PIB de la zone euro progresse de 0,8 % en glissement annuel au T1 2026, contre 1,3 % au T4 2025, selon Eurostat.
  • Chypre affiche la croissance la plus forte (3,0 %), suivie de la Bulgarie (2,9 %) et de l’Espagne (2,7 %).
  • L’Espagne est la seule grande économie de la zone euro à rivaliser avec les États-Unis en termes de rythme de croissance.
  • La Bulgarie a adopté l’euro le 1er janvier 2026, devenant le 21e membre de la zone euro.
  • Les trois pays leaders font face à des défis distincts : tensions inflationnistes à Chypre, surchauffe économique en Bulgarie et risques géopolitiques en Espagne.

Une croissance atone pour la zone euro, contrastant avec les performances des périphéries

La croissance de 0,8 % en glissement annuel pour la zone euro au premier trimestre 2026 reflète une dynamique décevante. Le ralentissement est particulièrement marqué par rapport à la fin d’année 2025, où le PIB avait progressé de 1,3 % sur un an. L’ensemble de l’Union européenne, avec 1,0 % de croissance, ne fait guère mieux, confirmant un essoufflement généralisé du continent face aux économies américaine et asiatique.

Cependant, trois États membres se détachent clairement du lot. Chypre, la Bulgarie et l’Espagne affichent des rythmes de croissance plus de trois fois supérieurs à la moyenne européenne. Leur succès s’explique par des facteurs structurels et conjoncturels, mais chacun de ces pays doit désormais composer avec des vulnérabilités spécifiques.

Chypre : une croissance record fragilisée par les tensions géopolitiques

Avec une croissance de 3,0 % en glissement annuel au premier trimestre 2026, Chypre caracole en tête des performances économiques européennes. Ce résultat, bien qu’en léger ralentissement par rapport aux 4,3 % du trimestre précédent, reste le plus élevé de l’UE parmi les pays ayant publié leurs données. Selon les prévisions de la Commission européenne publiées à l’automne 2025, le PIB chypriote devrait progresser de 2,6 % en 2026 et de 2,4 % en 2027, des chiffres bien au-dessus de la moyenne de la zone euro.

Cette dynamique s’appuie sur une consommation privée robuste, un rebond des investissements soutenus par les fonds du Mécanisme pour la reprise et la résilience, ainsi qu’une saison touristique exceptionnelle. Pourtant, l’environnement extérieur se dégrade rapidement. Michail Vassileiadis, économiste chez Eurobank, souligne que « le retour des tensions sur les prix de l’énergie, lié au conflit au Moyen-Orient, met désormais à l’épreuve l’inflation, le marché du travail et la politique budgétaire ».

L’inflation a bondi de 0,9 % en février à 3,0 % en avril 2026, avec une hausse de 8,7 % des prix de l’énergie sur un an. Le secteur touristique, qui représente 14 % du PIB, subit de plein fouet les conséquences des attaques de drones iraniennes contre des bases britanniques sur l’île en mars. Les arrivées de touristes ont chuté de 30 % ce mois-là, entraînant une contraction trimestrielle du secteur pour la première fois depuis le premier trimestre 2021, marqué par la pandémie.

« Le nombre de chômeurs dans l’hébergement a augmenté de 2,6 % sur les quatre premiers mois de l’année par rapport à 2025, alors que le chômage global ne progressait que de 0,1 % », a précisé Vassileiadis.

Malgré ces défis, les finances publiques restent solides. Les administrations publiques ont dégagé un excédent de 573,3 millions d’euros au premier trimestre 2026, soit 1,5 % du PIB, offrant à Nicosie une marge de manœuvre pour soutenir l’activité sans compromettre sa soutenabilité.

Bulgarie : l’adoption de l’euro en janvier 2026, un pari économique sous haute tension

La Bulgarie a rejoint la zone euro le 1er janvier 2026, devenant le 21e membre de l’union monétaire. Au premier trimestre, son économie a enregistré une croissance de 2,9 % en glissement annuel, confirmant son statut de deuxième économie la plus dynamique de l’UE. Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, avait salué cette adhésion comme « l’aboutissement naturel d’un long processus de convergence ».

En effet, 65 % des exportations bulgares sont déjà destinées à d’autres pays de l’UE, dont 45 % vers la zone euro. L’industrie automobile, en particulier, fournit 80 % des composants électroniques utilisés dans les véhicules européens. Les prévisions de la Commission européenne tablaient sur une croissance de 2,7 % en 2026 et de 2,1 % en 2027, portée par les fonds européens, les dépenses de défense et une consommation privée résiliente.

Pourtant, les mises en garde se multiplient. Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI et Bulgare, a alerté en novembre 2025 sur une « économie en surchauffe », caractérisée par des salaires augmentant plus vite que la productivité, un boom du crédit et une flambée des prix de l’immobilier. Le déficit public a atteint 3,5 % du PIB en 2025, dépassant le seuil de 3,0 % qui déclenche un examen de la Commission européenne. Les dépenses primaires ont augmenté de 13 % à 14 % sur un an, bien au-delà du plafond de 6,2 % prévu dans le plan budgétaire à moyen terme.

« Une part significative de cette hausse semble de nature structurelle, notamment pour les dépenses de personnel, ce qui augmenterait la probabilité d’une procédure de déficit excessif à partir de 2027 », a indiqué Eurobank Research.

Le déficit des administrations publiques a bondi de 55,2 % sur un an au premier trimestre 2026, et l’inflation a atteint 6,2 % en avril, le niveau le plus élevé de l’UE. Les prix de l’énergie ont grimpé de 16,1 %, tandis que l’inflation des services a atteint 8,3 %. Le contexte politique s’est également tendu : le parti Bulgarie progressiste (PB), associé à l’ancien président Roumen Radev, a obtenu une majorité absolue au Parlement avec 131 sièges sur 240.

Espagne : la locomotive du Sud européen face aux défis structurels

Parmi les quatre principales économies de la zone euro, l’Espagne se distingue une nouvelle fois comme la plus dynamique. Selon l’Institut national de la statistique (INE), son PIB a progressé de 0,6 % sur un trimestre et de 2,7 % en glissement annuel au premier trimestre 2026, en légère accélération par rapport aux 2,6 % du trimestre précédent. Ce rythme place l’Espagne au niveau des États-Unis, loin devant l’Allemagne (0,3 %), la France (1,1 %) et l’Italie (0,7 %).

La croissance espagnole repose principalement sur la demande intérieure, qui a contribué à hauteur de 3,4 points de pourcentage à l’expansion annuelle du PIB. La consommation des ménages a progressé de 3,2 %, tandis que la formation brute de capital a augmenté de 5,8 %. En revanche, la demande extérieure a retranché 0,7 point, les importations progressant plus vite que les exportations. BBVA Research estime que le PIB espagnol a crû de 2,8 % en 2025 et prévoit une croissance de 2,4 % en 2026 et 2027.

Cette performance s’explique par le déploiement des fonds Next Generation EU, une immigration soutenue qui élargit l’offre de travail, ainsi que par la hausse des investissements dans la défense et les infrastructures. Le taux de chômage est tombé à 10,5 %, son plus bas niveau depuis 2008. Cependant, BBVA Research relève plusieurs faiblesses structurelles : la productivité par personne employée stagne depuis 2019, l’offre de logements est insuffisante face à la demande, et la dette publique approche 100 % du PIB. De plus, la montée des risques géopolitiques pourrait réduire le PIB de 0,2 point en 2026 et ajouter 0,3 point à l’inflation moyenne, en raison de la hausse des prix de l’énergie.

D’autres économies à surveiller : la Hongrie et la Finlande en tête des surprises

Si Chypre, la Bulgarie et l’Espagne dominent le classement, d’autres pays ont affiché des performances remarquables au premier trimestre 2026. La Hongrie a enregistré la plus forte progression trimestrielle parmi les grandes économies, avec une hausse de 0,8 % sur un trimestre et de 1,7 % sur un an. La Finlande a également créé la surprise avec une croissance de 0,9 % sur un trimestre et de 1,3 % sur un an.

Certaines économies d’Europe centrale et orientale, comme la Pologne et la Croatie, n’ont pas encore publié leurs chiffres du premier trimestre. Pourtant, ING s’attend à ce que le PIB polonais progresse de 3,6 % à 3,8 % sur un an au premier trimestre 2026, avec une croissance annuelle prévue de 3,7 %, bien au-dessus de la trajectoire de la zone euro. Pour l’heure, la carte de la croissance européenne en 2026 semble se redessiner autour des périphéries méridionale et orientale, plutôt que du cœur industriel traditionnel du bloc.

Et maintenant ?

Les perspectives économiques pour le reste de l’année 2026 dépendront largement de l’évolution des tensions géopolitiques et de leur impact sur les prix de l’énergie. Pour Chypre, la capacité à stabiliser son secteur touristique et à maîtriser l’inflation sera déterminante. La Bulgarie devra, quant à elle, trouver un équilibre entre relance économique et discipline budgétaire pour éviter une procédure de déficit excessif. Enfin, l’Espagne devra relever le défi de la productivité et de la dette publique pour pérenniser sa croissance. Les prochaines publications d’Eurostat, prévues pour les mois à venir, permettront de préciser ces tendances.

En conclusion, si la zone euro peine à retrouver une dynamique forte, les performances de ses périphéries montrent que la croissance européenne reste inégale. Les défis structurels et externes auxquels font face Chypre, la Bulgarie et l’Espagne rappellent que les chiffres de croissance ne suffisent pas à garantir une prospérité durable.

La croissance de la zone euro est affaiblie par un ralentissement généralisé, avec une progression de seulement 0,8 % en glissement annuel au premier trimestre 2026. Plusieurs facteurs expliquent cette faiblesse : un environnement géopolitique tendu (conflits au Moyen-Orient, tensions commerciales), une inflation persistante qui pèse sur le pouvoir d’achat, et des politiques budgétaires restrictives dans certains pays. De plus, la demande extérieure reste atone, limitant les exportations.