Selon Franceinfo - Santé, les délais pour obtenir un rendez-vous chez un cardiologue ou un dermatologue restent les plus longs en médecine libérale en 2026. Avec des attentes médianes de 42 jours pour la cardiologie et 32 jours pour la dermatologie, ces spécialités confirment une tension persistante déjà observée en 2023. Ces chiffres proviennent d’une étude Doctolib menée pour le réseau ICI, publiée ce mardi 19 mai 2026, qui dresse une carte de France de l’accès aux soins en fonction des professions.
Ce qu'il faut retenir
- 42 jours d’attente médiane pour un rendez-vous en cardiologie, soit le délai le plus long parmi les spécialités étudiées.
- 32 jours en dermatologie, et 21 jours en ophtalmologie, avec plus de 70 % des rendez-vous obtenus au-delà de sept jours dans ces disciplines.
- En cardiologie, seuls 8 % des créneaux sont disponibles sous 48 heures, contre 39 % en médecine générale.
- Des écarts départementaux majeurs : 164 jours d’attente pour un cardiologue dans le Gers, contre 16 jours à Paris.
- 63 % des Français ont renoncé à chercher un rendez-vous dans l’année écoulée, souvent par manque de créneaux ou de disponibilités.
- La téléconsultation réduit les délais à 0,9 jour en médecine générale, mais reste marginale dans la plupart des spécialités.
Des délais stables, mais une situation toujours tendue
L’étude, basée sur plus de 234 millions de consultations réalisées en 2025 auprès de 80 000 praticiens libéraux utilisant Doctolib, couvre dix professions de santé. Parmi elles, quatre spécialités (ophtalmologie, dermatologie, gynécologie et chirurgie dentaire) voient leurs délais s’améliorer depuis 2023, tandis que quatre autres (pédiatrie, sages-femmes, cardiologie et psychiatrie) enregistrent une dégradation. La médecine générale et la kinésithérapie, quant à elles, restent stables.
Les délais médians varient fortement selon les spécialités. En médecine générale, il faut compter 3 jours d’attente, contre 6 jours pour les kinésithérapeutes et 8 jours pour les pédiatres. Les chirurgiens-dentistes, avec 10 jours, ferment la marche des professions de premier recours. Côté spécialités, après la cardiologie (42 jours) et la dermatologie (32 jours), les ophtalmologues arrivent en troisième position avec 21 jours. Seule l’ophtalmologie a vu son délai médian divisé par deux depuis 2017 (de 43 à 21 jours), grâce à l’organisation de la filière visuelle et au travail aidé, utilisé par 85 % des praticiens.
Des disparités territoriales qui s’aggravent
L’accès aux soins en France reste inégal, avec des écarts départementaux parfois spectaculaires. En cardiologie, le délai varie de 16 jours à Paris à 164 jours dans le Gers, soit un rapport de 1 à 10. En ophtalmologie, l’écart est encore plus marqué : 5 jours en Seine-Saint-Denis contre 153 jours dans le Gers, un rapport de 1 à 30. Pour la dermatologie, le délai oscille entre 7 jours en Savoie et 90 jours dans l’Aisne.
« Ces inégalités ne se résument pas à une opposition urbain-rural, précise l’étude. Elles dessinent des géographies spécifiques à chaque profession : un arc de tension de l’Occitanie au sud du Massif central en cardiologie, une fracture ouest-centre en ophtalmologie, ou encore des tensions dans le Nord et le Centre-Est en dermatologie. » Seule constante : l’Île-de-France, notamment la petite couronne, conserve les délais les plus courts pour la quasi-totalité des spécialités.
Les urgences sous tension et le renoncement aux soins
Les consultations d’urgence, définies comme des rendez-vous obtenus en moins de 48 heures, restent fragiles. Elles sont possibles pour 39 % des créneaux en médecine générale et 37 % en pédiatrie, mais seulement pour 8 % en cardiologie et 12 % en dermatologie. Parallèlement, la part des rendez-vous obtenus au-delà de sept jours progresse : elle atteint 35 % en médecine générale (+3 points depuis 2023) et concerne 47 % des départements.
Le renoncement aux soins touche une part importante de la population. 63 % des répondants déclarent avoir abandonné leur recherche de rendez-vous dans les douze derniers mois, principalement en raison de l’incompatibilité des horaires (45 %) ou de l’absence de créneaux disponibles (35 %). Contrairement aux idées reçues, ce phénomène n’est pas concentré chez les publics précaires : 71 % des cadres et 75 % des 25-34 ans y sont confrontés. Les ouvriers (63 %) et les personnes sans activité (63 %) suivent de près. Résultat, un patient sur quatre se rend aux urgences faute de rendez-vous accessible en ligne.
« Un patient sur quatre s’est rendu aux urgences, faute de rendez-vous en ligne. » — Extrait de l’étude Doctolib pour le réseau ICI
La téléconsultation, une solution partielle mais limitée
La téléconsultation apparaît comme un levier pour réduire les délais, notamment en médecine générale (0,9 jour d’attente médiane) et en dermatologie (3,8 jours). En médecine générale et en pédiatrie, plus de 60 % des téléconsultations sont obtenues en moins de 48 heures. Pourtant, cette pratique reste marginale dans la plupart des spécialités : elle représente moins de 3 % de l’activité, à l’exception de la psychiatrie et de la médecine générale.
L’étude souligne que les résultats mesurent uniquement les rendez-vous effectivement réalisés via Doctolib. Ils ne prennent donc pas en compte les recherches infructueuses, les refus de nouveaux patients, ou le renoncement pur et simple aux soins. Autant dire que la situation réelle pourrait être encore plus dégradée que ne le suggèrent les chiffres présentés.
L’accès aux soins en France reste donc un enjeu majeur, marqué par des disparités territoriales persistantes et une pression accrue sur les spécialités les plus sollicitées. Sans changement structurel, les délais continueront de peser sur les patients, avec des conséquences directes sur l’utilisation des urgences et le renoncement aux soins.
D’après l’étude, la pédiatrie, les sages-femmes, la cardiologie et la psychiatrie voient leurs délais d’attente augmenter d’un jour chacune entre 2023 et 2025.
L’étude attribue cette amélioration principalement au travail aidé (utilisé par 85 % des praticiens) et à la réorganisation de la filière visuelle.