Le détroit d’Ormuz, autrefois prisé pour ses paysages et son attractivité touristique, est aujourd’hui au cœur des tensions régionales. Selon France 24, cette zone stratégique, qui relie le golfe Persique au golfe d’Oman, est devenue le théâtre d’un conflit aux multiples ramifications, paralysant durablement son économie locale. Le récit de Marc Paupe, Charlotte Lam et Ali al-Basha, diffusé ce 11 mai 2026, met en lumière une région déchirée entre la nécessité de survivre et la résilience de ses habitants.

Ce qu’il faut retenir

  • Le détroit d’Ormuz, passage maritime essentiel pour le transport d’hydrocarbures, est aujourd’hui au cœur d’un conflit armé paralysant son activité touristique.
  • Malgré les risques persistants, une partie des habitants refuse de quitter la région, malgré l’effondrement du tourisme.
  • Le détroit représente 20 % du trafic pétrolier mondial et une route commerciale majeure, ce qui en fait un enjeu géostratégique clé.
  • Les autorités locales tentent de maintenir une présence symbolique, mais l’insécurité croissante a vidé les infrastructures touristiques.

Un bastion touristique devenu zone de guerre

Avant l’escalade des tensions, le détroit d’Ormuz attirait des visiteurs du monde entier, séduits par ses plages, ses forts historiques et sa biodiversité marine. D’après les observations de France 24, les îles de la région, comme Qeshm ou Hormuz, figuraient parmi les destinations phares du Moyen-Orient, avec des infrastructures hôtelières développées et une vie culturelle animée. Pourtant, depuis le début des hostilités il y a trois ans, les bateaux de croisière évitent désormais la zone, tandis que les vols vers les aéroports régionaux se font de plus en plus rares.

Les compagnies maritimes internationales ont suspendu leurs escales dans les ports d’Ormuz et de Bandar Abbas, et les excursions vers les sites naturels ou archéologiques sont désormais considérées comme trop risquées. « Les touristes qui venaient ici cherchaient l’exotisme et l’aventure, mais aujourd’hui, personne ne veut prendre le risque de se retrouver au cœur d’un affrontement », explique un guide local cité par Marc Paupe. Les quelques agences encore en activité se reconvertissent dans le transport de marchandises ou l’évacuation des civils.

La résilience d’une population acculée

Malgré l’effondrement du secteur touristique et la menace permanente des combats, une partie des habitants refuse de partir. Les pêcheurs continuent de prendre la mer, bien que leurs prises aient diminué de 60 % en trois ans, selon des estimations locales rapportées par Charlotte Lam. Les marchés regorgent encore de produits locaux, mais les prix ont flambé en raison des pénuries et des restrictions logistiques.

« Nous n’avons pas le choix. Où irions-nous ? Notre vie est ici, nos ancêtres y sont enterrés. On s’accroche à l’espoir que cette guerre finira un jour », confie un habitant de l’île de Qeshm, dont le témoignage est recueilli par Ali al-Basha. Les infrastructures médicales, autrefois soutenues par les revenus du tourisme, sont aujourd’hui maintenues à bout de bras par des ONG internationales. Les écoles, quant à elles, fonctionnent au ralenti, avec des coupures d’électricité quotidiennes et un manque criant de matériel pédagogique.

Un enjeu géostratégique qui dépasse le tourisme

Le détroit d’Ormuz n’est pas seulement un symbole du tourisme perdu : il représente un tiers du trafic pétrolier mondial, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie. Son contrôle est donc un objectif majeur pour les belligérants, ce qui explique l’intensification des frappes et des blocus ces derniers mois. En avril 2026, une attaque contre un pétrolier saoudien a provoqué une nouvelle montée des tensions, entraînant la fermeture temporaire du détroit à tout trafic non essentiel.

Les pays riverains, comme l’Iran et les Émirats arabes unis, tentent de maintenir un semblant de normalité. Téhéran a récemment annoncé la réouverture partielle de son espace aérien pour les vols cargo, mais les compagnies internationales restent méfiantes. « Le risque d’escalade est réel. Personne ne veut être le premier à reprendre une activité normale, de peur de devenir une cible », souligne un analyste basé à Dubaï, interrogé par France 24.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives pour la région. Plusieurs sources diplomatiques évoquent des négociations secrètes en cours sous l’égide de l’ONU, visant à établir une zone démilitarisée autour du détroit. Un sommet régional est prévu à Oman en juin 2026, mais son issue reste incertaine. Pendant ce temps, les habitants continuent de s’accrocher à leur quotidien, dans l’attente d’un hypothétique retour à la paix.

Pour l’heure, le tourisme à Ormuz reste un mirage. Les quelques visiteurs encore présents sont des journalistes, des humanitaires ou des représentants d’ONG, venus documenter la crise ou apporter une aide d’urgence. Les infrastructures, jadis flambant neuves, se dégradent peu à peu, rongées par le sel et l’abandon.

Les seules destinations accessibles dans la région se situent désormais en Oman, notamment dans les villes de Muscat ou Salalah, où le tourisme reste modéré mais sécurisé. Certains voyagistes proposent des circuits en mer Rouge ou dans le golfe d’Aden, bien que ces options restent marginales en raison des risques persistants.