La sociologue Eva Illouz publie « Le Futur des émotions », un essai où elle décrypte comment les géants technologiques transforment nos affects en données monétisables. Selon Libération, cette analyse éclaire sous un jour nouveau le fonctionnement des plateformes numériques et de l’intelligence artificielle, dont l’accélération actuelle semble échapper à tout contrôle réglementaire.

Ce qu'il faut retenir

  • Eva Illouz publie « Le Futur des émotions », un essai analysant la transformation des émotions en données exploitables par les géants technologiques.
  • La sociologue explique comment le techno-capitalisme récupère et rentabilise nos affects via les données collectées par les plateformes numériques.
  • Son analyse met en lumière le rôle central de l’intelligence artificielle dans ce processus, alors que son développement semble déjà hors de contrôle.
  • L’ouvrage propose un diagnostic précieux pour comprendre les mécanismes de captation et de monétisation des émotions par les acteurs technologiques.

Une sociologue face aux mutations du capitalisme numérique

Professeure de sociologie à l’Université hébraïque de Jérusalem et directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Eva Illouz est une figure reconnue de l’analyse des émotions dans les sociétés contemporaines. Dans « Le Futur des émotions », elle explore comment le capitalisme numérique, qu’elle qualifie de techno-capitalisme, instrumentalise nos états émotionnels pour en faire des ressources économiques.

Selon elle, les plateformes numériques ne se contentent plus de collecter des données comportementales. Elles exploitent désormais les émotions elles-mêmes, les transformant en marchandises via des algorithmes capables de les analyser et de les prédire. Libération souligne que cette approche redéfinit les frontières entre vie privée et sphère économique, posant des questions éthiques majeures.

L’intelligence artificielle, rouage central de cette mécanisation des affects

Pour Eva Illouz, l’intelligence artificielle joue un rôle pivot dans ce processus. Les systèmes d’IA, en traitant des volumes massifs de données émotionnelles, permettent aux entreprises de personnaliser leurs services, leurs publicités, voire leurs interactions sociales. «

Les émotions ne sont plus simplement mesurées, elles sont produites et dirigées par les algorithmes », a-t-elle déclaré à Libération.

Cette analyse rejoint les travaux récents sur les biais algorithmiques et leur impact sur les comportements humains. Les plateformes comme les réseaux sociaux ou les services de streaming utilisent ces techniques pour maximiser l’engagement des utilisateurs, souvent au détriment de leur bien-être. La sociologue rappelle que cette logique s’inscrit dans une dynamique plus large de financiarisation du quotidien, où même les émotions deviennent des actifs négociables.

Un diagnostic qui résonne dans le débat sur la régulation des GAFAM

L’ouvrage d’Eva Illouz intervient alors que les appels à une régulation plus stricte des géants du numérique se multiplient. Aux États-Unis comme en Europe, les législateurs tentent de encadrer l’exploitation des données personnelles, mais les avancées restent limitées face à la rapidité des innovations technologiques. La sociologue plaide pour une approche plus globale, intégrant les dimensions psychologiques et sociales de cette mutation.

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On ne peut pas séparer la question technique de la question éthique. Les algorithmes ne sont pas neutres : ils reflètent les valeurs et les intérêts de ceux qui les conçoivent
», a-t-elle précisé. Son analyse pourrait nourrir les discussions sur la future loi européenne sur l’IA, dont l’adoption est prévue pour 2026, et dont l’objectif est de classer les usages de l’IA en fonction de leur niveau de risque.

Et maintenant ?

Les prochains mois devraient voir s’intensifier les débats sur la régulation des plateformes numériques, notamment après la publication de rapports parlementaires en France et en Allemagne. Une proposition de loi sur l’encadrement de l’IA générative pourrait être déposée d’ici la fin de l’année 2026, tandis que l’Union européenne finalise ses directives sur la transparence algorithmique. Pour Eva Illouz, la clé réside dans une prise de conscience collective : « Il ne s’agit pas seulement de réguler les technologies, mais de repenser notre rapport aux émotions dans un monde dominé par le profit ».

L’ouvrage « Le Futur des émotions » d’Eva Illouz, publié aux éditions du Seuil, est disponible en librairie depuis le 4 juin 2026. Les premières réactions des chercheurs en sciences sociales et des acteurs du numérique confirment l’importance de cette contribution pour comprendre les enjeux sociétaux de demain.