La relation entre la France et l’Algérie, marquée par soixante ans de tensions et de non-dits, reste l’une des plus complexes du paysage géopolitique européen. Dans son dernier ouvrage intitulé France-Algérie de 1962 à nos jours, publié aux éditions Tallandier, l’historien Pierre Vermeren dresse un bilan sans concession de cette « relation asymétrique complexe, faite de non-dits et de manipulations, de relations d’amour-haine pleines de chausse-trappes et de silences ». Selon Le Figaro, cet essai apporte un éclairage inédit sur une névrose mémorielle qui, selon l’auteur, altère le psychisme des deux nations.

Ce qu'il faut retenir

  • Pierre Vermeren publie France-Algérie de 1962 à nos jours, un essai analysant plus de soixante ans de relations franco-algériennes.
  • L’historien décrit une relation « asymétrique complexe », mêlant non-dits, manipulations et une dynamique d’amour-haine.
  • Vermeren compare cette relation à celle de deux individus aux psychismes altérés par une névrose mémorielle persistante.
  • Emmanuel Macron avait évoqué « les mabouls qui disent qu’il faut se fâcher avec l’Algérie » lors d’un déplacement récent.
  • L’Algérie est présentée comme un acteur manipulateur exploitant la culpabilité des élites françaises, tandis que la France serait obsédée par l’autoflagellation.

Une relation historique encore sous tension

Depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, les relations entre Paris et Alger n’ont cessé d’être rythmées par des crises et des tentatives de réconciliation. Dans son livre, Pierre Vermeren souligne que cette histoire commune, bien que riche, reste lestée de contentieux multiples. « Si on était en présence de deux individus, il faudrait en déduire que leur psychisme est altéré… », écrit-il. Selon l’historien, la France adopterait une posture masochiste, multipliant les gestes d’amitié envers Alger, tandis que l’Algérie jouerait de cette culpabilité comme « un chat avec une pelote de laine ».

Les propos tenus par Emmanuel Macron lors d’un déplacement récent illustrent cette tension persistante. « Allez le dire à tous les mabouls qui disent qu’il faut se fâcher avec l’Algérie », avait-il lancé, une phrase qui, selon Le Figaro, résume à elle seule l’exaspération française face à ce que certains perçoivent comme une instrumentalisation politique et mémorielle.

L’Algérie, un partenaire à la fois proche et lointain

Pour Vermeren, la relation franco-algérienne oscille entre proximité historique et méfiance structurelle. L’Algérie, héritière d’un passé colonial douloureux, utilise souvent ce dernier comme levier dans ses négociations avec la France. De son côté, Paris, soucieux de tourner la page, tente de normaliser les relations sans toujours obtenir les résultats escomptés. « Une relation névrosée entre une France masochiste, obsédée par l’autoflagellation, et une Algérie manipulatrice », résume l’historien.

Cette dynamique a été particulièrement visible lors des commémorations ou des crises diplomatiques, comme celle de 2021 lorsque les tensions entre les deux pays avaient atteint leur paroxysme. Vermeren rappelle que ces épisodes, bien que médiatisés, ne doivent pas occulter la profondeur des liens économiques, culturels et humains qui unissent les deux nations.

« Une relation asymétrique complexe, faite de non-dits et de manipulations, de relations d’amour-haine pleines de chausse-trappes et de silences, alimentée par de multiples contentieux. » — Pierre Vermeren, dans France-Algérie de 1962 à nos jours

Les défis d’une mémoire encore conflictuelle

Au cœur de cette relation se pose la question mémorielle, un sujet aussi sensible que récurrent. Vermeren insiste sur le fait que la France, en cherchant à apaiser les tensions, a parfois cédé à une forme d’autoflagellation historique, tandis que l’Algérie a su instrumentaliser cette culpabilité pour servir ses intérêts. Cette « névrose mémorielle » alimente un cycle de reproches et de revendications qui empêche une relation apaisée.

L’historien note que, malgré les déclarations d’intention et les gestes symboliques, les deux pays peinent à sortir de ce schéma. Les élites françaises, souvent critiquées pour leur « repentance », se retrouvent prises au piège d’une logique où tout compromis est perçu comme une faiblesse. À l’inverse, l’Algérie utilise cette sensibilité pour négocier des avantages politiques ou économiques.

Et maintenant ?

Si l’ouvrage de Pierre Vermeren offre une analyse rétrospective, il ouvre également des pistes pour l’avenir. L’historien suggère que seule une prise de conscience collective, des deux côtés de la Méditerranée, pourrait permettre de sortir de cette spirale. Pour Vermeren, cela passerait par une reconnaissance mutuelle des traumatismes historiques, sans tomber dans le piège de la culpabilisation permanente. Reste à voir si les gouvernements français et algérien seront prêts à engager un tel dialogue.

Dans un contexte où les relations internationales sont plus que jamais scrutées, l’essai de Vermeren rappelle que la France et l’Algérie ont tout intérêt à dépasser leurs différends pour construire une relation plus équilibrée. La prochaine visite d’État prévue à Alger, ou les discussions sur les questions migratoires et énergétiques, pourraient être l’occasion de tester cette volonté de renouveau. À suivre.

Selon Vermeren, les contentieux sont multiples et incluent la colonisation, la question des biens français nationalisés après 1962, les visas, la mémoire de la guerre d’indépendance, ainsi que les tensions récurrentes sur les questions énergétiques et migratoires. L’historien souligne que ces sujets, souvent instrumentalisés, alimentent une relation conflictuelle.