Une nouvelle page se tourne pour le secteur bancaire italien et européen. Intesa Sanpaolo, premier groupe bancaire italien, a lancé ce lundi une offre publique d’achat et d’échange (OPAS) de 30,6 milliards d’euros pour racheter la totalité du capital de Monte dei Paschi di Siena (MPS), comme le rapporte Euronews FR. Cette opération, menée en partenariat avec Unipol, pourrait aboutir à la création du deuxième groupe bancaire européen par capitalisation boursière, bouleversant ainsi l’équilibre concurrentiel du marché.
Ce qu'il faut retenir
- Une OPAS de 30,6 milliards d’euros est lancée par Intesa Sanpaolo pour racheter MPS, dont l’État italien détient encore une participation résiduelle.
- Unipol proposera à sa filiale Bper une fusion avec les agences de MPS, formant un nouveau groupe nommé Banca Monte dei Paschi.
- La fusion, prévue pour décembre 2026, permettrait à Intesa Sanpaolo de devenir le deuxième groupe bancaire européen en termes de capitalisation.
- Banco BPM, soutenu par Crédit Agricole (actionnaire à 20,1 %), avait présenté une contre-proposition de fusion entre égaux, mais celle-ci est désormais bloquée par l’OPAS d’Intesa.
- MPS avait finalisé en décembre 2025 l’acquisition de Mediobanca, actionnaire clé de Generali, dans un contexte de recomposition bancaire déjà tendu.
Un projet d’envergure pour reshaper le paysage bancaire italien
Le groupe Intesa Sanpaolo a officiellement lancé une offre publique d’achat et d’échange (OPAS) de 30,6 milliards d’euros visant à racheter l’intégralité des actions de Monte dei Paschi di Siena (MPS). Cette opération, validée par l’État italien via le ministère de l’Économie, marque une étape majeure dans la recomposition du secteur bancaire transalpin. Pour financer cette acquisition, Intesa Sanpaolo prévoit de convoquer une assemblée générale extraordinaire le 10 septembre 2026 afin d’approuver une augmentation de capital de 5,7 milliards d’euros, selon les informations reconstituées par le Corriere della Sera.
Ce projet s’inscrit dans une logique de consolidation du secteur, alors que l’Italie compte déjà parmi les marchés bancaires les plus concentrés d’Europe, dominé par un duopole entre Intesa Sanpaolo et UniCredit. L’OPAS lancée par Intesa bloque pour l’instant toute opération concurrente sur MPS, en vertu de la « passivity rule », une règle européenne interdisant toute contre-offre pendant la durée de l’offre initiale, dont la finalisation est prévue d’ici décembre 2026.
Unipol et Bper au cœur de la restructuration : la naissance de Banca Monte dei Paschi
Parallèlement à l’offre d’Intesa, Unipol, actionnaire de référence de Bper, a présenté un plan de fusion avec les agences de MPS. Ce rapprochement donnerait naissance à un nouvel ensemble baptisé Banca Monte dei Paschi. Pour concrétiser cette opération, Unipol envisage une augmentation de capital de sa filiale Unipol Assicurazioni, pouvant atteindre 2,5 milliards d’euros.
Selon les termes de l’accord, Unipol récupérera 635 agences MPS, 55 milliards d’euros de dépôts, des encours de crédits clients d’environ 42 milliards, ainsi qu’un bénéfice estimé entre 400 et 460 millions d’euros. La nouvelle entité intégrera également la marque MPS et environ 2 millions de clients. Une fois cette phase achevée, Bper sera invitée à fusionner avec cette structure, aboutissant à la création définitive de Banca Monte dei Paschi, dont le siège sera situé à Sienne.
Banco BPM et Crédit Agricole freinés par l’OPAS d’Intesa
Le projet d’Intesa et Unipol vient contrarier les ambitions de Banco BPM, qui avait présenté dès dimanche une proposition alternative de fusion « entre égaux » avec MPS, soutenue par son actionnaire français Crédit Agricole (détenant 20,1 % du capital). L’objectif affiché était de briser le duopole italien en créant un troisième pôle bancaire d’envergure. Cependant, comme l’a rappelé Carlo Cimbri, président d’Unipol, lors de la conférence de presse commune à Milan : « Les chances de succès d’un amoureux qui pense séduire l’élue de son cœur en se contentant de lui envoyer une lettre sont faibles ».
L’OPAS d’Intesa change la donne : en vertu de la « passivity rule », aucune autre offre ne peut être déposée sur MPS pendant la durée de l’opération, rendant toute manœuvre de Banco BPM caduque pour l’instant. Cette règle, conçue pour protéger les actionnaires, limite donc considérablement les possibilités de contre-propositions.
Mediobanca, Generali et les enjeux passés de MPS
Cette recomposition bancaire s’inscrit dans un contexte déjà mouvementé pour MPS. En décembre 2025, le groupe siennois avait finalisé l’acquisition de Mediobanca, un acteur clé du secteur, lui-même actionnaire d’une partie du géant de l’assurance Generali. Ces négociations avaient déjà impliqué plusieurs acteurs, dont BPM et UniCredit, et avaient donné lieu à des échanges tendus entre le gouvernement italien et la Commission européenne, soucieuse de préserver la concurrence dans le secteur.
Ces mouvements illustrent la volonté des autorités italiennes de consolider un secteur bancaire national jugé encore trop fragmenté pour rivaliser avec les géants européens. La Commission européenne avait d’ailleurs déjà exprimé des réserves lors de précédentes tentatives de fusion, notamment en 2024, lorsque des discussions avaient émergé entre MPS, BPM et UniCredit.
Des retombées économiques et sociales attendues
Si cette fusion aboutit comme prévu en décembre 2026, le nouveau groupe bancaire formé par Intesa Sanpaolo et ses partenaires ambitionne de renforcer son « soutien à l’économie réelle et sociale en tant que leader européen ». Les dirigeants évoquent une structure capable de peser face aux mastodontes français et allemands, tout en maintenant une forte présence dans les territoires italiens. Les actifs pondérés en fonction des risques, estimés à un maximum de 20 milliards d’euros, seront intégrés dans cette nouvelle entité, qui promet également de préserver l’emploi dans les agences reprises.
Un secteur bancaire européen en pleine mutation
Cette opération s’inscrit dans une dynamique plus large de consolidation bancaire en Europe, où les fusions transfrontalières se multiplient pour faire face à la concurrence des géants américains et asiatiques. En Italie, la pression est forte pour créer des champions nationaux capables de rivaliser avec les leaders français ou espagnols. Cependant, ces mouvements soulèvent des questions sur la concentration du pouvoir bancaire et ses conséquences pour les clients et les PME, souvent dépendantes de ces établissements. La Commission européenne, déjà vigilante sur les fusions passées, pourrait imposer des conditions strictes pour valider ce projet, notamment en termes de concurrence et de préservation des services locaux.
Pour l’heure, les acteurs impliqués affichent leur confiance. Intesa Sanpaolo, Unipol et Bper misent sur la création d’un groupe bancaire robuste, alliant la force commerciale d’Intesa à la proximité territoriale de MPS et à l’expertise assurance d’Unipol. Reste à voir si les régulateurs et les marchés donneront leur feu vert à cette recomposition, qui pourrait redessiner durablement le paysage bancaire italien et européen.
L’État italien conserve une participation résiduelle dans MPS depuis les plans de sauvetage bancaire menés après la crise financière de 2008. Bien que le groupe ait été privatisé en partie, le gouvernement maintient une minorité de blocage pour des raisons stratégiques et de stabilité financière.
Les prochaines étapes clés sont l’assemblée générale extraordinaire d’Intesa Sanpaolo le 10 septembre 2026, suivie de celle d’Unipol pour valider son augmentation de capital. La finalisation de la fusion est prévue pour décembre 2026, sous réserve des validations réglementaires.