Le géant américain du e-commerce eBay a opposé un refus catégorique à l’offre d’acquisition non sollicitée formulée par GameStop début mai 2026. Selon Numerama, le conseil d’administration d’eBay a jugé cette proposition « ni crédible, ni attractive », mettant ainsi un terme à une opération audacieuse qui promettait de redessiner le paysage du commerce en ligne. L’annonce, officialisée le 12 mai 2026, intervient après plusieurs semaines de spéculations et de débats sur la faisabilité d’un tel rachat.

Ce qu'il faut retenir

  • Une offre initiale de 55,5 milliards de dollars proposée par GameStop pour racheter eBay le 3 mai 2026, valorisant chaque action à 125 dollars, soit une prime de 46 % par rapport au cours moyen de la plateforme.
  • Le conseil d’administration d’eBay, dirigé par son président Paul Pressler, a rejeté l’offre en invoquant l’absence de crédibilité financière et l’incertitude entourant le financement de l’opération.
  • GameStop, propriétaire de Micromania, ambitionnait de faire d’eBay un concurrent direct d’Amazon en combinant marketplace et réseau physique de magasins.
  • Ryan Cohen, PDG de GameStop, a envisagé de financer partiellement le rachat en vendant des articles sur eBay, une idée qui a alimenté les doutes sur la sincérité du projet.
  • eBay mise sur sa trajectoire actuelle, avec une croissance de 18 % de son volume de transactions au premier trimestre 2026, pour justifier son refus et poursuivre sa stratégie de recentrage sur les objets de collection.

Une OPA non sollicitée aux ambitions industrielles affichées

Le 3 mai 2026, GameStop surprend les marchés en annonçant une offre publique d’achat (OPA) non sollicitée sur eBay, valorisée à 55,5 milliards de dollars. Selon Numerama, cette initiative s’inscrit dans la stratégie de Ryan Cohen, PDG du groupe, qui vise à transformer eBay en un acteur capable de rivaliser avec Amazon. Le montage financier prévoyait une répartition à parts égales entre numéraire et actions GameStop, avec un prix de 125 dollars par action eBay, soit une prime de 46 % par rapport à la moyenne des cours sur les semaines précédant l’annonce.

Pour financer cette opération, Ryan Cohen a évoqué une lettre d’engagement de TD Bank portant sur 20 milliards de dollars de dette, complétée par les 9,4 milliards de dollars de trésorerie dont disposait GameStop au 31 janvier 2026. Le dirigeant a également affirmé son intention de vendre des articles sur eBay pour contribuer au financement, une idée qui a nourri les interrogations sur la viabilité réelle du projet. « eBay devrait valoir davantage et vaudra davantage d’argent », a-t-il déclaré au Wall Street Journal, ajoutant vouloir faire de la plateforme une entreprise « valant des centaines de milliards de dollars ».

Un plan de restructuration ambitieux, mais contesté par les analystes

Pour convaincre, GameStop a détaillé un plan de synergies visant à générer 2 milliards de dollars d’économies annualisées dès la première année, avec des réductions ciblées dans les ventes et le marketing (1,2 milliard), le développement produit (300 millions) et les fonctions administratives (500 millions). Ces économies permettraient, selon le groupe, de faire passer le bénéfice net par action d’eBay de 4,26 dollars à 7,79 dollars. L’objectif affiché était de créer un acteur hybride, combinant la marketplace mondiale d’eBay et les 1 600 magasins de jeux vidéo de GameStop aux États-Unis, afin d’offrir des services renforcés aux vendeurs et une logistique optimisée.

Cependant, plusieurs analystes, dont ceux de Bernstein cités par le Wall Street Journal, remettent en cause la pertinence de cette opération. Ils soulignent que eBay est déjà en pleine phase de redressement, avec une croissance de 18 % de son volume de transactions au premier trimestre 2026 et une stratégie de recentrage sur les niches porteuses, comme les objets de collection. Certains s’interrogent ainsi sur l’utilité de « bouleverser l’ordre établi » alors que la plateforme affiche des résultats solides. « Les perspectives d’eBay en tant qu’entreprise indépendante, l’incertitude entourant le financement de l’opération, ainsi que la gouvernance et les incitations offertes aux dirigeants de GameStop » ont pesé dans la décision du conseil d’administration, selon Numerama.

Un refus motivé par la crédibilité et la gouvernance

Dans une lettre adressée à Ryan Cohen et citée par CNN, le conseil d’administration d’eBay a justifié son refus en évoquant l’incertitude financière liée au montage, mais aussi des questions sur la gouvernance du futur ensemble. eBay, dirigé par Paul Pressler, a réaffirmé sa confiance dans sa trajectoire actuelle, estimant être « bien placé pour continuer à générer une croissance durable… et à créer de la valeur à long terme pour ses actionnaires ». La plateforme mise notamment sur son recentrage stratégique et l’utilisation de l’intelligence artificielle pour optimiser ses processus.

GameStop, de son côté, n’a pas caché son intention de contourner un éventuel blocage du conseil d’administration. Ryan Cohen, connu pour ses prises de position audacieuses, a indiqué être prêt à mener une OPA hostile en s’adressant directement aux actionnaires d’eBay. Cette stratégie, déjà employée lors de sa prise de contrôle de GameStop en 2020, consiste à court-circuiter la direction pour imposer sa vision. Le dirigeant a également rappelé que sa rémunération serait directement liée à la performance du nouvel ensemble, avec un mécanisme pouvant lui rapporter jusqu’à 35 milliards de dollars en actions si la valorisation de GameStop atteint 100 milliards de dollars.

Et maintenant ?

À ce stade, les chances de voir aboutir l’offre de GameStop restent minces, mais non nulles. La mécanique financière existe sur le papier : banques prêtes à prêter, précédent d’acquisitions de cibles plus grosses par des groupes plus petits, et un plan détaillé de synergies. Pourtant, l’opération cumule les fragilités : une offre non sollicitée, un eBay déjà en redressement, un endettement significatif et une gouvernance complexe. La prochaine étape dépendra des réactions des actionnaires et des régulateurs, qui pourraient être saisis pour arbitrer un éventuel conflit. Une bataille de gouvernance, si elle survient, s’annonce longue et conflictuelle.

Un pari industriel ou une opération de communication ?

Si l’offre de GameStop est plus structurée qu’un simple coup de communication — avec une participation déjà acquise et un engagement bancaire — elle s’inscrit dans la continuité d’une stratégie risquée. Ryan Cohen a bâti sa réputation sur des paris boursiers audacieux, comme son intervention chez GameStop en 2020, qui avait alors déclenché une frénésie spéculative. Depuis, il a recentré le groupe sur les produits à forte marge, comme les cartes à collectionner, tout en fermant des centaines de magasins et en abandonnant des marchés internationaux.

L’opération sur eBay pourrait donc s’avérer davantage un coup de communication qu’un projet industriel viable. Comme le souligne Numerama, les anciennes boutiques de GameStop, de Micromania aux filiales internationales, sont progressivement sacrifiées au profit de cette stratégie de croissance externe. Reste à voir si les actionnaires d’eBay et les régulateurs jugeront ce pari suffisamment crédible pour le laisser exister.

En attendant, eBay poursuit sa trajectoire autonome, tandis que GameStop devra décider de la suite à donner à cette OPA rejetée. Une chose est sûre : l’épisode illustre les tensions croissantes dans le secteur du e-commerce, où les acteurs traditionnels et les nouveaux entrants rivalisent d’audace pour s’imposer.

Selon Numerama, GameStop visait à créer un acteur capable de rivaliser avec Amazon en combinant la marketplace mondiale d’eBay et son réseau de 1 600 magasins de jeux vidéo aux États-Unis. L’objectif était d’offrir des services renforcés aux vendeurs, de nouer de nouveaux partenariats avec des marques et d’investir massivement dans la logistique et la publicité, à l’image du géant de Seattle.

Le conseil d’administration d’eBay a jugé l’offre « ni crédible, ni attractive », invoquant notamment l’incertitude entourant le financement de l’opération, les perspectives de la plateforme en tant qu’entreprise indépendante, et des questions sur la gouvernance et les incitations offertes aux dirigeants de GameStop. eBay mise sur sa trajectoire actuelle, avec une croissance de 18 % de son volume de transactions au premier trimestre 2026, pour justifier son refus.