Grenoble, 4 juin 2026 — Le Collège-lycée élitaire pour tous (CLEPT), établissement unique en France spécialisé dans l’accompagnement des élèves en situation de décrochage scolaire, fait face à une remise en cause majeure. D’après Libération, le proviseur du lycée public Victor-Hugo — auquel le CLEPT est rattaché administrativement — a annoncé, lors d’une réunion interne mardi, le retour de la structure dans le droit commun à compter de la rentrée 2027. Une décision qui a provoqué l’émoi des parents, des enseignants et des associations de défense, réunis jeudi 4 juin pour une conférence de presse en urgence.

Ce qu'il faut retenir

  • Le CLEPT de Grenoble est un établissement expérimental dédié aux élèves en décrochage scolaire, une formule pédagogique rare en France.
  • Le proviseur du lycée Victor-Hugo a annoncé le 3 juin 2026 le retour du CLEPT dans le droit commun dès la rentrée 2027, sans consultation préalable des parties prenantes.
  • Les défenseurs du projet dénoncent une décision « brutale » et craignent la disparition d’un modèle éducatif alternatif, reconnu pour ses résultats.
  • Une conférence de presse a été organisée jeudi 4 juin par le collectif de défense du CLEPT pour alerter sur les conséquences de cette décision.

Un modèle pédagogique unique en France

Fondé en 2018, le Collège-lycée élitaire pour tous se distingue par une approche radicalement différente des établissements traditionnels. Basé dans le quartier de l’Île-Verte à Grenoble, il accueille des adolescents ayant abandonné le système scolaire classique, souvent après des années de rejet des méthodes traditionnelles. Selon les chiffres cités par Libération, près de 80 % des élèves y retrouvent un parcours scolaire ou professionnel en deux à trois ans, contre 30 % dans les dispositifs classiques. Son originalité ? Un encadrement personnalisé, des effectifs réduits et une pédagogie centrée sur l’autonomie et la confiance en soi, loin des contraintes des programmes nationaux.

Pour ses défenseurs, le CLEPT incarne une alternative crédible à l’échec scolaire. « Notre péché originel aura été de montrer qu’une autre école est possible », a déploré Lucie Martin, porte-parole du collectif, lors de la conférence de presse. Le lycée Victor-Hugo, établissement public sous tutelle de l’académie de Grenoble, lui sert de support administratif, mais le CLEPT fonctionne comme une entité autonome, avec ses propres locaux et son équipe pédagogique.

Une annonce « brutale » et sans consultation

Le déclencheur de la crise remonte à mardi 3 juin 2026, lorsque le proviseur du lycée Victor-Hugo a informé les enseignants et les représentants légaux des élèves du CLEPT de sa décision. « Le retour dans le droit commun est une fatalité », aurait-il déclaré, selon plusieurs témoignages rapportés par Libération. La nouvelle a surpris l’ensemble de la communauté éducative. Ni les parents d’élèves, ni les associations partenaires, ni même les enseignants du CLEPT n’ont été consultés avant cette annonce, ce qui a suscité une vive indignation. « On nous impose un changement de modèle sans débat, sans étude d’impact », s’est insurgée Lucie Martin, qui dénonce une « logique de recentralisation bureaucratique ».

D’après les documents internes consultés par le quotidien, la direction de l’académie de Grenoble justifierait cette décision par des « impératifs de conformité » aux cadres réglementaires nationaux. Pourtant, le CLEPT bénéficie d’une dérogation ministérielle depuis sa création, lui permettant de déroger aux horaires et aux programmes classiques. Pour ses défenseurs, cette remise en cause relève d’un « alignement sur la norme », au détriment d’innovations pédagogiques pourtant saluées par des chercheurs en sciences de l’éducation.

Le combat pour la survie du CLEPT

Face à cette annonce, le collectif de défense du CLEPT a décidé de passer à l’action. Jeudi 4 juin, une conférence de presse a été organisée à Grenoble pour alerter l’opinion publique et les médias. Les intervenants ont martelé un message clair : la disparition du CLEPT représenterait une perte irréparable pour les jeunes décrocheurs. « Chaque année, nous sauvons des parcours, des vies même », a affirmé Thomas Leroy, ancien élève devenu coordinateur pédagogique au CLEPT. « Comment justifier qu’on supprime l’une des rares structures qui fonctionne vraiment ? »

Les associations partenaires, comme l’association « École et Dehors » ou la Fondation de France, ont apporté leur soutien au CLEPT. Une pétition en ligne, lancée en urgence, a déjà recueilli plus de 12 000 signatures. Les élus locaux, à commencer par la mairie de Grenoble, ont également réagi. La première adjointe au maire, Élodie Traineau, a rappelé dans un communiqué que le CLEPT était « un atout pour la ville » et a demandé un « moratoire » sur la décision. À l’inverse, l’académie de Grenoble n’a pas encore réagi publiquement, malgré les demandes répétées des médias.

Et maintenant ?

La situation reste en suspens dans l’attente d’une éventuelle médiation ou d’un revirement de l’académie. Les défenseurs du CLEPT espèrent une réunion avec les responsables académiques d’ici la fin du mois, afin d’évaluer les modalités d’un maintien partiel ou total de leur modèle. Une chose est sûre : la rentrée 2026 s’annonce tendue. Si aucune solution n’est trouvée d’ici là, le CLEPT devra soit s’intégrer pleinement au lycée Victor-Hugo — ce qui remettrait en cause son autonomie —, soit fermer ses portes. Une échéance cruciale est attendue pour la mi-juin, date limite pour les inscriptions dans les établissements publics.

Reste à savoir si cette expérience pédagogique, saluée par certains comme un modèle, sera sacrifiée sur l’autel de la normalisation. Une chose est certaine : le débat dépasse largement les murs du CLEPT. Il interroge, une fois de plus, la place réservée à l’innovation dans l’Éducation nationale française.

Le CLEPT se caractérise par son approche individualisée, ses effectifs réduits (une dizaine d’élèves par classe) et une pédagogie centrée sur la confiance en soi et l’autonomie. Contrairement aux lycées traditionnels, il n’impose ni programme national strict ni notation classique, privilégiant des projets concrets et un accompagnement psychologique et social.