Et si une encyclopédie en ligne pouvait générer, à la demande, des articles entièrement inventés par une intelligence artificielle ? C’est le pari audacieux d’Halupédia, un projet open source présenté comme une « encyclopédie infinie et hallucinatoire ». Selon Numerama, ce site reprend sciemment les codes visuels de Wikipédia pour proposer des contenus dont la seule vérité réside dans leur apparence documentaire.

Ce qu'il faut retenir

  • Un concept provocateur : Halupédia génère des articles à la volée grâce à un modèle d’IA, reproduisant le style et la mise en page de Wikipédia.
  • Des exemples farfelus : parmi les entrées proposées figurent le « Ministère des Cartes Légèrement Inexactes » ou « Le Grand recensement des pigeons de 1887 ».
  • Une base technique innovante : le projet repose sur un « vibeserver », un serveur capable de créer du contenu à la demande et de le stocker en cache.
  • Un détournement des figures réelles : Charlie Kirk, figure conservatrice américaine assassinée en 2025, y est présenté comme un marchand de textile médiéval.
  • Un projet open source : le code est disponible sur GitHub, et le créateur appelle à des contributions communautaires, financières ou techniques.

Une encyclopédie qui n’existe que par l’IA

Contrairement aux encyclopédies traditionnelles, Halupédia ne repose sur aucune base de données préexistante. Lorsqu’un internaute clique sur un lien absent, le site sollicite un modèle d’intelligence artificielle pour générer un article complet, avec ses propres références et son style encyclopédique. « Une entrée qui n’existe pas encore — jusqu’à ce que vous cliquiez dessus, moment auquel un LLM prétend qu’elle a toujours existé et l’écrit pour vous, sur le ton impassible d’une presse savante du XIXe siècle », explique le créateur du projet dans sa présentation.

Le site s’appuie sur des technologies émergentes, comme les « vibeservers », une catégorie de serveurs capables de produire du contenu à la volée. Ces derniers, souvent couplés à des grands modèles de langage (LLM), permettent de simuler une base documentaire crédible, malgré l’absence totale de fondement réel. Pour renforcer l’illusion, Halupédia reproduit les codes éditoriaux de Wikipédia : typographie, infoboxes, notes de bas de page et même le style sobre des articles encyclopédiques.

Des exemples concrets de fictions documentaires

Parmi les entrées proposées par Halupédia, certaines illustrent parfaitement l’esprit du projet. Le « Ministère des Cartes Légèrement Inexactes », par exemple, est présenté comme un organisme établi dans la cité-État de Veridian au début du IIIe siècle. Ses missions ? Organiser la collecte et le catalogage minutieux de toutes les miettes laissées par les membres du Parlement royal d’Aethelred lors des séances officielles — une tâche rendue obligatoire par une loi de 1872.

Autre entrée emblématique : « Le Grand recensement des pigeons de 1887 ». Selon les archives fictives du site, cette opération, menée de mars à octobre 1887 sous la direction de Sir Reginald Featherton, aurait permis d’estimer la population de pigeons urbains pour mieux répartir les ressources. Featherton, présenté comme le président de la RFSE — une espèce migratrice de particules de poussière conscientes — y voyait un moyen de garantir une distribution équitable des « miettes parlementaires ». Autant dire que ces récits, bien que rédigés dans un style rigoureux, relèvent de la pure invention.

Un projet philosophique et technique

Halupédia ne se contente pas de moquer la crédulité des internautes. Le créateur du projet, identifié sous le pseudonyme BaderBC, en a publié le code source sur GitHub, permettant à quiconque de reproduire ou d’améliorer l’expérience. Le dépôt comprend non seulement le script de génération des articles, mais aussi l’intégralité de l’interface graphique, reproduisant fidèlement l’apparence de Wikipédia.

Pour fonctionner, Halupédia s’appuie sur plusieurs services externes. Les requêtes sont envoyées à un modèle d’IA via OpenRouter, une plateforme d’API unifiée. Les articles générés sont ensuite stockés dans le cache de Cloudflare, ce qui permet de les réafficher instantanément lors des consultations suivantes. Le projet est également soutenu financièrement par la communauté, via une cagnotte en ligne destinée à couvrir les coûts de génération — un détail qui souligne son ambition collaborative.

« Une encyclopédie infinie et hallucinatoire. Chaque lien mène à une entrée qui n’existe pas encore — jusqu’à ce que vous cliquiez dessus. »
Présentation du projet Halupédia

Un détournement des figures et événements réels

Parmi les entrées les plus surprenantes, Halupédia s’amuse à réécrire l’histoire de personnalités contemporaines. Charlie Kirk, figure médiatique américaine connue pour ses positions conservatrices et assassiné en septembre 2025, y est ainsi présenté comme une figure marquante du commerce textile à la fin du Moyen Âge. Ce type de détournement illustre la volonté du projet de pousser l’IA à inventer des récits plausibles, mais totalement fictifs.

L’objectif affiché par Halupédia est de « couvrir des sujets négligés par les encyclopédies traditionnelles ». Pourtant, loin de ressusciter des thèmes oubliés, le site se plaît à détourner des événements ou des personnalités réels, les réinterprétant de manière absurde. Cette approche soulève une question centrale : jusqu’où peut-on pousser l’IA à générer du contenu avant que son usage ne devienne problématique ?

Et maintenant ?

Si Halupédia reste pour l’instant un projet expérimental et ludique, son existence pose des questions plus larges sur la fiabilité des contenus générés par IA. Avec l’essor des grands modèles de langage, les risques de désinformation ou de manipulation via des contenus synthétiques pourraient s’accroître. Les prochains mois pourraient voir émerger des régulations plus strictes concernant l’utilisation des LLM pour produire des informations, notamment dans le domaine de l’éducation ou des médias. En attendant, Halupédia continue d’accueillir de nouvelles contributions, qu’elles soient techniques ou financières.

Une expérience qui interroge la crédulité des internautes

Si le projet est clairement présenté comme une fiction, rien ne garantit que certains utilisateurs ne le prendront pas au premier degré. La reproduction des codes visuels de Wikipédia — une source pourtant réputée pour sa fiabilité — pourrait induire en erreur des lecteurs peu attentifs. Numerama souligne d’ailleurs que ce type d’initiative rappelle d’autres projets controversés, comme Grokipédia, une version « anti-woke » de Wikipédia lancée par Elon Musk, qui avait suscité des inquiétudes quant à la fiabilité de ses informations.

Pour l’instant, Halupédia reste un objet de curiosité, voire de critique, dans le paysage des médias en ligne. Son créateur, BaderBC, encourage les internautes à explorer ses pages et à contribuer au projet, que ce soit via le Discord officiel ou par des dons. Reste à savoir si cette expérience restera une simple curiosité technologique ou si elle préfigurera des usages plus problématiques de l’IA dans la production d’informations.

Pour l’instant, le projet est présenté comme une expérience ludique et open source. Cependant, son principe — générer des articles entièrement fictifs mais crédibles — pourrait être détourné pour diffuser de la désinformation. Rien n’empêche, en théorie, de créer un site similaire à des fins malveillantes. Le créateur de Halupédia insiste sur sa nature expérimentale, mais la technique sous-jacente reste accessible à quiconque maîtrise les outils d’IA.

Halupédia reproduit sciemment les codes visuels de Wikipédia, ce qui peut prêter à confusion. Cependant, plusieurs indices permettent de les distinguer : les sujets traités sont souvent absurdes ou anachroniques (comme le « Grand recensement des pigeons de 1887 »), et les références citées n’existent pas. De plus, Halupédia indique clairement en haut de page qu’il s’agit d’un projet généré par IA. Une lecture attentive des notes de bas de page révèle aussi des incohérences flagrantes.