Alors que plusieurs cas d’hantavirus des Andes ont été identifiés à travers le monde, notamment en Europe, le chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon, le professeur Gilles Pialoux, a tenu à rassurer sur la nature de cette épidémie. Selon BMF - International, ce spécialiste a clairement écarté l’hypothèse d’une pandémie, évoquant plutôt un risque d’épidémie circonscrite, voire exceptionnelle.
Ce qu'il faut retenir
- Le professeur Gilles Pialoux, chef de service à l’hôpital Tenon, estime que l’hypothèse d’une pandémie liée à l’hantavirus des Andes est exclue.
- La transmission interhumaine reste rare et limitée, notamment dans des contextes confinés comme un bateau de croisière.
- La contagion se fait principalement par contact proche, et non par les fluides corporels, avec un taux estimé à 75 %.
- C’est la première fois qu’un service sanitaire européen prend en charge un patient atteint de ce virus originaire des Amériques.
- Les chercheurs s’interrogent encore sur le taux de personnes asymptomatiques et leur potentiel de contagion.
Intervenant sur BFMTV-RMC ce mardi 12 mai 2026, le professeur Gilles Pialoux a martelé un message de prudence. « On n’est pas dans une crainte de pandémie, a-t-il déclaré. Il y a beaucoup d’éléments qui vont contre l’idée d’une pandémie, il faut être très clair là-dessus. » Selon lui, la situation actuelle, bien que préoccupante, ne présente pas les caractéristiques d’une propagation massive et incontrôlable, à l’image de ce qu’a connu le monde avec le Covid-19.
Pour étayer son analyse, le spécialiste a rappelé que la transmission interhumaine de l’hantavirus des Andes reste un phénomène exceptionnellement rare. « Le tout se produit dans un univers confiné, comme celui d’un bateau de croisière, où des « super-spreaders » peuvent jouer un rôle dans la diffusion du virus », a-t-il expliqué. Cette configuration particulière limite fortement les risques d’une expansion rapide et généralisée. « Rien à voir avec le Covid », a-t-il souligné, en insistant sur la moindre contagiosité du virus.
Le professeur Pialoux s’est appuyé sur des données scientifiques récentes, notamment une étude publiée en 2020, qui avait documenté un foyer d’hantavirus en Patagonie. Les chercheurs avaient alors établi que 75 % des transmissions se faisaient par contact proche, et non par les fluides corporels. Parmi les cas étudiés, seuls six avaient été contaminés par aérosol, une proportion bien inférieure à celle observée avec le SARS-CoV-2. « La contagion est moindre », a-t-il résumé.
Autre élément rassurant : la prise en charge d’un patient infecté par ce virus originaire des Amériques constitue, à la connaissance du professeur, une première en Europe. « C’est la première fois qu’un service sanitaire européen prend en charge un patient atteint de ce virus des Amériques, à la transmission interhumaine exceptionnelle », a-t-il précisé. Cette situation inédite pourrait néanmoins offrir une opportunité unique pour faire avancer la recherche et améliorer la prévention.
Alors que plusieurs pays, dont la France, ont identifié des cas contacts et mis en place des mesures de quarantaine renforcée, le professeur Pialoux a salué cette réactivité. « L’Europe va échanger pour faire avancer la recherche et la prévention », a-t-il indiqué. L’un des principaux défis reste de déterminer le taux de personnes asymptomatiques et leur potentiel de contagion, des données encore inconnues à ce stade. « C’est un point positif à ne pas négliger », a-t-il conclu.
Une épidémie exceptionnelle, mais circonscrite
Si la propagation de l’hantavirus des Andes à l’échelle mondiale semble peu probable, la situation actuelle n’en reste pas moins exceptionnelle. Le professeur Pialoux a rappelé que la transmission interhumaine, bien que rare, avait été documentée dans des contextes très spécifiques, comme celui du MV Hondius, un bateau de croisière où plusieurs cas ont été identifiés. « Il faut être clair : cette épidémie n’est pas une pandémie », a-t-il insisté. « Nous sommes face à une situation qui, dans le pire des cas, pourrait mener à une épidémie circonscrite. »
Cette distinction est essentielle pour éviter une psychose collective. Contrairement à d’autres virus respiratoires, l’hantavirus des Andes ne se transmet pas facilement par voie aérienne ou par contact indirect. Sa propagation reste donc limitée, même si elle peut toucher plusieurs continents en raison des déplacements internationaux. « La contagion est moindre, et les conditions de transmission sont bien moins favorables que pour d’autres pathogènes », a ajouté le spécialiste.
En Patagonie, où un foyer avait été signalé il y a plusieurs années, les scientifiques avaient observé une transmission principalement liée à des contacts étroits entre individus. Seuls six cas sur l’ensemble de l’épidémie avaient été attribués à une contamination par aérosol, un mode de transmission bien moins efficace que pour le Covid-19. « Il n’y a pas de comparaison possible avec la pandémie que nous avons connue », a martelé le professeur Pialoux.
Les défis de la prise en charge et de la recherche
La découverte de cas en Europe, dont une Française rapatriée en réanimation, pose de nouvelles questions aux systèmes de santé. Pour la première fois, un service hospitalier français a dû gérer un patient atteint de ce virus originaire des Amériques. « C’est une première pour nous », a reconnu le professeur Pialoux. Cette situation inédite pourrait permettre de mieux comprendre les mécanismes de transmission et d’adapter les protocoles de soins.
Parmi les inconnues majeures figurent le taux de personnes asymptomatiques et leur capacité à transmettre le virus. « Nous ne savons pas encore combien de personnes peuvent être infectées sans présenter de symptômes, ni si elles sont contagieuses », a expliqué le spécialiste. Ces données sont cruciales pour évaluer le risque réel et ajuster les mesures de prévention. « C’est un enjeu clé pour la suite », a-t-il souligné.
Les autorités sanitaires européennes et internationales devraient prochainement partager leurs observations pour faire progresser la recherche. « L’Europe va échanger pour améliorer la prévention et mieux comprendre ce virus », a indiqué le professeur Pialoux. Cette collaboration pourrait également permettre d’affiner les recommandations pour les professionnels de santé, notamment en matière d’isolement et de protection.
Alors que la crainte d’une nouvelle pandémie resurgit périodiquement, l’hantavirus des Andes semble, pour l’instant, ne pas représenter une menace à grande échelle. Le professeur Pialoux et d’autres experts appellent à la prudence, tout en reconnaissant que la situation doit être suivie de près. « Il faut rester vigilant, mais sans céder à la panique », a-t-il conclu.
Non. Selon le professeur Gilles Pialoux, la contagion par l’hantavirus des Andes est bien moindre que celle du Covid-19. La transmission se fait principalement par contact proche, et non par voie aérienne ou par fluides corporels. Seuls 6 cas sur une centaine étudiés en Patagonie avaient été contaminés par aérosol, contre des milliers pour le SARS-CoV-2.