Depuis plusieurs années, les plateformes de vente en ligne Shein et Temu sont pointées du doigt pour la commercialisation de produits non conformes aux normes européennes. Selon BFM Business, la France, en première ligne dans ce combat, pousse désormais la Commission européenne à durcir son action pour mieux encadrer ces marketplaces. Après avoir pris des mesures nationales, Paris souhaite que Bruxelles agisse plus fermement, alors que les taux de non-conformité restent élevés.
Ce qu'il faut retenir
- 46 % des produits contrôlés sur les plateformes en ligne ne respectent pas les normes européennes.
- En un an, 100 000 produits dangereux ont été retirés des rayons après des contrôles de la DGCCRF.
- La France a triplé ses contrôles sur les marketplaces en ligne pour limiter les risques.
- Bruxelles a ouvert une enquête contre Shein en février 2026 pour des objets sexuels et un « design addictif ».
- L’UE peut infliger des sanctions allant jusqu’à 4 % du chiffre d’affaires en cas de manquement grave.
Sarah Lacoche, directrice générale de la DGCCRF, a alerté dans le Financial Times sur le taux de dangerosité trop élevé des produits commercialisés par ces plateformes. « Nous avons un taux de non-conformité et de dangerosité de ces produits qui reste trop important », a-t-elle déclaré. Malgré l’instauration de taxes sur les petits colis et des procédures judiciaires en France, notamment concernant la vente de poupées pédopornographiques, les plateformes continuent de proposer des articles à risque. Le procès intenté par l’État français pour suspendre la marketplace Shein s’est soldé par un échec en appel, où la suspension n’a pas été accordée.
Pour limiter ces dérives, la DGCCRF a intensifié ses contrôles. En un an, 100 000 produits dangereux ont été retirés des plateformes après inspection. Les contrôles ont même triplé sur la période, signe de la priorité accordée à ce dossier. Pourtant, le risque pour les consommateurs reste réel. « Le risque d’accident ou de décès est réel », a souligné Sarah Lacoche. Face à cette situation, la France demande à l’Union européenne d’agir de manière plus coercitive.
Bruxelles a déjà ouvert une enquête contre Shein en février 2026, ciblant notamment les objets sexuels comme les poupées pédopornographiques, ainsi que son modèle économique basé sur un « design addictif ». Shein a réagi en affirmant coopérer pleinement avec les autorités européennes. Cependant, la Commission européenne mise sur le Digital Services Act, un outil entré en vigueur en 2022, qui permet de sanctionner les plateformes à hauteur de 4 % de leur chiffre d’affaires en cas de manquement grave. « L’administration bruxelloise estime qu’elle sanctionnera surtout les plateformes qui n’agissent pas, malgré des alertes répétées, pour lutter contre les produits dangereux », précise BFM Business.
La France, qui a longtemps porté ce dossier, attend désormais des résultats concrets. « Nous attendons avec impatience de connaître les conclusions de l’enquête et de savoir si des sanctions seront prononcées, car je pense que c’est ainsi que nous pourrons vraiment prendre cette affaire en main », a expliqué Sarah Lacoche. Pour la responsable, une action rapide est nécessaire : « Soit nous exigeons rapidement que les plateformes mettent en place des mesures pour mieux maîtriser les risques, soit des sanctions seront prises. »
Une réglementation européenne encore floue
L’enjeu dépasse les frontières françaises. L’Union européenne dispose désormais d’un cadre légal pour sanctionner les plateformes récalcitrantes, mais son application reste complexe. Le Digital Services Act, entré en vigueur en 2022, permet théoriquement à Bruxelles d’imposer des amendes pouvant atteindre 4 % du chiffre d’affaires mondial d’une entreprise en cas de manquement grave. Cependant, la procédure d’enquête et de sanction peut s’avérer longue et semée d’embûches administratives.
Shein et Temu, deux géants du e-commerce originaires de Chine, ont déjà fait l’objet de plusieurs signalements pour la vente de produits non conformes. Les poupées pédopornographiques, bien que retirées après des signalements, continuent de circuler sous des formes détournées. En France, l’État a tenté de faire suspendre la marketplace Shein, mais la justice a refusé cette mesure en appel, limitant ainsi l’impact des actions nationales. Ces échecs judiciaires ont poussé Paris à solliciter une réponse européenne plus robuste.
Les produits concernés incluent des articles électriques non conformes, des jouets présentant des risques d’étouffement, ou encore des cosmétiques contenant des substances interdites. La DGCCRF a multiplié les alertes, mais les plateformes, dont le modèle repose sur la vente massive et rapide de produits à bas prix, peinent à garantir leur sécurité. « Les marketplaces ont retiré 100 000 produits en un an, mais cela ne suffit pas », a reconnu Sarah Lacoche. Le nombre de contrôles a triplé, passant de X à Y en un an, mais le volume de produits vendus en ligne rend la tâche titanesque.
Bruxelles sous le feu des critiques
La Commission européenne est désormais au cœur des débats. Si elle a ouvert une enquête contre Shein en février 2026, les délais de traitement et les hésitations sur l’application des sanctions agacent les autorités françaises. « L’UE sanctionnera surtout les plateformes qui n’agissent pas malgré les alertes répétées », a indiqué BFM Business, soulignant que l’efficacité du cadre réglementaire dépendra de la fermeté des décisions à venir. Bruxelles mise sur la dissuasion : des amendes lourdes pourraient inciter les plateformes à revoir leurs processus de contrôle.
Pourtant, certains observateurs s’interrogent sur la capacité de l’UE à faire appliquer ces règles face à des géants du numérique souvent domiciliés hors d’Europe. Shein, basé à Singapour mais originaire de Chine, et Temu, filiale du groupe chinois PDD Holdings, exploitent des failles juridiques pour contourner les réglementations locales. Les taxes sur les petits colis, instaurées en France pour limiter l’afflux de produits à bas prix, n’ont pas suffi à endiguer le phénomène. Les contrôles accrus ont permis de retirer des milliers de produits dangereux, mais le flux reste continu.
Dans ce contexte, la France pousse pour un durcissement des règles. « Nous ne pouvons plus nous contenter de mesures nationales », a insisté Sarah Lacoche. L’enjeu est double : protéger les consommateurs et éviter que l’Europe ne devienne une terre de prédilection pour les produits non conformes, fabriqués à bas coût en Asie. Les prochains mois seront décisifs, alors que Bruxelles finalise son enquête et envisage d’éventuelles sanctions.
Pour les consommateurs, la vigilance reste de mise. Les plateformes en ligne, malgré leurs engagements, peinent à garantir la sécurité de tous les produits proposés. L’Union européenne et les États membres devront trouver un équilibre entre protection des utilisateurs et préservation du commerce en ligne, un secteur en pleine expansion. L’enjeu est de taille : éviter que la facilité d’achat ne rime avec dangerosité.
Les contrôles de la DGCCRF visent principalement des articles électriques non conformes, des jouets présentant des risques d’étouffement ou de blessure, des cosmétiques contenant des substances interdites en Europe, ainsi que des objets à caractère illégal comme les poupées pédopornographiques. Ces produits, souvent fabriqués à bas coût en Asie, sont vendus massivement sur les plateformes en ligne avant d’être retirés après contrôle.
En France, la justice a refusé de suspendre la marketplace Shein en appel, estimant que les mesures demandées par l’État n’étaient pas proportionnées. Le procès intenté pour la commercialisation de poupées pédopornographiques s’est soldé par un échec pour l’État, limitant ainsi l’impact des actions nationales. Ces échecs judiciaires ont poussé Paris à solliciter une réponse européenne plus coercitive.