Le président de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), Didier Samuel, a annoncé ce 13 mai une mobilisation générale des équipes de recherche autour du hantavirus, identifié pour la première fois sur le territoire européen. Invité dans l’émission « La Matinale » sur Franceinfo, il a souligné que ce virus, bien que connu depuis 1996 en Amérique du Sud, représente un « élément nouveau » pour le continent, justifiant une accélération des travaux scientifiques.

Selon Franceinfo – Faits divers, cette mobilisation s’inscrit dans un contexte où les connaissances sur ce pathogène restent limitées. Si les scientifiques connaissent son mode de transmission et sa séquence génomique, ils ignorent encore comment concevoir un vaccin. Une situation que Didier Samuel attribue à la rareté des cas enregistrés jusqu’ici : « Quand le Covid est arrivé, on n’avait pas de vaccin non plus, mais il a fallu une mobilisation massive car la pandémie a touché des millions de personnes. Là, on parle de quelques centaines de cas, autant dire que cela n’a pas suscité le même niveau d’intérêt », a-t-il expliqué.

Ce qu’il faut retenir

  • L’hantavirus, connu en Amérique du Sud depuis 1996, est identifié pour la première fois en Europe via un foyer lié à une croisière.
  • Le virus Andes, originaire d’une zone restreinte en Argentine, n’avait jamais circulé sur le continent européen auparavant.
  • L’Inserm a activé une veille scientifique et mobilisé ses équipes, notamment via l’ANRS MIE (Agence nationale de recherche contre le sida, les hépatites et les maladies infectieuses émergentes).
  • Aucun vaccin n’existe actuellement contre ce virus, en raison du faible nombre de cas historiques et d’un intérêt limité des laboratoires pharmaceutiques.
  • Les scientifiques connaissent déjà le mode de transmission et la séquence génomique du virus, mais les recherches sur un vaccin n’ont jamais été prioritaires.

Un virus connu mais sous-étudié

Didier Samuel, hépatologue et PDG de l’Inserm, a rappelé que l’hantavirus n’est pas une nouveauté en soi. Les premiers cas ont été recensés en 1996 en Amérique du Sud, suivis d’épidémies locales en 2018 au Chili et en Argentine. « Ce virus est connu des scientifiques depuis des décennies, mais il n’avait jamais franchi l’Atlantique », a-t-il précisé. Pourtant, malgré cette familiarité relative, les recherches sur ses mécanismes et les moyens de lutte restent insuffisantes.

Le virus Andes, principal responsable des cas actuels, appartient à une famille de cinquante hantavirus identifiés dans le monde. Tous partagent des caractéristiques similaires, comme leur mode de transmission par des rongeurs infectés. Cependant, chaque souche présente des particularités qui rendent leur étude complexe. « On sait comment il fonctionne, comment il entre dans la cellule, mais on ignore encore comment développer une réponse immunitaire efficace », a détaillé Didier Samuel.

Une réponse scientifique adaptée à l’urgence

Face à l’émergence du virus en Europe, l’Inserm a modifié ses protocoles de surveillance, inspirés par les leçons tirées de la pandémie de Covid-19. « Depuis le Covid, nous avons renforcé nos dispositifs de veille scientifique et notre capacité à réagir rapidement », a indiqué le PDG de l’institut. Depuis l’identification des premiers cas en France, une coordination entre les équipes de recherche françaises et européennes a été mise en place pour accélérer les travaux.

Parmi les priorités figurent le développement de tests de diagnostic spécifiques et l’étude des mécanismes de transmission. « Nous devons comprendre pourquoi ce virus a réussi à franchir les frontières, alors que d’autres hantavirus, présents ailleurs dans le monde, n’ont jamais posé problème en Europe », a ajouté Didier Samuel. Ces recherches pourraient également éclairer les stratégies de prévention, notamment dans les zones à risque.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer l’ampleur de l’épidémie et affiner les recherches. L’Inserm table sur une collaboration renforcée avec les laboratoires européens, tandis que les autorités sanitaires surveillent l’évolution de la situation. Une conférence internationale est prévue en juin pour faire le point sur les avancées. Pour Didier Samuel, l’objectif est clair : « Éviter que ce virus ne s’installe durablement en Europe, comme cela a été le cas pour d’autres pathogènes par le passé. »

Pourquoi l’intérêt pour les hantavirus reste limité ?

Le paradoxe souligné par les chercheurs réside dans le fait que, malgré une connaissance partielle du virus, les investissements dans sa recherche n’ont jamais été à la hauteur des enjeux. Contrairement au Covid-19, qui a bénéficié d’une mobilisation mondiale en raison de son impact sanitaire et économique, l’hantavirus n’a jusqu’ici touché que quelques centaines de personnes dans le monde. « Les laboratoires pharmaceutiques n’ont pas d’incitation financière à développer un vaccin pour une maladie rare », a expliqué Didier Samuel.

Pourtant, les scientifiques rappellent que la situation pourrait évoluer. « L’émergence de ce virus en Europe change la donne. Nous devons anticiper et ne pas reproduire les erreurs du passé », a-t-il insisté. Les équipes de l’Inserm travaillent notamment sur des pistes thérapeutiques, comme l’utilisation d’anticorps monoclonaux ou de molécules antivirales déjà testées contre d’autres infections.

En attendant, les autorités sanitaires appellent à la vigilance, notamment pour les personnes ayant été en contact avec des rongeurs ou ayant voyagé dans des zones à risque. « La prévention reste la meilleure arme contre ce virus », rappelle Didier Samuel. Les symptômes de l’infection – fièvre, douleurs musculaires et troubles rénaux – doivent inciter à consulter rapidement un médecin.

À ce stade, les autorités sanitaires estiment que le risque de propagation à grande échelle est faible, mais une surveillance accrue est mise en place. Les cas identifiés à ce jour sont liés à des voyageurs ou à des environnements spécifiques, comme les bateaux de croisière. Aucune transmission autochtone n’a encore été confirmée en France.

Aucun traitement spécifique n’est actuellement disponible, mais des soins de support (hydratation, gestion des symptômes) sont administrés. Les recherches en cours pourraient aboutir à des solutions thérapeutiques dans les mois à venir, notamment via des essais cliniques coordonnés par l’Inserm.