Infuser un sachet de thé chaud n’est pas sans conséquence pour la santé. Selon une étude menée par des chercheurs de l’université autonome de Barcelone et publiée ce 13 mai 2026 par Futura Sciences, certains sachets libèrent dans l’eau des millions, voire des milliards de microplastiques et de nanoplastiques. Ces particules, capables de traverser les barrières intestinales, pourraient ensuite se diffuser dans l’ensemble du corps humain. Une première, puisque les travaux des scientifiques espagnols démontrent pour la première fois l’absorption de ces polluants par les cellules intestinales.

Ce qu'il faut retenir

  • 1,2 milliard de particules par millilitre libérées par les sachets en polypropylène lors de l’infusion, selon les mesures des chercheurs.
  • Les nanoplastiques, d’une taille moyenne de 136,7 nanomètres, pénètrent dans les cellules intestinales et pourraient atteindre la circulation sanguine.
  • Les sachets en nylon-6 et cellulose libèrent également des particules, bien que dans des proportions moindres : 8,18 millions et 135 millions par millilitre respectivement.
  • Les polymères étudiés (nylon-6, polypropylène, cellulose) sont de plus en plus utilisés par les fabricants pour améliorer la diffusion des arômes.
  • Cette étude souligne l’urgence de mieux réguler l’usage des plastiques dans les emballages alimentaires pour limiter l’exposition humaine aux micro et nanoplastiques.

Des sachets de thé transformés en vecteurs de pollution

Depuis plusieurs années, les scientifiques alertent sur la présence généralisée des microplastiques et nanoplastiques dans notre environnement. L’inhalation et l’ingestion constituent les principales voies d’exposition pour l’être humain. Les emballages alimentaires, souvent pointés du doigt, ne sont pas les seuls concernés. Une équipe de chercheurs du département de génétique et de microbiologie de l’université autonome de Barcelone s’est penchée sur un usage quotidien et pourtant peu suspecté : les sachets de thé.

Alors que certains fabricants privilégient des sachets en plastique (nylon ou polypropylène) plutôt qu’en papier pour améliorer la diffusion des arômes, les travaux publiés ce jour révèlent un risque sanitaire jusqu’alors sous-estimé. Lors de l’infusion, ces sachets libèrent des particules de plastique en quantité bien plus importante que prévu, transformant une simple tasse de thé en une source potentielle de contamination.

Des particules si petites qu’elles franchissent les barrières intestinales

Pour évaluer l’impact de ces nanoplastiques, les chercheurs espagnols ont mené une expérience inédite. Ils ont coloré des micro et nanoplastiques, puis les ont exposés à des cellules intestinales humaines en laboratoire. Leurs observations, publiées dans la revue Chemosphere, révèlent que ces particules pénètrent dans les cellules productrices de mucus de l’intestin. Certaines atteignent même le noyau cellulaire, laissant craindre une diffusion dans l’organisme via la circulation sanguine.

« Nous avons réussi à caractériser de manière innovante ces polluants avec un ensemble de techniques de pointe, ce qui constitue un outil très important pour faire avancer la recherche sur leurs impacts possibles sur la santé humaine », a déclaré Alba Garcia, chercheuse à l’université autonome de Barcelone, dans un communiqué. Ces résultats confirment que les sachets en plastique ne se contentent pas de libérer des particules dans l’eau chaude : ils deviennent de véritables vecteurs de contamination.

Quels plastiques sont les plus concernés ?

Les chercheurs ont analysé trois types de sachets commerciaux à base de polymères : le nylon-6, le polypropylène et la cellulose. Leurs conclusions, chiffrées, sont sans ambiguïté. Le polypropylène, utilisé pour sa résistance et son faible coût, libère environ 1,2 milliard de particules par millilitre d’eau, avec une taille moyenne de 136,7 nanomètres. La cellulose, souvent présentée comme une alternative « naturelle », en relâche environ 135 millions par millilitre, tandis que le nylon-6 en produit 8,18 millions par millilitre.

Ces différences s’expliquent par la structure même des polymères. Le polypropylène, par exemple, se dégrade plus facilement sous l’effet de la chaleur, libérant ainsi davantage de particules. À l’inverse, la cellulose, bien que moins polluante, n’est pas totalement exemptée de risques. Toutes ces particules, quelle que soit leur taille, sont susceptibles d’être absorbées par l’organisme.

Une menace pour la sécurité alimentaire et la santé publique

Alors que l’usage du plastique dans les emballages alimentaires ne cesse de croître, cette étude rappelle l’urgence d’agir. Les chercheurs espagnols appellent à une meilleure régulation de ces matériaux, soulignant que la contamination par les micro et nanoplastiques pourrait avoir des effets encore mal évalués sur la santé à long terme. « Alors que l’utilisation du plastique dans les emballages alimentaires continue d’augmenter, il est essentiel de lutter contre cette contamination pour garantir la sécurité alimentaire et protéger la santé publique », ont-ils conclu dans leur rapport.

Et maintenant ?

Si cette étude alerte sur les risques liés aux sachets de thé en plastique, elle ouvre également la voie à de nouvelles recherches. Les prochaines étapes pourraient inclure des analyses épidémiologiques pour évaluer l’impact réel de ces particules sur la santé humaine. Par ailleurs, les autorités sanitaires pourraient être amenées à revoir les normes encadrant l’usage des plastiques dans les emballages alimentaires, notamment en Europe où la réglementation sur les microplastiques est déjà en cours de renforcement. Une révision des pratiques industrielles pourrait ainsi devenir inévitable d’ici les prochaines années.

Un problème qui dépasse le cadre du thé

Cette découverte s’inscrit dans un contexte plus large de prise de conscience des dangers des microplastiques. Des études récentes ont révélé leur présence dans des environnements aussi variés que les neiges de l’Antarctique, les tissus cardiaques humains ou encore les bouteilles d’eau en plastique. Selon les estimations, chaque être humain ingérerait en moyenne 5 grammes de plastique par semaine, soit l’équivalent d’une carte de crédit, selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié en 2025.

Face à l’ampleur du phénomène, des initiatives internationales tentent d’encadrer la pollution plastique. En 2024, la Conférence des Nations unies sur l’environnement a adopté un traité visant à réduire la production de plastiques à usage unique d’ici 2030. Pourtant, ces mesures peinent à s’appliquer uniformément, et les alternatives aux sachets de thé en plastique restent limitées pour les consommateurs.

À ce stade, les effets à long terme des nanoplastiques sur la santé restent mal connus. Les études actuelles suggèrent qu’ils pourraient provoquer des inflammations, perturber le système immunitaire ou même favoriser le développement de certaines maladies chroniques. Les recherches se poursuivent pour évaluer ces risques, notamment en raison de leur capacité à traverser les barrières biologiques, comme le montrent les travaux de l’université autonome de Barcelone.

Oui. Les sachets en papier non blanchi ou en soie, ainsi que les infusions en vrac, constituent des alternatives moins polluantes. Certains fabricants proposent également des sachets en amidon de maïs, biodégradables. Cependant, leur accessibilité et leur coût restent des freins pour de nombreux consommateurs.